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5 Choses à Savoir sur OCP, le Géant Marocain des Engrais Conforté par la Crise au Moyen-Orient

Alors que le conflit au Moyen-Orient perturbe les chaînes mondiales d’approvisionnement en engrais, le groupe marocain OCP consolide sa position. Soutenu par des résultats solides et une récente levée de fonds de 1,5 milliard de dollars, le champion des phosphates s’impose comme le bénéficiaire indirect des tensions régionales. Retour sur cinq éléments clés pour comprendre la montée en puissance du groupe chérifien.

Par Régis Pangou


1. OCP Contrôle une Ressource Stratégique pour l’Agriculture Mondiale

Si la guerre en Iran a remis sous tension les marchés des hydrocarbures, elle a aussi révélé une vulnérabilité plus discrète : celle du marché mondial des engrais. De fait, le blocage du détroit d’Ormuz — corridor maritime clé pour le transport de nombreux intrants chimiques — pourrait affecter la sécurité alimentaire de près de 45 millions de personnes dans le monde, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).  Dans ce contexte, le phosphate apparaît plus stratégique que jamais. Le Maroc détient environ 70 % des réserves mondiales de cette ressource essentielle à l’agriculture moderne, selon OCP. Le royaume chérifien représente également près de 31 % du marché mondial du phosphate, ce qui lui confère un poids géoéconomique majeur. Au cœur de cette puissance industrielle se trouve notamment OCP Nutricrops, la filiale spécialisée du groupe OCP dédiée aux engrais et à la nutrition des plantes, qui représente environ 70 % des revenus totaux du géant marocain. Dans un monde confronté à la croissance démographique, aux tensions alimentaires et au changement climatique, OCP joue désormais un rôle comparable — toutes proportions gardées — à celui des grands groupes pétroliers dans certains États producteurs d’hydrocarbures : un puissant levier industriel, exportateur et diplomatique.


2. Les Tensions au Moyen-Orient Jouent Indirectement en sa Faveur

Le conflit régional bouleverse profondément le marché des fertilisants. Une part importante des intrants nécessaires à la production d’engrais phosphatés — notamment le soufre et l’ammoniac — provient du Golfe. Or, les tensions autour du détroit d’Ormuz compliquent le transport maritime mondial, tandis que la flambée des prix du gaz naturel renchérit fortement les coûts de production. Résultat : les prix mondiaux des fertilisants repartent à la hausse. Dans ce contexte, les grands acheteurs agricoles cherchent à sécuriser leurs approvisionnements auprès d’acteurs considérés comme fiables. Le Maroc bénéficie précisément d’une image de stabilité relative, à proximité de l’Europe et loin des principaux foyers de conflit. OCP a d’ailleurs annoncé réduire jusqu’à 30 % de sa production au deuxième trimestre 2026, officiellement pour des opérations de maintenance. Mais plusieurs analystes du secteur y voient également une manière de préserver les marges dans un marché déjà très tendu, alors que le groupe disposerait d’importants stocks d’intrants accumulés ces dernières années.


3. Une Levée de Fonds de 1,5 Milliard de Dollars Qualifiée d’« Historique »

En avril 2026, OCP a envoyé un signal fort aux marchés financiers internationaux. Le groupe marocain a levé 1,5 milliard de dollars via une émission obligataire hybride internationale, devenant au passage la première entreprise africaine à recourir à ce type d’instrument financier. Les obligations hybrides permettent notamment aux entreprises de lever des fonds tout en limitant la pression sur leur endettement, un outil de plus en plus utilisé par les grands groupes industriels mondiaux. L’opération est historique à double titre : il s’agit à la fois de la première émission hybride en dollars réalisée par OCP et de la première du genre menée par un groupe africain. Le succès a largement dépassé les attentes. Selon le groupe, les demandes de souscription ont été 4,6 fois supérieures au montant proposé, mobilisant 176 investisseurs issus de 23 pays. Supervisée par BNP Paribas, Citi et JPMorgan Chase, cette opération doit soutenir le vaste plan d’investissement de 14 milliards de dollars lancé fin 2022. Objectif : augmenter les capacités de production d’engrais tout en accélérant la transition environnementale du groupe.


4. Malgré les Turbulences Internationales, OCP continue d’aligner des Résultats Solides

La conjoncture semble pour l’heure sourire au champion marocain. Selon les résultats publiés début avril, OCP a enregistré un chiffre d’affaires de 113,9 milliards de dirhams (environ 12,4 milliards de dollars) en 2025, en hausse de 17 % sur un an, un niveau qui frôle le record historique atteint en 2022. Dirigé depuis 2006 par Mostafa Terrab, le groupe bénéficie à la fois d’un marché favorable, d’un maintien des marges et d’une diversification croissante de son portefeuille. Car OCP ne se contente plus d’exporter du phosphate brut. Depuis plusieurs années, le groupe accélère sa montée en gamme en développant des fertilisants adaptés aux caractéristiques des sols et aux besoins spécifiques des agriculteurs selon les régions du monde. Autre signe de reconnaissance : OCP a intégré pour la première fois en 2026 le classement mondial « Chemicals 50 » du cabinet britannique Brand Finance, avec une valeur de marque estimée à 603 millions de dollars. Une entrée symbolique qui reflète son poids décisif dans l’industrie mondiale des fertilisants.


5. Le Groupe Mise Gros sur l’Afrique… et sur la Transition Verte

Au-delà de ses performances financières, OCP prépare déjà son prochain cycle de croissance. À travers sa filiale OCP Africa, le groupe poursuit une expansion ambitieuse sur le continent en proposant des fertilisants adaptés aux réalités agronomiques locales. Dans une Afrique confrontée à d’importants défis de productivité agricole et de sécurité alimentaire, le potentiel est immense. De fait, ce pari continental porte ses fruits : les ventes d’OCP Africa ont été multipliées par près de huit en une décennie, passant d’environ 300 000 tonnes en 2013 à 2,3 millions de tonnes en 2023. Parallèlement, le groupe accélère sa transition énergétique. OCP affirme viser la neutralité carbone avant 2040 et prévoit d’alimenter l’ensemble de ses installations industrielles grâce aux énergies vertes d’ici à 2027, y compris ses unités de dessalement d’eau de mer utilisées dans la production d’engrais. Autant d’initiatives exécutées avec succès et qui expliquent pourquoi OCP est aujourd’hui le leader mondial du phosphate.




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