Alors que le premier navire de minerai de fer a récemment quitté les côtes de la Guinée, le directeur général de Rio Tinto en Guinée revient sur les enjeux de cet immense projet minier. Totalisant plus de 10 milliards de dollars d’investissement, celui-ci mobilise actuellement 25 000 employés et 900 entreprises guinéennes locales.
Propos Recueillis par Emre SARI
Forbes Afrique : Quel est le calendrier qui doit mener au premier chargement de minerai à l’export1?
ABOUBACAR KOULIBALY : Le premier navire de minerai de fer a quitté la Guinée au début du mois de décembre pour les marchés mondiaux. Nous sommes encore dans la phase des essais et de mise en service des systèmes ferroviaire et portuaire, qui a débuté avec le premier chargement du minerai au niveau de la mine de SimFer à Beyla le 12 octobre dernier, jusqu’à la célébration du lancement des opérations avec tous nos partenaires, le 11 novembre au port de Morebaya.
Pouvez-vous préciser la capacité annuelle de production prévue pour les blocs 3 et 4 de Simandou que vous exploitez ?
A. K. : Pour les blocs 3 et 4 de Simandou, la capacité annuelle de production prévue est d’environ 60 millions de tonnes de minerai de fer à haute teneur, une fois que la mise en service complète du système et la montée en puissance, sur une durée de 30 mois, seront achevées.

Quel est le montant total qu’a déjà investi Rio Tinto en Guinée – mines, rail et port compris – et à combien s’élèvera l’investissement cumulé au moment du lancement des opérations ?
A. K. : Simandou est actuellement le plus grand projet d’investissement de Rio Tinto, avec un coût prévisionnel de 6,2 milliards de dollars américains. Ce montant représente la part de Rio Tinto dans les 11,6 milliards de dollars nécessaires à la réalisation de la partie du projet relevant de SimFer, qui comprend la mine des blocs 3 et 4, l’embranchement ferroviaire et le co-développement de la ligne ferroviaire et des infrastructures portuaires. SimFer et Winning Consortium Simandou [un consortium chinois, NDLR] financent leurs mines respectives dans les blocs 3 et 4 et les blocs 1 et 2, et cofinancent les infrastructures communes pour l’exportation du minerai de fer par l’intermédiaire de la Compagnie du TransGuinéen (CTG).
Simandou est actuellement le plus grand projet d’investissement de Rio Tinto, avec un coût prévisionnel de 6,2 milliards de dollars américains.
Où en est l’avancement du chemin de fer et du port minéralier, et quelles échéances précises vous êtes-vous engagé à respecter vis-à-vis de l’État guinéen ?
A. K. : Le projet avance conformément aux engagements pris avec l’État guinéen. Nous sommes actuellement dans la phase de mise en service des infrastructures ferroviaires et portuaires. Le port à vaisseaux de transbordement de SimFer devrait être achevé comme prévu en 2027. Pour le moment, les exportations de SimFer se font à travers les infrastructures portuaires de Winning Consortium Simandou jusqu’à l’achèvement de notre port.

Combien d’emplois directs et indirects ont été créés à ce jour, combien sont prévus au pic du chantier ?
A. K. : Incluant les entrepreneurs, SimFer emploie actuellement plus de 25 000 personnes, dont plus de 80 % sont guinéennes. Une fois que la mine sera pleinement opérationnelle, les effectifs de SimFer devraient tourner autour de 6 000 employés, majoritairement recrutés en Guinée. Nous prévoyons que la mine génère près de 9 000 emplois indirects.
« Une fois que la mine sera pleinement opérationnelle, les effectifs de SimFer devraient tourner autour de 6 000 employés, majoritairement recrutés en Guinée. Nous prévoyons que la mine génère près de 9 000 emplois indirects »
Quelle part de votre chaîne de sous- traitance est aujourd’hui assurée par des entreprises guinéennes ?
A. K. : L’approvisionnement local est une priorité essentielle pour le projet Simandou. Depuis le début de l’année, nous avons dépensé plus d’un milliard de dollars auprès d’entreprises enregistrées en Guinée. Plus de 900 entreprises participent à notre chaîne d’approvisionnement, en fournissant des services allant de la restauration au transport logistique en passant par la construction ou les services miniers.À la fin de la construction, 3 milliards de dollars auront été dépensés auprès d’entreprises guinéennes. Il existe d’excellents exemples tels que La Guinéenne de Prestation et de Construction (GPC) et IBS, qui ont participé aux travaux de construction de la mine et fournissent d’autres services essentiels. Nous avons également des partenariats entre des entreprises guinéennes et internationales telles que Whely-CIS, qui fournissent des services de restauration et d’entretien de nos bases-vie.
Depuis le début des travaux, combien d’accidents du travail ont été officiellement recensés ? Quelles mesures ont été adoptées pour les réduire ?
A. K. : Nous avons hélas enregistré deux accidents mortels chez SimFer. La perte de nos collègues a été absolument bouleversante. La santé, la sécurité et le bien-être de toutes les personnes liées à nos opérations sont notre priorité. Nous avons tiré les leçons de ces tragédies dont les conclusions ont été partagées à l’échelle du groupe Rio Tinto et au-delà. Notre priorité est d’identifier, de maîtriser et, chaque fois que c’est possible, d’éliminer les risques de manière proactive afin que chacun, y compris nos partenaires et collègues sur les sites non gérés, rentre chez soi sain et sauf chaque jour. Rien n’est plus important pour nous et nous répondons de manière appropriée à chaque incident afin d’en tirer les leçons.
À la suite des procédures engagées par la Securities & Exchange Commission (SEC), quelles réformes internes de conformité ont été appliquées en Guinée, et à quelles dates ?
A. K. : Rio Tinto exerce ses activités avec intégrité et en totale conformité avec toutes les lois, réglementations et normes internes applicables. Nos engagements en matière de conformité visent à garantir la transparence, la responsabilité et le respect des pratiques éthiques les plus strictes dans toutes nos opérations.
1. Interview réalisée le 17 décembre 2025.