À la tête de NSIA Holding Assurances, l’Ivoirienne Mansan Dominique Diagou, épouse Ehilé, pilote les 21 filiales du pôle assurances du groupe NSIA (Nouvelle société interafricaine d’assurance), fondé en 1995 par son père, Jean Kacou Diagou. Elle n’a rejoint l’entreprise familiale qu’une fois prête. Pas grâce à son nom, mais grâce à ses mérites et son expérience accumulée loin de NSIA. Portrait d’une dirigeante qui a construit sa légitimité avant d’assumer son héritage.
Par Patrick Ndungidi
Dominique Diagou donne immédiatement le ton, avec conviction : « Intégrer NSIA devait marquer l’aboutissement d’un parcours, et non son point de départ », confie l’élégante quinquagénaire, un léger sourire aux lèvres. La deuxième fille de Jean Kacou Diagou a construit son expérience loin de l’entreprise familiale et de l’ombre du « Président », comme tout le monde l’appelle. Ce n’est qu’au terme d’un parcours professionnel bâti en toute indépendance qu’elle a rejoint NSIA, fidèle à une culture ancrée dans la famille : faire ses preuves ailleurs avant de revenir. Car chez les Diagou, l’entreprise familiale n’est pas un refuge, mais une responsabilité. Ici, le nom peut ouvrir une porte, mais seuls le mérite et le parcours permettent de rester. Cette exigence n’est pas anodine. En trois décennies, la famille Diagou a transformé NSIA en un groupe de référence dans les secteurs bancaire et assurantiel : près de 3 000 collaborateurs, un chiffre d’affaires d’environ 500 milliards de francs CFA (environ 762 millions d’euros) en 2025, et près de 40 % des activités concentrés en Côte d’Ivoire. Un édifice solide, qui exige de ceux qui le rejoignent bien plus qu’un simple héritage.
« Chez les Diagou, l’entreprise familiale n’est pas un refuge, mais une responsabilité.»
Une ascension construite pas à pas
C’est en 2004 que Dominique Diagou rejoint l’aventure familiale. Mais loin d’un parcours balisé, elle a gravi les échelons à la force du travail et s’est distinguée par des mesures ambitieuses, son approche centrée sur la modernisation du groupe et sa contribution à son déploiement panafricain. Un parcours de 22 ans qui trouve aujourd’hui un nouvel aboutissement. Depuis janvier 2026, elle est la directrice générale de NSIA Holding Assurances, nouvelle entité clé dédiée à la gouvernance, à la stratégie et au pilotage opérationnel des activités d’assurance. À ce titre, elle supervise 21 filiales réparties dans 12 pays africains : Sénégal, Guinée-Bissau, Mali, Guinée-Conakry, Côte d’Ivoire, Ghana, Togo, Bénin, Nigéria, Cameroun, Congo-Brazzaville et Gabon. Elle dirige également une compagnie de réassurance captive, outil interne discret mais efficace dans la maîtrise des risques.
Cette responsabilité d’envergure, elle la doit à son expérience accumulée sur le terrain. Car avant de rejoindre NSIA, Dominique Diagou fait ses premières armes à la Société ivoirienne de raffinage (SIR), comme cadre financier, en 1996. Pendant plusieurs années, elle touche à tout : commercial, trésorerie, audit, contrôle de gestion. Elle découvre la rigueur des rouages de la finance et les réalités du terrain. Même un passage inattendu vers la communication, qu’elle qualifie, avec humour, de « garage », devient une étape formatrice. Cette transition la conduit finalement chez Côte d’Ivoire Télécom en 2003. « Mon patron et moi n’étions pas en bons termes. J’ai été affectée à la communication. J’avais postulé aux achats, mais ils ont refusé. Donc, je suis partie chez Côte d’Ivoire Télécom ». Elle y devient assistante trésorière, au cœur d’un dispositif où chaque détail compte. Son poste est central. Le quotidien est réglé avec précision. Elle réalise les points de trésorerie journaliers, supervise les paiements, prépare les chèques, veille au respect des échéances, s’assure de la disponibilité des soldes et du bon déroulement des opérations financières. Une discipline quasi militaire de la gestion financière. « C’était très formateur… même si je m’ennuyais un peu », admet-elle. Pourtant, grâce à cette routine, elle forge une discipline qui ne la quittera plus et qui deviendra l’un des piliers de son management.

