Porté par une croissance soutenue, le groupe SUNU poursuit son expansion en misant sur une stratégie d’intégration verticale et d’innovation. Consolidation des positions historiques dans l’assurance, percée progressive dans la banque : Gildas N’Zouba décrypte les défis et les perspectives du groupe sur un continent sous-assuré…
Propos recueillis par Marie-France Réveillard
Forbes Afrique : Comment caractérisez-vous la situation du groupe SUNU et quelles sont ses perspectives d’évolution à court et moyen terme ?
Gildas N’Zouba : Nous enregistrons une croissance continue depuis plusieurs années. Le Groupe SUNU est présent dans 17 pays d’Afrique subsaharienne à travers 37 sociétés dans l’assurance, la banque, la santé et plus récemment la réassurance, avec un chiffre d’affaires d’environ 350 milliards de francs CFA [533 millions d’euros, NDLR] en 2024 et près de 1 000 milliards de francs CFA [1,5 milliard d’euros, NDLR] d’actifs sous gestion. Nous comptons plus de 5 000 collaborateurs et 1,5 million de clients. Leaders en assurance-vie dans les pays où nous sommes présents, nous sommes challengers en assurance non-vie et nouvel acteur dans la banque. En Côte d’Ivoire, SUNU Assurance Vie est non seulement la première société du groupe, mais également la première compagnie d’assurance vie de la zone. Nous sommes aujourd’hui dans une phase de consolidation de nos activités d’assurance et dans une phase d’analyse du marché bancaire. Nous disposons de deux banques (Togo et Sénégal) et explorons les opportunités, là où la marque SUNU est déjà forte à travers l’assurance. Enfin, nous sommes entrés dans une logique d’intégration verticale pour renforcer la maîtrise des risques, optimiser nos offres et capter davantage de valeur, en particulier en assurance non-vie.
« En Côte d’Ivoire, SUNU Assurance Vie est non seulement la première société du groupe, mais également la première compagnie d’assurance vie de la zone »
Quelle place la transformation technologique occupe-t-elle dans votre stratégie de développement ?
G. N. : Depuis 2023, nous accélérons la transformation technologique des métiers du groupe avec notre société SUNU DigiTech. Parallèlement, nos partenariats avec des opérateurs de mobile money nous ont permis d’atteindre de nombreux « néo-assurés ». Nous allons poursuivre nos efforts en matière d’innovation en simplifiant les procédures et en développant par exemple des offres intégrant plusieurs couvertures dans un seul et même produit. Parallèlement à cette dimension technologique, nous maintenons un lien humain fort en privilégiant une approche hybride entre le digital et l’humain. Si la technologie facilite l’accès aux services, elle ne peut pas remplacer le contact direct : la confiance reste au cœur de notre métier et constitue un facteur fondamental, comme l’a confirmé l’expérience de la dernière décennie.
« Nous maintenons un lien humain fort en privilégiant une approche hybride entre le digital et l’humain »
Quels sont les principaux défis réglementaires auxquels fait face le secteur des assurances en Afrique de l’Ouest et Centrale ?
G. N. : Le secteur est régi par un code des assurances dans la zone CIMA (Conférence interafricaine des marchés d’assurance) dans 14 pays, qui cohabite avec 14 législations différentes. Il peut exister une forme de désalignement entre le code des assurances unique régional et les législations nationales. Dans un certain nombre de pays, les réflexions autour de l’extension du champ des assurances obligatoires avancent. C’est une question dans laquelle je suis investi à titre personnel, en qualité de membre du conseil d’administration de l’Association des sociétés d’assurances de Côte d’Ivoire (ASA-CI), qui travaille de concert avec le législateur pour étendre le champ des assurances obligatoires. À titre illustratif, la Côte d’Ivoire a récemment décidé de l’obligation de souscrire à une assurance dans le domaine de la construction.
Quels sont les facteurs structurels qui expliquent le faible taux de pénétration de l’assurance en Afrique subsaharienne ?
