Directeur général de Plantations & Huileries du Congo (PHC), Monique Gieskes pilote l’une des plus grandes entreprises d’agro-industrie en République démocratique du Congo (RDC). Spécialisée dans la production d’huile de palme, PHC allie innovation, durabilité et développement durable. Entretien
Par Patrick Ndungidi
Forbes Afrique : Quelles Sont les Principales Activités et Domaines D’expertise de PHC ?
Monique Gieskes : PHC est une entreprise agro-industrielle active dans la production d’huile de palme et d’huile de palmiste. Mais notre production est largement dominée par l’huile de palme. Nous opérons dans trois provinces de la RDC : l’Équateur (site de Boteka), la Mongala (Yaligimba) et la Tshopo (Lokutu). Ces sites sont situés dans des zones rurales isolées où PHC constitue souvent la principale, voire l’unique entreprise structurée, avec un impact économique et social majeur sur les territoires. Les trois concessions couvrent environ 106 000 hectares, dont 30 000 hectares plantés en palmiers à huile. Le reste des terres est occupé par des infrastructures, des zones forestières et des espaces non plantés accessibles aux communautés riveraines pour leurs activités agricoles, dans une logique de cohabitation et de partage.

Quel est le Volume Annuel de Production de PHC ?
M. G. : Lorsque nous avons pris la direction en 2021, la production annuelle était de 40 000 tonnes d’huile. En 2025, nous avons atteint 81 000 tonnes, et notre objectif est 100 000 tonnes en 2026. L’entreprise emploie aujourd’hui 10 800 salariés, tous sous contrat à durée indéterminée.

Quelles sont les Étapes Clés du Processus de Production ?
M. G. : La chaîne de production commence au Centre de recherche agronomique tropicale (CREATY) de Yaligimba, où sont développées les semences et le matériel génétique. Les croisements entre palmiers Dura et Pisifera permettent d’obtenir l’hybride Ténéra, reconnu mondialement pour son rendement et sa résistance aux maladies. Les plants passent par les pépinières avant d’être transplantés en plantation. Après environ quatre ans, les palmiers entrent en production. Les régimes mûrs sont récoltés manuellement puis transformés dans les usines pour produire l’huile de palme brute et l’huile de palmiste, destinée aux industries alimentaire et cosmétique. PHC opère ainsi une chaîne intégrée, de la recherche au produit fini. Les principaux clients de PHC sont des raffineurs basés à Kinshasa et dans le Kongo central, qui transforment l’huile brute en huile de consommation et en produits cosmétiques.

PHC Ne Dispose Donc Pas de Sa Propre Raffinerie ?
M. G. : Historiquement, PHC produisait de l’huile brute et collaborait avec des raffineurs. Depuis que nous avons repris la direction opérationnelle, notre objectif est de mettre en place une chaîne d’approvisionnement totalement intégrée, à 360 degrés. Cela inclut la construction de notre propre raffinerie pour transformer notre huile de palme et approvisionner directement le marché, tout en continuant à fournir les autres raffineurs existants. La raffinerie sera opérationnelle dans les deux prochaines années. Cette intégration verticale nous permettra de raffiner notre production et de renforcer notre position de principal producteur d’huile de palme en RDC, tout en répondant plus efficacement à la demande nationale croissante.
Comment le CREATY Stimule-t-il l’Innovation chez PHC ?
M. G. : Le CREATY joue un rôle central dans le développement du matériel génétique et la formation. Le centre est dirigé par un chef de projet qui supervise les études expérimentales. Des semences provenant de différentes régions de la RDC, ainsi que d’autres pays, sont comparées afin d’identifier les plus performantes. Les principaux critères évalués sont la teneur en huile des graines et la résistance aux maladies, car une plantation peut être détruite en moins d’un an si elle est touchée par une pathologie.
CREATY dispose également de champs expérimentaux pour mener des expériences spécifiques, comme l’insémination assistée. Le palmier étant hermaphrodite, avec des fleurs mâles et femelles sur le même arbre, les fleurs femelles sont isolées et pollinisées manuellement avec le pollen mâle. Les résultats sont ensuite analysés lors de la germination et de la production des fruits, ce qui permet d’évaluer la performance des croisements et la qualité des graines obtenues.
Certaines semences expérimentales, comme les graines albinos dépourvues ou de faible teneur en bêtacarotène, présentent des propriétés exceptionnelles. Elles permettent, par exemple, d’obtenir une huile naturellement claire dès l’extraction, simplifiant ainsi le processus de raffinage et offrant un potentiel d’innovation pour l’industrie mondiale. Ces travaux sont financés par PHC et constituent une part confidentielle de notre propriété intellectuelle, protégée afin de maintenir notre avantage compétitif.
À côté de CREATY, nous avons créé l’Académie PHC, un centre de formation destiné à nos agronomes et ingénieurs agricoles. Son objectif est de maintenir leurs compétences à jour, de leur transmettre les dernières techniques agricoles et de former les équipes travaillant directement sur le terrain. Les formations sont modulaires et peuvent durer de deux semaines à trois mois, selon les besoins et les spécialisations.
La Consommation de l’Huile de Palme Fait Débat. Certains lui Attribuent des Effets Négatifs sur la Santé Quelle est Votre Position ?
M. G. : Une grande partie de ces critiques ne repose sur aucune donnée solide ni preuves scientifiques étayées. Il s’agit davantage d’un discours influencé par un certain lobbying que d’un débat fondé sur des faits avérés. En Malaisie, par exemple, de nombreuses études scientifiques démontrent le contraire. L’huile de palme contient notamment des tocophérols, des antioxydants puissants, reconnus pour leurs effets bénéfiques sur la santé. Bien sûr, il existe des études aux conclusions divergentes, mais elles sont souvent contradictoires entre elles.
À l’inverse de ce qui est souvent avancé, plusieurs travaux scientifiques montrent que l’huile de palme peut être bénéfique pour la santé. Ces bénéfices sont notamment liés à sa forte teneur en vitamine A.
Sans chercher à défendre ou à débattre en profondeur de l’aspect scientifique, je me base sur les informations que j’ai consultées, lues et comprises : l’huile de palme, lorsqu’elle est consommée de manière raisonnée, présente des qualités nutritionnelles réelles et avérées.
Vous Produisez Massivement. Qu’en-est-il de la Protection de l’Environnement ?
M. G. : Nous appliquons plusieurs mesures strictes pour garantir que nos activités respectent l’environnement, en veillant au principe de zéro déforestation. Sur nos 106 000 hectares de concessions, seules les zones déjà plantées sont exploitées. Nous travaillons également avec les communautés pour éviter tout déboisement ou brûlis, en promouvant des pratiques agricoles alternatives respectueuses des forêts.
Nous avons mis en place une stratégie pour réduire l’empreinte carbone de nos sites à zéro. Nos usines fonctionnent grâce à la biomasse et à l’hydroélectricité, utilisant des turbines à vapeur pour produire leur propre énergie, sans recours aux générateurs classiques, ce qui réduit considérablement les émissions de gaz à effet de serre.
Le volet social est également au cœur de notre stratégie. Nous protégeons nos travailleurs en leur fournissant des équipements de protection individuelle complets, comprenant uniformes et casques, afin de réduire les risques en plantation. Nous menons un dialogue constant avec les communautés via notre département ESG, renforçant ainsi les relations avec les chefs communautaires et soutenant le développement local.

