Démographie vigoureuse, rivalité des grandes puissances, défis sécuritaires, révolution technologique… L’Afrique est plus que jamais l’un des théâtres décisifs de la géopolitique mondiale. À partir des analyses de l’ouvrage État du monde 2026, publié par Le Monde Politique, voici les cinq tendances majeures qui façonneront le continent en 2026 et au-delà.
Par Rémi Kolsa
1# La Démographie Africaine, Une Arme à Double Tranchant
Tous les spécialistes s’accordent sur ce point : l’Afrique sera le principal foyer de croissance démographique du monde dans les décennies à venir. De fait, près de 7 nouveaux terriens sur 10, dans les 25 prochaines années, naîtront en Afrique. Et dès 2050, un humain sur quatre sera africain ; un ratio qui montera même à un sur trois parmi les jeunes âgés de 15 à 24 ans, d’après les Nations unies. Cette jeunesse d’aujourd’hui et de demain constitue autant un levier de croissance potentiel qu’un défi immense en matière d’emplois, d’éducation et d’urbanisation. Sur ce point, l’État du monde souligne clairement cette ambivalence : « La jeunesse de cette population [africaine] constituera une main-d’œuvre favorable à l’essor du continent. Toutefois, l’accroissement afférent de cette population risque aussi d’être un frein au développement économique ». Autrement dit, le dividende démographique ne deviendra une richesse que si les économies africaines parviennent à se transformer suffisamment vite pour absorber cette nouvelle génération active. Une dynamique vertueuse qui est assurément plus facile à énoncer qu’à réaliser.
« Cette jeunesse d’aujourd’hui et de demain constitue autant un levier de croissance potentiel qu’un défi immense en matière d’emplois, d’éducation et d’urbanisation »
2# Une Croissance Qui Restera Contrastée
Malgré les tensions géopolitiques internationales, la montée du protectionnisme et la multiplication des théâtres de conflits, l’Afrique continuera d’afficher « une croissance robuste, d’environ 4 % ». Mieux, « cette croissance n’est plus seulement tirée de l’exportation de produits miniers ou énergétiques, mais résulte également d’une croissance interne et d’une profonde mutation des sociétés africaines », estiment les rédacteurs de l’État du monde. Ces derniers rappellent néanmoins que cette progression reste fragile, « dépendance alimentaire, inflation et endettement [pesant] encore sur de nombreuses économies ». Le continent dispose pourtant d’atouts considérables, notamment agricoles, « 60 % des terres arables encore non utilisées dans le monde étant en Afrique », relèvent les auteurs du rapport. Le paradoxe africain est là : une abondance de ressources, mais une capacité à capitaliser sur celles-ci encore incomplète.
« Cette croissance n’est plus seulement tirée de l’exportation de produits miniers ou énergétiques, mais résulte également d’une croissance interne et d’une profonde mutation des sociétés africaines »
3# L’Afrique, Théâtre de Rivalités Géopolitiques Croissantes
Investissements, bases militaires, infrastructures, diplomatie économique… L’Afrique est redevenue un espace stratégique majeur et les grandes puissances y multiplient les initiatives pour asseoir leur propre influence. Parlant du continent, l’État du monde va même jusqu’à évoquer un « espace d’affrontements entre la Russie, l’Occident et la Chine ». L’Empire du Milieu, notamment, « y a acquis une position dominante dans plusieurs secteurs et est le premier partenaire commercial de l’Afrique » depuis 2009, avec des volumes d’échanges commerciaux annuels qui approchent les 300 milliards de dollars. Une dynamique de renforcement continu qui n’est pas près de s’arrêter. D’ici 2035, la Chine prévoit que ses nouveaux investissements directs en Afrique atteindront 60 milliards de dollars. Cette compétition exacerbée des grandes puissances sur le continent n’est toutefois pas une mauvaise nouvelle en soi, estiment les auteurs de l’État du monde. Et pour cause : «Elle permet à l’Afrique de renégocier ses accords et de trouver des alternatives aux partenaires traditionnels occidentaux ». De quoi redonner aux États africains une marge de manœuvre stratégique nouvelle, à condition de savoir arbitrer opportunément entre partenaires. À bon entendeur…
« D’ici 2035, la Chine prévoit que ses nouveaux investissements directs en Afrique atteindront 60 milliards de dollars »
4# La Sécurité et la Stabilité, Toujours Problématiques
Une fois de plus, sécurité et stabilité feront partie des enjeux clés sur le continent. Dans plusieurs régions, « les groupes armés continuent ainsi d’exploiter les fragilités des États », à l’image de « l’État islamique (…), qui continue d’étendre son influence en Afrique de l’Ouest – notamment au Sahel – de Boko Haram au Nigéria et des Chabab en Somalie ». Ces espaces d’insécurité et de violence ont bien évidemment des conséquences humaines et économiques profondes, notamment en matière de déplacements de populations, puisqu’il y aurait « quelque 35 millions de déplacés internes en Afrique ». Au final, pour les opérateurs privés comme pour les gouvernements, la stabilité et la sécurité restent des prérequis indispensables à toute stratégie de croissance durable. Des conditions qui, une fois encore, ne seront pas pleinement réunies en 2026 sur le continent.
« Il y aurait « quelque 35 millions de déplacés internes en Afrique » »
5# Transition Climatique et Révolution Numérique, les Deux Fronts de l’Avenir
« Inondations, pluies diluviennes, cyclones, sécheresses à répétition… l’Afrique est de plus en plus touchée par des catastrophes climatiques », s’alarment les concepteurs de l’État du monde. Pire, la facture du dérèglement climatique ne cesse de s’alourdir et ampute de plus en plus des budgets publics déjà pressurés par des dettes publiques toujours plus lourdes. Cette transition climatique a priori « anxiogène » pourrait toutefois être réalisée avec succès grâce à une autre transition en cours sur le continent, la transition numérique. Rôle des technologies dans l’approfondissement de la connaissance sur le changement climatique, recherche et innovation dans le domaine des énergies vertes… Au final, cette « combinaison spécifique entre vulnérabilité environnementale et accélération technologique pourrait façonner un modèle de développement spécifique au continent ». Dès lors, le véritable enjeu des années à venir en Afrique ne sera pas seulement de croître, mais de choisir la nature de cette croissance : inclusive ou fragmentée, souveraine ou dépendante, durable ou précaire.
« Cette “combinaison spécifique entre vulnérabilité environnementale et accélération technologique pourrait façonner un modèle de développement spécifique au continent” »
