Membre du Comité exécutif de la Confédération africaine de football (CAF) et du Conseil de la Fédération internationale de football association (FIFA), Ahmed Yahya revient pour Forbes Afrique sur la transformation récente du football africain et sur les raisons pour lesquelles l’édition 2025 de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) pourrait prendre une dimension mondiale. Avec six villes hôtes, neuf stades, plus d’un million et demi de visiteurs attendus, l’événement s’annonce hors norme.
Propos Recueillis Par Szymon Jagiello
Forbes Afrique : Comment décririez-vous l’évolution du football africain sur les dix dernières années, notamment au niveau structurel ?
Ahmed Yahya : Le football africain a connu une transformation profonde, aussi bien sur le plan sportif que structurel. Une grande partie de cette progression est liée au soutien de la FIFA, via le programme FIFA Forward, lancé sous la présidence de Gianni Infantino. Ce programme a permis aux fédérations de construire des infrastructures modernes (stades, pelouses de qualité, académies, centres d’entraînement), mais aussi des structures organisationnelles solides. En Mauritanie, par exemple, l’enceinte où évoluent nos équipes nationales, le Stade Cheikha Boïdiya, bénéficie actuellement d’une extension financée par la FIFA. Déjà rénové en 2018 avec l’installation de sièges, de vestiaires modernisés et d’une salle de presse, il verra désormais sa capacité portée à 16 000 places afin d’accueillir un public de plus en plus nombreux.


Qu’en est-il de la Confédération africaine de football ?
A.Y. : La CAF a, elle aussi, changé de dimension depuis 2021. L’arrivée du président Patrice Motsepe s’est accompagnée d’une nouvelle gouvernance, plus transparente, plus stable, avec une vision économique claire. Sous son impulsion, nous sommes passés d’une CAF déficitaire à une institution qui a multiplié les subventions, rehaussé le niveau des prize money et augmenté le nombre d’équipes participantes en phase finale de toutes les compétitions. En 2021, par exemple, chaque fédération recevait 200 000 dollars ; à partir de l’année prochaine, cette somme passera à 1 million de dollars.
Quels sont les pays qui ont su le mieux tirer leur épingle du jeu dans cette progression ?
A.Y. : Dans l’ensemble, de nombreuses nations africaines ont bien évolué. En Mauritanie, depuis ma prise de fonction à la tête de la fédération (FFRIM), nous sommes passés de la 208e place au classement FIFA à la 99e, et aujourd’hui stabilisés autour de la 111e, en raison d’une transition générationnelle. Le Sénégal est devenu une grande nation du football africain, présent à tous les niveaux et qualifié pour trois Coupes du monde consécutives. Mais pour moi, c’est le Maroc qui a le mieux progressé à tous les niveaux. Demi-finaliste de la dernière Coupe du monde au Qatar, performant en futsal, en compétitions féminines et en CAN, le royaume chérifien joue systématiquement les premiers rôles. Sans risque de me tromper, il représente la progression la plus impressionnante de ces dernières années, en Afrique comme à l’échelle mondiale.

Que pensez-vous des préparatifs de la CAN 2025* ?
A.Y. : À première vue, on pourrait penser qu’il sera difficile de faire mieux que la CAN en Côte d’Ivoire, qui a été la plus réussie de l’histoire : plus de 500 millions de téléspectateurs, des infrastructures modernes et une image très positive du continent. Mais, en regardant de plus près, l’édition marocaine dispose de plusieurs atouts qui pourraient déboucher sur un tournoi encore plus abouti.
Lesquels ?
A.Y. : D’abord, le tournoi est organisé dans un pays idéalement situé, très proche de l’Europe, et la diaspora africaine peut donc aisément s’y rendre. D’ailleurs, on constatait dès le mois de novembre des centaines de milliers de ventes de billets, ce qui est extraordinaire pour une CAN. Ensuite, concernant les infrastructures, nous passons à des stades d’une autre dimension, comparables à ceux d’une Coupe du monde, laquelle se tiendra au Maroc en 2030, conjointement avec l’Espagne et le Portugal. Enfin, il y a l’aspect politique : le développement exceptionnel du football marocain a été rendu possible grâce à une vision royale de long terme, une stabilité institutionnelle, des investissements importants et un travail exemplaire de la fédération.
Quelles retombées peuvent être espérées ?
A.Y. : La CAN est aujourd’hui la troisième compétition la plus regardée au monde, après la Coupe du monde et l’Euro. Les bénéfices en termes d’image sont énormes. Avec la progression du football africain, l’ambition est désormais de s’orienter vers le monde, de titiller les grandes fédérations et de conquérir les marchés externes. L’objectif est que les Européens, les Américains ou les Asiatiques deviennent eux aussi consommateurs du football africain, comme les Africains le sont du football européen, afin d’améliorer les revenus issus des compétitions organisées par la CAF. Pour cette raison, je pense qu’avec l’édition marocaine, nous passerons d’une Coupe d’Afrique pour l’Afrique à une Coupe d’Afrique pour le monde.
* Entretien réalisé le 2 novembre 2025.
LE PREMIER MAURITANIEN DE L’HISTOIRE À ACCÉDER AU CONSEIL DE LA FIFA
Né le 7 janvier 1976 à Nouadhibou en Mauritanie, Ahmed Yahya a pris en 2011 la présidence de la Fédération de football de la Mauritanie (FFRIM), avant d’être réélu en 2023 pour un quatrième mandat de quatre ans. D’abord directeur des équipes nationales à la FFRIM (2004-2007), puis Secrétaire général de cette fédération, il est devenu en 2017 membre de la Commission d’organisation des compétitions à la FIFA et membre du Comité exécutif de la Confédération africaine de Football (CAF). Ahmed Yahya, qui dirige par ailleurs une importante société de pêche en Mauritanie, a été élu en mars 2025 comme membre du Conseil de la FIFA. Il est le premier Mauritanien de l’histoire à accéder à un tel poste.

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