L’Ivoirien Steven Bédi lance Tylimmo, la marketplace ivoirienne de l’immobilier. La start-up digitalise le paiement des loyers, sécurise les propriétaires, accompagne la bancarisation et facilite l’accès à la propriété via la location-vente. Affichant une croissance rapide, Tylimmo entend s’imposer comme un acteur régional de référence face à la pénurie de logements en Afrique de l’Ouest.
Propos recueillis par Marie-France Réveillard
Forbes Afrique : Du fait du poids du secteur informel, de nombreux ménages ivoiriens restent exclus du crédit immobilier traditionnel. Comment Tylimmo entend-elle répondre à cette problématique ?
Steven Bédi : Tylimmo, qui signifie : « J’ai bien compris, merci » (en baoulé), est une solution technologique qui permet de digitaliser le paiement des loyers et d’attribuer un score locatif aux ménages non éligibles au crédit immobilier, afin qu’ils puissent accéder à la propriété via la location-vente. Concrètement, tout ménage, salarié ou non, peut s’inscrire sur notre plateforme et payer son loyer actuel à son propriétaire de façon digitale. Nous observons sa régularité de paiement pendant six mois. Grâce au score locatif, appelé le « Tyliscore » que nous avons élaboré avec l’agence panafricaine de notation financière Bloomfield, nous sécurisons également des prêts aux ménages, via nos banques partenaires. Une fois le Tyliscore obtenu, il suffit de postuler sur notre plateforme aux offres de location-vente disponibles, qui vont du F2 jusqu’au F5.
Après la fintech PUSH, pourquoi avoir choisi la voie de la proptech avec Tylimmo ?
S. B. : PUSH Côte d’Ivoire commercialise des cartes bancaires à destination des salariés non bancarisés. Nous avons procédé à une opération de sortie (exit) en décembre 2025 (revente). Avec PUSH, les clients nous posaient toujours la même question : « Si j’achète ton produit et que j’accepte de me bancariser, aurai-je accès au crédit ? Et à la propriété ? » Je me suis dit que la suite logique était soit d’ouvrir un organisme de microfinance, soit de lancer Tylimmo. Sachant que le loyer représente environ 50 % des revenus d’un ménage ivoirien, l’accès à la propriété doublerait leur pouvoir d’achat de façon durable. Notre solution va permettre à tous les ménages de commerçants, d’artisans, de salariés qui paient aujourd’hui un loyer, parfois depuis plus de 15 ans, de devenir propriétaires. L’impact est multiple : ce sont des enfants qui bénéficieront d’une meilleure scolarité, des familles qui vont améliorer leur qualité de soins ou leur niveau de confort. L’impact est bien plus important que d’accorder un simple crédit.
« Notre solution va permettre à tous les ménages de commerçants, d’artisans, de salariés qui paient aujourd’hui un loyer, parfois depuis plus de 15 ans, de devenir propriétaires »

Dans la pratique, comment fonctionne Tylimmo et de quelle façon s’articule la relation entre les banques, les promoteurs immobiliers et la plateforme ?
S. B. : La start-up a été lancée le 10 décembre 2025 à Abidjan avec une partie des fonds de mon exit de PUSH, et j’ai investi environ 200 000 euros en fonds propres. Aujourd’hui, notre équipe est composée de 36 collaborateurs permanents. Notre projet a reçu le soutien des autorités ivoiriennes, car nous représentons une forme d’alternative crédible d’accès à la propriété. En six mois, nous nous attendions à scorer 1 000 ménages, mais nous en sommes déjà à 2 279 ménages, avec plus de 600 dossiers en cours de notation. Nous avions également prévu de lancer un premier quartier pilote à Abidjan de 100 logements non loin de Ahoué, en 2027. Finalement, la dynamique est telle que nous lancerons ce projet d’ici la fin de l’année. Nous avons créé l’« Initiative Tylimmo » afin d’intégrer les banques et les constructeurs dans notre projet. En substance, les banques achètent du foncier ou des biens immobiliers auprès des constructeurs locaux pour le compte de Tylimmo qui les met à disposition des ménages scorés en location-vente. D’ici 2035, notre objectif est d’atteindre 100 000 ménages propriétaires.
