Directrice générale de l’Agence nationale pour la promotion des investissements (ANAPI), Rachel Pungu Luamba revient sur la dynamique récente des investissements directs étrangers (IDE) en République démocratique du Congo, dont les flux entrants ont progressé de 21 % entre 2023 et 2024, selon la CNUCED*. Elle expose les ambitions, les priorités et les défis d’une institution chargée de convertir le potentiel économique considérable du pays en opportunités d’investissement concrètes, dans un contexte marqué à la fois par un intérêt croissant des investisseurs et par des contraintes structurelles persistantes.
Forbes Afrique : On parle beaucoup du potentiel de la République démocratique du Congo. Mais quel regard objectif portez-vous sur l’environnement des affaires, aujourd’hui, dans le pays ?
Rachel Pungu Luamba : Il faut d’abord reconnaître qu’une dynamique de transformation est bel et bien à l’œuvre. La vision du président de la République consistant à faire de la RDC un État fort, uni, prospère et solidaire, a servi de cadre à une réforme structurée du climat des affaires. Concrètement, une feuille de route issue d’un Dialogue Public-Privé a défini 100 assignations réparties entre 20 ministres réformateurs, visant à renforcer la sécurité juridique, simplifier les procédures et améliorer la prévisibilité réglementaire. Ces efforts commencent à être reconnus à l’international. Par exemple, le rapport Business Ready 2025 de la Banque mondiale note des avancées, notamment dans le pilier relatif au cadre réglementaire. En parallèle, nous poursuivons l’effort sur deux autres piliers – celui des services publics aux entreprises et celui de l’efficacité opérationnelle. Ceci, afin de rendre l’écosystème entrepreneurial plus performant, plus prévisible et plus attractif pour les investisseurs nationaux et internationaux.
Depuis votre prise de fonctions le 30 décembre 2024, quelles ont été vos priorités à la tête de l’ANAPI ?
R. P. L. : Ma priorité n° 1 a été de repositionner l’Agence comme un acteur stratégique de l’écosystème des investissements. Cela impliquait plusieurs chantiers simultanés tels que la modernisation de notre modèle de fonctionnement, le renforcement de la confiance des partenaires locaux et internationaux, ou encore l’évolution de la perception de la RDC à l’extérieur. Parallèlement, nous avons engagé des réformes structurantes, dont la révision du Code des investissements pour le rendre plus compétitif, et l’élaboration de politiques nationales en matière d’investissement et de climat des affaires. Enfin, je me dois de citer une dimension souvent sous-estimée et qui consiste à assurer, en interne, un cadre de travail stimulant pour nos équipes. En effet, je reste convaincue qu’une agence qui ne croit pas en elle-même ne peut pas convaincre les autres.
« Ma priorité n° 1 a été de repositionner l’Agence comme un acteur stratégique de l’écosystème des investissements. »

En quoi la RDC constitue-t-elle une destination véritablement compétitive et pas seulement sur le papier ?
R. P. L. : La compétitivité de la RDC repose sur une combinaison d’atouts que peu de pays au monde peuvent revendiquer simultanément : une population jeune et une main-d’œuvre compétitive ; une abondance et une diversité de ressources naturelles sans équivalent ; une position géostratégique au cœur du continent, avec neuf pays frontaliers, qui offre à tout investisseur un accès à un marché de près de 250 millions de consommateurs ; et, pour terminer, un rôle de premier plan dans la transition énergétique mondiale grâce à nos minerais critiques (dont le cobalt et le lithium, entre autres), ainsi que des projets structurants comme le Corridor de Lobito, qui intègrent la RDC dans les chaînes d’approvisionnement globales. À cela s’ajoute un cadre incitatif puisque le Code des investissements offre des avantages douaniers, fiscaux et parafiscaux pour les nouveaux projets. Les chiffres confirment d’ailleurs cette tendance. Selon la CNUCED, les IDE sont passés de 1,846 milliard de dollars en 2022 à 3 113 milliards en 2024**. C’est une hausse de 21 % sur la seule dernière année !
Concrètement, comment l’ANAPI accompagne-t-elle un investisseur, de la prospection jusqu’au post-investissement ?
R. P. L. : Notre accompagnement couvre l’intégralité du cycle de vie d’un projet, en trois phases. Avant l’investissement, nous facilitons l’entrée sur le marché congolais par la fourniture d’informations stratégiques et la mise en relation avec des partenaires locaux. Lors de l’installation, nous assistons les promoteurs dans la création de leur société et l’obtention des avantages prévus par le Code des investissements. Après l’investissement, nous assurons un suivi des activités et un plaidoyer actif auprès des services de l’État pour résoudre les difficultés rencontrées par les opérateurs. Ce dernier volet est souvent le parent pauvre de ce type de dispositif. Nous y accordons une attention particulière, car un investisseur qui rencontre un obstacle sans interlocuteur n’est pas seulement un client perdu, c’est aussi un ambassadeur négatif.

Transparence, sécurité juridique… Ces mots reviennent dans tous les discours. Qu’est-ce que cela signifie, concrètement, en RDC ?
R. P. L. : Pour nous, la transparence passe par des gestes précis, comme l’affichage obligatoire des procédures, des délais et des coûts administratifs ; l’accès universel aux textes, documents et statistiques ; et une justice plus lisible, avec des textes clairs et inclusifs. La sécurité juridique, quant à elle, se construit par la stabilité du cadre réglementaire et, surtout, par l’application effective et cohérente des lois. Ce qui implique, en amont, de renforcer le Dialogue Public-Privé et d’associer le secteur privé aux prises de décision. Notre rôle à l’ANAPI est précisément de faire le lien entre ces deux exigences afin de promouvoir un environnement où les règles sont connues, comprises et appliquées de manière uniforme.
*Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement
** Rapport consultable ICI

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