Fondateur de B2D Immobilier, Aliou Dieng, 39 ans, incarne une nouvelle génération d’entrepreneurs guinéens décidés à structurer durablement le marché foncier et immobilier. Avec Vill’Harmonia, il développe l’un des projets urbains les plus ambitieux du pays, à la croisée des besoins de la diaspora, de la pression démographique et des dynamiques minières qui redessinent la Guinée. Dans cet entretien, il revient sur les origines de sa démarche, les défis du secteur et les perspectives d’un marché en pleine mutation.
Propos recueillis par Christian Missia Dio
Forbes Afrique : Pouvez-vous Présenter Brièvement B2D Immobilier et la Genèse du Projet Vill’Harmonia ?
Aliou Dieng : B2D Immobilier est née d’un constat très clair : l’urbanisation de Conakry avance plus vite que les infrastructures censées l’organiser. Lors de mes déplacements dans la sous-région, j’ai observé que des projets immobiliers structurés attiraient énormément d’investisseurs, dont de nombreux Guinéens. Pourtant, ces mêmes investisseurs hésitaient à placer leur argent dans leur propre pays. Les raisons étaient multiples : insécurité foncière, manque de transparence, inexistence d’offres bancaires adaptées et difficultés à suivre la progression des travaux.
Nous avons décidé de lever ces obstacles un par un. Nous avons d’abord procédé à une levée de fonds pour viabiliser partiellement le site, installer des voiries et bâtir des maisons témoins. En parallèle, nous avons noué des partenariats avec des banques pour créer un cadre financier sécurisé. Aujourd’hui, le projet s’étend sur 167 hectares, dont 20 sont déjà aménagés. B2D se positionne ainsi comme l’un des promoteurs les plus structurés du pays.
Quelles Sont les Forces qui Distinguent B2D sur le Marché Guinéen ?
A.D : Notre principale force est d’avoir développé un projet complet, pensé dans ses moindres détails. L’accessibilité est l’un des premiers critères que nous avons pris en compte : notre site bénéficie de trois transversales stratégiques et d’une future autoroute de 40 mètres de large, qui viendra renforcer sa valeur à long terme.
« Le fait d’obtenir un titre foncier clair, vérifié et validé rassure profondément les acquéreurs – surtout la diaspora, qui a souvent été confrontée à des expériences difficiles »
Ensuite, nous avons sécurisé le foncier. En Guinée, la confiance est un enjeu fondamental. Le fait d’obtenir un titre foncier clair, vérifié et validé rassure profondément les acquéreurs – surtout la diaspora, qui a souvent été confrontée à des expériences difficiles. Nos partenariats bancaires sont également un élément différenciant : Ecobank propose des financements allant jusqu’à douze ans, et la Banque islamique a développé des facilités jusqu’à dix ans. Pour la diaspora, le lancement du produit BIG-DIASPORA permet d’ouvrir un compte depuis l’étranger avec des frais réduits. C’est un changement majeur pour ceux qui souhaitent investir sans se déplacer.
Nous avons aussi investi dans de nombreuses études environnementales, car le site se trouve en zone humide. Au lieu d’en faire un handicap, nous avons décidé d’en faire un terrain d’innovation, en développant des infrastructures modernes adaptées au climat et aux enjeux de drainage.
Enfin, notre gamme de produits est très large : maisons haut standing, moyen standing, logements économiques pour les coopératives afin de contenir les prix, et appartements à tarifs accessibles. Cette diversité nous permet d’adresser plusieurs segments du marché et de répondre à des attentes différentes.
Quelles Limites ou Difficultés Rencontrez-Vous Aujourd’hui ?
A. D. : La principale difficulté, c’est l’accès au financement. Les banques guinéennes restent prudentes et les démarches de levée de fonds sont longues. Pourtant, la demande est réelle et croissante. Le pays connaît une transformation profonde, et les projets miniers comme « Simandou 2040 » attirent une main-d’œuvre importante. Pour accompagner cette dynamique, l’immobilier doit pouvoir se développer plus rapidement. Une plus grande implication du secteur bancaire permettrait de répondre à ce besoin essentiel.