« Notre projet a reçu le soutien des autorités ivoiriennes, car nous représentons une forme d’alternative crédible d’accès à la propriété »
Votre offre s’adresse aussi bien aux promoteurs qu’aux particuliers et aux agences immobilières. Comment déclinez-vous vos solutions entre B2C et B2B ?
S. B. : En réalité, notre véritable proposition de valeur, c’est d’être un tiers de confiance entre les constructeurs, les propriétaires, les banques et les futurs acquéreurs. Nous sommes rémunérés au titre d’apporteurs d’affaires (par le constructeur) et pour collecter les loyers pour le compte des banques. Pour sécuriser nos opérations, nous avons développé avec SAAR Assurances un produit d’assurance loyer impayé : baptisé « TyliAssur » et homologué par le régulateur, il permet de couvrir jusqu’à 12 mois de loyers impayés, mais aussi la dégradation du bien par le locataire et les frais d’expulsion des locataires défaillants. Nos solutions s’adressent aussi bien aux promoteurs immobiliers qu’aux particuliers. Nous disposons d’une solution B2B de gestion immobilière digitalisée qui permet à n’importe quel propriétaire ou agence immobilière de collecter des loyers et de bénéficier du « label Tylimmo », qui représente un gage de fiabilité locative. Ce produit vient d’être homologué par la plateforme officielle des agences immobilières agréées de Côte d’Ivoire (CDAIM). Par ailleurs, nous sommes partenaires officiels de l’Agence nationale de l’Habitat, en matière de collecte des loyers.
« Nos solutions s’adressent aussi bien aux promoteurs immobiliers qu’aux particuliers »
Comment conciliez-vous inclusion financière et gestion stricte du risque ?
S. B. : N’importe quel Ivoirien, même s’il est non bancarisé, peut bénéficier de nos services, y compris un travailleur journalier qui, à travers Tylimmo sera bancarisé et placé en période d’observation pour accéder à la location-vente. Cette option permet au « néo-bancarisé » d’observer une certaine discipline budgétaire dans le paiement de ses loyers, et de protéger les propriétaires, qui verront le volume de loyers impayés se réduire de façon significative. « Un impayé se répercute automatiquement sur le Tyliscore. Les mauvais locataires deviendront donc difficilement propriétaires… » Ainsi, cette solution assainit le secteur dans son ensemble. En cas d’échec en cours de parcours, le client est remplacé rapidement, car la demande est forte.
À terme, la start-up est-elle appelée à devenir une plateforme régionale dans le secteur de la PropTech* ?
S. B. : C’est un modèle réplicable, car il y a un déficit d’environ quatre millions de logements dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) […] Nous regardons du côté du Bénin et nous étudions les possibilités de partenariats techniques avec le Sénégal, qui a lancé une initiative similaire il y a quelque temps […] Notre modèle étant compétitif et fortement viable, nous visons la rentabilité d’ici 24 à 36 mois.
« Notre modèle étant compétitif et fortement viable, nous visons la rentabilité d’ici 24 à 36 mois »
Quelle est votre stratégie pour accélérer l’élargissement de votre base de clients ?
S. B. : En mai 2026, grâce à Business Forum, nous avons fédéré une communauté de 106 mutuelles d’entreprises totalisant plus de 200 000 salariés désireux de devenir propriétaires via l’initiative Tylimmo. Aussi, nous organisons des webinaires chaque semaine pour accompagner les néophytes sur des cas concrets. Après notre succès à travers PUSH et la carte du planteur de café-cacao qui a touché plus d’un million de planteurs, nous désirons avec Tylimmo générer un impact majeur au niveau du logement pour participer à l’amélioration durable de la vie des Ivoiriens.
« Nous avons fédéré une communauté de 106 mutuelles d’entreprises totalisant plus de 200 000 salariés désireux de devenir propriétaires via l’initiative Tylimmo »
* Property Technology

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