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Internet : À quand la percée de moteurs de recherche africains ?

Moteurs de recherche africains © Any Lane

Lancées récemment, plusieurs initiatives africaines cherchent à capter une part du juteux marché de la recherche en ligne. Reste à voir ce que celles-ci donneront dans la durée, face aux géants internationaux du numérique qui dominent le secteur.

Par Rudy Casbi

En apparence gratuite, la recherche sur Internet est en réalité un marché très lucratif, porté par la publicité en ligne. Un marketing digital qui, au fur et à mesure de la démocratisation planétaire du web, n’a cessé de grignoter des parts sur les budgets du marketing traditionnel, comme le prouvent les excellents résultats financiers des géants du secteur.  Dans un communiqué publié début février, l’entreprise Alphabet- maison mère de Google- a annoncé avoir engrangé 76 milliards de dollars de bénéfice net annuel en 2021, soit près du double de 2020. Une performance exceptionnelle due notamment à « des dépenses publicitaires solides dans tous les formats et la forte présence des consommateurs en ligne », a détaillé la direction du groupe américain. Au total, le cabinet spécialisé eMarketer estime que la publicité numérique rapportera plus de 171 milliards de dollars à Alphabet cette année, soit  près d’un tiers du marché mondial, devant ses concurrents Facebook, Yahoo et Bing (Microsoft). Une manne à laquelle contribue l’Afrique, l’immense majorité des dépenses en marketing digital des entreprises du continent transitant par les plateformes Google Adds ou le Facebook Adds.

Des moteurs de recherche africains

Dans ces conditions, on comprend sans peine les avantages que les acteurs africains du numérique pourraient tirer s’ils parvenaient à créer leurs propres moteurs de recherche. De fait, un certain nombre d’initiatives ont d’ores et déjà été lancées, à l’image du moteur de recherche Mashcor, de l’agence digitale sud-africaine du même nom, lancé en mars 2021 et entièrement indépendant des autres moteurs de recherche mondiaux. En Afrique francophone, cette ambition d’indépendance numérique est portée depuis 2020 par le moteur de recherche Mayyan, de l’entrepreneur Moussa Touré, qui entend par ailleurs donner un impact social à chaque recherche effectuée via sa plateforme, en investissant 30% des revenus générés dans des organisations à but non lucratif qui œuvrent sur le continent.

En clair, un modèle d’affaires proche de celui du moteur de recherche Ecosia qui avec son slogan « Vous parcourez le Web, nous plantons des arbres » séduit depuis maintenant plus d’une décennie les internautes sensibles aux problématiques environnementales.«Un moteur de recherche génère des revenus grâce à la pub. Ecosia a généré près de 12 millions d’euros qui ont été utilisés pour la plantation d’arbres à travers le monde. Avec ce système, on peut générer entre 0,10 et 0,20 cts d’euros», explique le jeune patron de Mayyan, issu de la diaspora sénégalo-malienne en France, et qui entend bien répliquer le succès du site allemand avec son offre « africaine ». Au vu de la digitalisation en cours sur le continent et de la part croissante des budgets d’entreprises dévolue au marketing (jusqu’à 5 % du chiffre d’affaires), c’est toute l’économie continentale du numérique qui pourrait de fait être boostée, si ces initiatives décollaient : l’économie numérique ne représente aujourd’hui qu’à peine 1% des emplois créés en Afrique contre plus de 10% au Moyen-Orient.

Souveraineté numérique

Davantage, au-delà des enjeux économiques liés aux moteurs de recherche, c’est la souveraineté numérique des nations-  et la faculté de celles-ci à capter une partie des revenus associés à ce secteur stratégique- dont il est ici question comme le montrent par exemple les retombées liées au développement des câbles sous-marins, certains d’entre eux étant notamment financés par la multinationale Google, à l’image du tout nouveau câble Equiano reliant l’Afrique du Sud au Portugal. Selon une étude commanditée par le géant américain du numérique, le câble sous-marin devrait créer pour le seul Togo, premier point d’atterrissage d’Equiano sur le continent africain, 37 000 emplois entre 2022 et 2025 et générer plus de 350 millions de dollars d’activité sur la période. Sans parler de l’accroissement de la vitesse d’internet, de l’amélioration de l’expérience des utilisateurs et de la réduction attendue du coût des données.

Pour l’heure cependant, le chemin reste encore long- et sinueux- pour les rares moteurs de recherche du continent, qui doivent encore prouver la pertinence de leur modèle d’affaire sur un marché dominé par une poignée de géants internationaux (Google, Microsoft, Baidu…). Les principaux concernés restent néanmoins optimistes. «À terme, c’est un aussi un des objectifs qu’on se fixe avec Mayyan, à savoir celui de peser de manière significative au sein des écosystèmes», conclut Moussa Touré.  

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