« La principale difficulté, c’est l’accès au financement »
En Quoi « Simandou 2040 » Redéfinit-il Votre Secteur ?
A. D. : « Simandou 2040 » est un tournant pour la Guinée. Le projet mobilisera plusieurs milliers de travailleurs, générera un afflux d’entreprises et favorisera l’émergence de nouvelles zones économiques. La création d’un corridor ferroviaire de 650 km aura un impact structurant majeur, en désenclavant des régions entières et en stimulant l’apparition de nouveaux pôles urbains autour des gares et des voies logistiques.
« Pour nous, l’immobilier est un levier essentiel du développement économique »
Cette dynamique doit être anticipée. Si rien n’est planifié, l’urbanisation sera anarchique, comme cela a déjà été le cas dans certaines parties de Conakry. B2D veut justement accompagner ce mouvement en proposant des villes bien pensées, accessibles et alignées sur les standards contemporains. Pour nous, l’immobilier est un levier essentiel du développement économique.
Quelles Opportunités et Quels Risques Identifiez-Vous dans le Marché Immobilier Guinéen ?
A. D. : Le déficit de logements – estimé entre 1 et 1,5 million – est l’opportunité la plus évidente. Il ouvre un champ immense pour les promoteurs capables de proposer des projets solides et sécurisés. Cette demande devrait encore augmenter, portée à la fois par la croissance démographique, l’évolution des modes de vie et l’arrivée de travailleurs étrangers ou guinéens revenant au pays.
Les risques, en revanche, sont principalement administratifs. Les procédures pour obtenir des autorisations sont fragmentées, parfois redondantes, et manquent de coordination. Une réforme globale permettant de centraliser ces démarches serait un progrès majeur. La création d’une Banque de l’Habitat, capable de garantir les prêts et de réduire les taux d’intérêt, serait également déterminante pour démocratiser l’accès à la propriété.
Quels Critères Retient B2D pour Concevoir ses Projets ?
A. D. : Nous travaillons autour de quatre piliers : accessibilité du site et connectivité avec les axes principaux ; sécurisation foncière, clé de la confiance des acquéreurs ; accessibilité financière, avec des offres bancaires permettant à la classe moyenne d’acheter ; infrastructures sociales et communautaires : parcs, écoles, marchés, centres de santé, commissariats, équipements sportifs, espaces verts et même une marina. À cela s’ajoutent des assurances décennales et des assurances-vie couplées aux prêts, afin de protéger les propriétaires en cas de difficultés.

Comment Intégrez-Vous les Enjeux Environnementaux ?
A. D. : Nous avons réalisé une étude d’impact environnemental avant toute intervention sur le site. Plus de cent moringas ont été plantés, et chaque acquéreur devra planter un arbre supplémentaire. Nous avons interdit les forages et les fosses septiques pour protéger la nappe phréatique. Un système complet d’égouts permettra de valoriser les eaux usées en gaz butane, tandis que les déchets secs seront transformés en engrais naturels destinés aux agriculteurs. Nous voulons démontrer qu’une ville moderne en Guinée peut aussi être une ville durable.
« Nous voulons démontrer qu’une ville moderne en Guinée peut aussi être une ville durable »
Quel Serait Votre Scénario Idéal pour B2D dans les 3 à 5 ans ?
A. D. : L’objectif est clair : achever l’aménagement des 167 hectares en cours et faire de Vill’Harmonia un espace réellement habité, vivant, fonctionnel. Je souhaite que cette ville devienne une référence nationale et un modèle d’inspiration pour la diaspora africaine. La visite d’une délégation de l’Union africaine, venue étudier notre démarche, a été un signal fort. Pour une entreprise de moins de quatre ans, être identifiée comme un exemple à suivre est une immense source de motivation. Pour ma part, je considère que nous n’en sommes encore qu’au début de l’aventure. Nous avons franchi d’importantes étapes, mais le potentiel du projet est bien plus vaste. Mon ambition est que B2D contribue durablement à écrire une nouvelle page de l’urbanisme guinéen.
« Pour une entreprise de moins de quatre ans, être identifiée comme un exemple à suivre est une immense source de motivation »