L’arrivée chez NSIA sans privilèges
En 2004, elle franchit enfin le pas et rejoint NSIA comme responsable du département commercial. Sans privilège. Sans traitement de faveur. Sans passe-droit. « J’ai dû passer par une demande d’emploi comme tout le monde ». Son père veille au respect du processus et lui fait passer un entretien formel. « Avant cet entretien, je n’avais pas discuté de mon recrutement avec lui ». Chez NSIA, cette rigueur dans le recrutement pose les bases de la légitimité du candidat et, par conséquent, du respect des équipes. À son arrivée, le groupe est encore en construction. Les repères sont fragiles, les processus flous, les circuits commerciaux peu structurés. Dominique Diagou commence par apprendre, s’imprégner et comprendre les fondamentaux de l’assurance en suivant une formation « très orientée métier ». Puis, progressivement, imprime ce qui deviendra sa marque de fabrique et sa méthode : organiser, clarifier, structurer. Elle met de l’ordre là où règne l’imprécision, sécurise les processus et fluidifie les circuits commerciaux. Les résultats suivent dès 2005. Le chiffre d’affaires passe d’environ 3 milliards à 5 milliards de francs CFA (de 4,5 à 7,6 millions d’euros), puis atteint 14 milliards (21,3 millions d’euros) en 2010.
Progression vers les sommets
Ces performances la propulsent vers des responsabilités plus larges : directrice générale adjointe, puis directrice générale de NSIA Vie Côte d’Ivoire, fonction qu’elle occupera jusqu’en 2017. À ces différents postes, elle orchestre une nouvelle phase de croissance. L’entreprise change d’échelle, se consolide, gagne en maturité. Et elle, en expérience. Le chiffre d’affaires passe d’environ 14 milliards à plus de 27 milliards de francs CFA (41 millions d’euros). Une réussite qui la mène ensuite à la direction centrale des opérations de la holding NSIA Participations, chargée du pôle assurance. Un nouveau chapitre. À ce poste, qu’elle occupe jusqu’en décembre 2025, elle pilote les opérations de tout le réseau de filiales du pôle assurance, naviguant entre des marchés aux réalités multiples, des cadres réglementaires variés et des équipes dispersées. Une fonction exigeante, où la vision globale devient indispensable.
En janvier 2026, son périmètre d’action s’élargit. Elle est nommée directrice générale de NSIA Holding. Elle ne dirige plus seulement des filiales, mais une société à part entière, avec l’ensemble des fonctions support sous sa responsabilité. « Auparavant, je ne gérais pas directement les fonctions support telles que la finance ou les ressources humaines, qui restaient sous la responsabilité du niveau groupe. Désormais, j’assume également la gestion globale de l’entreprise, en plus de la supervision des filiales ». Dans cet univers où se mêlent liens familiaux et exigences professionnelles, les frontières existent sans être rigides. Elles ne sont jamais complètement étanches. Chez les Diagou, les échanges professionnels débordent parfois du cadre strict des bureaux et s’invitent à la table lors d’un repas familial. « Cela ne me dérange pas particulièrement. Chez nous, la frontière entre famille et entreprise existe, mais elle est souple, sans pour autant remettre en cause les règles de gestion et de gouvernance ». Une porosité assumée, mais maîtrisée, loin de brouiller les repères.
« Loin d’un parcours balisé, elle a gravi les échelons à la force du travail et s’est distinguée par des mesures ambitieuses, son approche centrée sur la modernisation du groupe et sa contribution à son déploiement panafricain »

Un équilibre subtil entre famille et entreprise
De son père, elle retient des principes simples mais fondamentaux : la rigueur, le sens de la stratégie, la diplomatie, mais surtout « réfléchir avant de parler ». Des principes qu’elle applique avec constance dans son management. Elle tranche, décide, avance, quitte à être perçue par ses collaborateurs comme un leader « exigeant » . « Je peux être directe, parfois tranchante, mais toujours avec le souci du travail bien fait ». Une exigence qui s’applique à tous, sans distinction. Dans l’entreprise, les règles sont les mêmes pour chacun, famille ou non. «L’humain reste important, mais il ne doit jamais prendre le pas sur la performance », confie Dominique Diagou.
Cette exigence assumée plonge ses racines bien plus loin, dans son enfance à Abidjan. Avec ses quatre frères et sœurs. Les enfants Diagou sont nourris à la rigueur, à l’ambition et à l’audace. Rien n’est acquis d’avance. « Nous n’avons pas été élevés dans l’idée d’attendre que les choses nous soient offertes. Nous avons plutôt été encouragés à nous battre seuls et à faire nos preuves ». Au Lycée Sainte-Marie de Cocody, réputé pour son cadre exigeant, Dominique Diagou apprend la discipline académique, ainsi que des savoir-faire pratiques (couture, cuisine, sport, etc.) qui aiguisent son sens de l’autonomie.
Pourtant, son destin n’était pas tracé dans la finance. Attirée très tôt par les langues, elle se rêvait interprète ou journaliste. Finalement, le choix de ses études la mène ailleurs : Bachelor en finances à l’Institut franco-américain de management (IFAM) à Paris, puis MBA à Bryant University (USA), au terme d’un programme accéléré de 12 mois. Une parenthèse américaine courte mais intense, qui nourrit encore aujourd’hui sa vision du management. En dehors du travail, elle cultive une vie simple, centrée sur l’essentiel : sa famille. Mère de trois enfants, elle privilégie cette stabilité, qu’elle complète par des activités sportives et caritatives, et des moments de convivialité avec un cercle d’amis restreint.
« Mon objectif est que dans vingt-cinq ans, le dernier neveu né en 2023 puisse encore avoir sa place dans ce groupe »
Une transmission déjà en marche
Son parcours épouse celui de NSIA : progressif, structuré, tourné vers l’expansion. Visionnaire, elle pense déjà à la suite : contribuer à faire du groupe familial un leader d’aujourd’hui, mais aussi une référence solide pour demain, et donner les clés de NSIA à la prochaine génération : « Mon objectif est que dans vingt-cinq ans, le dernier neveu né en 2023 puisse encore avoir sa place dans ce groupe ». Dans cette optique, chaque décision qu’elle prend, chaque filiale qu’elle consolide, chaque marché qu’elle ouvre, prépare déjà une scène où la prochaine génération des Diagou prendra sa place pour écrire la suite de l’histoire.
« Nous n’avons pas été élevés dans l’idée d’attendre que les choses nous soient offertes. Nous avons plutôt été encouragés à nous battre seuls et à faire nos preuves »

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