G. N. : Cela relève de multiples facteurs. Le premier écueil est lié à la structure même de nos économies, où le secteur informel oscille encore entre 85 et 90 % de la population active. Par ailleurs, en matière de protection financière, la solidarité communautaire perdure, notamment à travers les « tontines » qui représentent une modalité courante d’épargne. Autre exemple, en cas de décès d’un membre de la parentèle, les cotisations permettent souvent de financer tout ou partie des funérailles. Ces mécanismes communautaires, fondés sur le facteur humain, se substituent encore largement à l’assurance. Enfin, le taux d’alphabétisation dans nos régions vient également complexifier la donne.

Dans ce contexte, comment adaptez-vous vos offres, notamment en matière de micro-assurance, pour élargir votre base de clients ?
G. N. : Il y a quelques années, Abidjan a accueilli des états généraux de l’assurance vie. À cette occasion, nous avions indiqué aux régulateurs que la micro-assurance n’était rien d’autre qu’une assurance adaptée à notre environnement économique. Il s’agit en effet de proposer des solutions en phase avec les besoins spécifiques de nos marchés : approche élargie de la famille, prise en compte des aléas en matière de campagne agricole, ou proposition de modalités de versement adaptées à la conjoncture et à l’irrégularité des revenus. Dans cette logique, nous avons récemment développé une offre destinée aux TPE et PME permettant au chef d’entreprise d’épargner et de se doter d’une protection financière visant à protéger son activité. Nous devons proposer des solutions qui ont du sens, ce qui reste un défi car, par nature, l’assurance n’est mobilisée qu’en cas de sinistre. Notre enjeu est donc de créer un lien plus direct entre l’assurance et les actes de la vie quotidienne. Nous travaillons d’ailleurs sur plusieurs projets pilotes, notamment en assurance vie avec une solution edTech de révision en ligne gérée par les parents, ainsi qu’un produit dédié au financement de l’éducation des enfants.
« Nous devons proposer des solutions qui ont du sens, ce qui reste un défi car, par nature, l’assurance n’est mobilisée qu’en cas de sinistre. Notre enjeu est donc de créer un lien plus direct entre l’assurance et les actes de la vie quotidienne »
Dans quelle mesure le repositionnement de groupes internationaux a-t-il favorisé la croissance des acteurs locaux, en particulier celle du Groupe SUNU ?
G. N. : Depuis quelques années, les géants mondiaux de l’assurance se repositionnent sur le continent africain, dans un mouvement global qui a également concerné le secteur bancaire et celui de l’audit. La croissance de SUNU s’inscrit dans cette réorientation stratégique, le groupe s’étant développé à travers des opérations de croissance externe [rachat de filiales d’AXA, NDLR]. En l’espace de vingt ans, sur notre périmètre, AXA ne représente plus que cinq sociétés, toutes les autres ayant été reprises par le Groupe SUNU. Ces retraits s’expliquent notamment par des enjeux de taille critique des marchés et d’exposition aux risques. Allianz a également cédé plusieurs de ses filiales, dont certaines ont été acquises par SUNU notamment au Bénin, au Togo, en Centrafrique, au Mali et au Congo. Cette rationalisation des investissements sur un marché encore peu mature où les risques sont protéiformes a favorisé l’essor des acteurs locaux qui, en outre, maîtrisent parfaitement l’environnement et les risques inhérents au continent.
« En l’espace de vingt ans, sur notre périmètre, AXA ne représente plus que cinq sociétés, toutes les autres ayant été reprises par le Groupe SUNU »
Quelles sont vos priorités et vos ambitions pour le groupe, à court et moyen terme ?
G. N. : En termes de perspectives de croissance, l’Afrique est constituée de 54 pays, ce qui laisse des possibilités de développement géographique en dehors des 17 pays où nous sommes déjà présents. Au-delà des pays francophones, nous sommes au Nigéria, au Ghana et au Libéria… Si nous faisons encore figure de « Petit Poucet » au Nigéria, nous avons l’ambition d’y développer nos parts de marché, tout comme nous voulons renforcer nos positions en République démocratique du Congo. Enfin, sur le volet bancaire, feu Pathé Dione, le fondateur du groupe, avait défini une ambition claire : porter notre présence à cinq ou six banques dans les prochaines années sur des marchés où nous disposons déjà d’une forte implantation dans l’assurance… Cela reste d’actualité.

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