Quelles Relations Entretenez-Vous avec les Communautés ?
M. G. : Nous encourageons l’autonomie financière et la sécurité alimentaire des populations rurales en fournissant des semences de maïs, de soja, de manioc et de riz, tout en les accompagnant dans l’adoption des bonnes pratiques agricoles. Ces actions permettent aux communautés de produire leur propre nourriture, de générer des revenus et de créer un véritable écosystème économique local. Dans certaines zones reculées, on observe déjà des transformations concrètes : les maisons en pisé ou en paille sont remplacées par des maisons en briques, et une économie circulaire commence à se mettre en place.
La dimension sociale est au cœur de notre modèle. PHC dispose de quatre hôpitaux de référence, totalisant près de 500 lits, avec imagerie médicale, laboratoires modernes, unités de néonatologie et capacité à réaliser des interventions chirurgicales majeures.
Les soins sont gratuits pour nos employés et leurs familles, ainsi que pour les chefs coutumiers, chefs de groupements et autorités traditionnelles. Aujourd’hui, des patients viennent de Bumba, Lisala ou d’autres localités voisines pour se faire soigner chez nous.
Cette approche illustre parfaitement le concept de prospérité partagée que nous défendons depuis le début. L’agriculture devient un moteur d’émergence économique, complémentaire au secteur minier, et contribue à la réduction de la pauvreté, ainsi qu’à l’autonomie financière des populations rurales.
La RDC est le Premier Pays Africain Membre du Conseil des Pays Producteurs d’Huile de Palme (CPOPC). Quel est le Rôle de PHC à ce Niveau ?
M. G. : PHC accompagne l’État congolais dans sa participation au Conseil des pays producteurs d’huile de palme (CPOPC). Cette adhésion permet au pays de renforcer sa position sur la scène internationale ainsi que de bénéficier de la coopération technique et des innovations développées dans d’autres pays, comme la Malaisie et l’Indonésie. En octobre dernier, PHC, en tant qu’agrégateur dans le secteur du palmier à huile, a organisé sur le site de Yaligimba une session de formation au profit de 50 planteurs locaux, partenaires de l’entreprise. Cette formation s’inscrivait dans le cadre d’un programme initié et animé par le CPOPC, avec l’appui d’experts indonésiens et malaisiens. À travers cette initiative, PHC réaffirme l’importance du partage des connaissances techniques et du renforcement des capacités locales pour accompagner le développement durable du secteur du palmier à huile en RDC.
Quels sont les Projets et Ambitions de PHC pour le Futur ?
M. G. : Au‑delà de l’augmentation de la production et de la construction de la future raffinerie, nous souhaitons étendre notre portefeuille de concessions en reprenant des plantations abandonnées ou sous‑exploitées, afin de consolider notre position dans le secteur agricole congolais. Nous envisageons également de diversifier nos cultures en explorant d’autres filières telles que le cacao, le café ou d’autres productions, dans le but de devenir un acteur majeur de l’industrie agricole en RDC.
