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Les Sociétés Minières Les Plus Influentes

Une nouvelle génération d’États, d’investisseurs et de groupes miniers s’attache aujourd’hui à convertir l’atout géologique africain en avantage stratégique. L’enjeu n’est plus seulement d’extraire, mais de transformer, d’industrialiser, de capter davantage de valeur et de voir émerger des champions capables d’entraîner tout un écosystème productif. Panorama des acteurs à l’avant- garde de cette bascule.

Par Pokou Abalé



VALTERRA PLATINUM : Les PGM au Service de l’Avenir

Forte de près de 30 000 collaborateurs, Valterra Platinum – ex-Anglo American Platinum – illustre le rôle joué par le continent dans l’approvisionnement mondial en métaux critiques. En 2024, le groupe a écoulé près de 127 tonnes de métaux du groupe du platine (PGM pour platinum group metals) – utilisés notamment dans les pots catalytiques, l’hydrogène vert, l’électronique de pointe et certaines applications médicales – lui permettant de générer environ 6,4 milliards de dollars de chiffre d’affaires. De quoi soutenir une stratégie d’investissement de long terme, avec près d’un milliard de dollars engagé pour moderniser ses actifs. De quoi soutenir une stratégie d’investissement de long terme (CAPEX), avec près d’un milliard de dollars pour moderniser ses actifs. Mais Valterra s’affirme aussi comme un acteur structurant des territoires miniers et du développement communautaire, avec plusieurs dizaines de millions de dollars consacrés aux programmes communautaires et aux achats locaux. Un positionnement qui place ce champion sud- africain parmi les acteurs appelés à traduire le potentiel minier africain en emplois durables, compétences locales et prospérité territoriale.


BARRICK GOLD : Une Position de Leader, Malgré de Récentes Vulnérabilités

Le groupe canadien Barrick Gold a fait de l’Afrique l’un des piliers de son appareil productif. En 2024, il a produit 121,6 tonnes d’or, dont près de 45 tonnes issues de la région Afrique et Moyen-Orient, soit environ 37 % de sa production aurifère totale. Cette performance repose principalement sur trois pôles stratégiques : la Tanzanie (mines de North Mara et Bulyanhulu), le complexe Loulo-Gounkoto au Mali, et Kibali en République démocratique du Congo1 – ces deux derniers étant classés parmi les plus grands gisements mondiaux. Cette architecture a toutefois été fragilisée en 2025 par le durcissement des relations entre Barrick et les autorités maliennes, conduisant à la mise sous administration provisoire de Loulo-Gounkoto et à la suspension temporaire de ses opérations en janvier. Après plusieurs mois de bras de fer, un accord a finalement été trouvé en novembre 2025 : les poursuites engagées contre le groupe ont été abandonnées, le contrôle opérationnel du site restitué à Barrick, et la société a retiré sa procédure d’arbitrage international, en contrepartie d’engagements financiers significatifs en faveur de l’État malien.


GÉCAMINES : Le Retour du Géant Congolais

Héritière de l’Union minière du Haut- Katanga, la Gécamines fut longtemps l’un des piliers industriels de la République démocratique du Congo (RDC), avant de producteur intégré, le groupe s’est mué en actionnaire stratégique des grandes joint- ventures minières du pays (TFM avec CMOC, Sicomines, KCC et Mutanda avec Glencore) – au point que l’essentiel de ses revenus proviendrait de ses participations, selon son rapport de gestion de 2024. Pour redevenir un acteur industriel compétitif, la Gécamines doit désormais solder cet héritage. C’est la raison pour laquelle elle a engagé une recomposition de sa gouvernance, un assainissement de ses finances, la modernisation de son pilotage industriel et le renforcement de ses capacités opérationnelles. Elle devra cependant surmonter la volatilité des prix, les contraintes énergétiques ou encore les passifs hérités des terrils et anciens sites industriels non réhabilités du Katanga… Des contraintes qui n’entament pas lavolonté de Kinsha sa de repositionner cette société, contrôlée à 100 % par l’État, comme levier du développement et de la souveraineté économique nationale.


ENDEAVOUR MINING : La Montée en Puissance

Endeavour Mining s’est érigé parmi les champions aurifères ouest-africains en bâtissant un portefeuille « tier-1 » structuré autour de Sabodala-Massawa au Sénégal ; Ity, Lafigué et bientôt Assafou en Côte d’Ivoire ; ainsi que Houndé et Mana au Burkina Faso. Ensemble, ces actifs ont permis au groupe de produire 34 tonnes d’or en 2024. Une performance soutenue par une stratégie d’optimisation des usines – notamment via la technologie BIOX à Sabodala-Massawa – et d’intensification de l’exploration à proximité des sites. Cette puissance industrielle se traduit aussi par une empreinte économique directe sur les finances publiques des États : 211 millions de dollars versés au Sénégal, 287,9 millions en Côte d’Ivoire et 240,3 millions au Burkina Faso. Enfin, avec plus de 5 000 emplois directs, 83 % d’achats réalisés auprès de fournisseurs nationaux et 22,1 millions de dollars consacrés aux investissements sociaux, Endeavour s’affirme aussi comme contribue, également, à la sécurisation de ses activités sur le long terme.


RIO TINTO : Simandou en Ligne de Mire

Présent à Madagascar et en Afrique du Sud, Rio Tinto structure sa stratégie africaine autour de deux segments clés : le minerai de fer et les sables minéralisés (ilménite, laitier TiO2, zircon). Mais c’est en Guinée, autour du mégaprojet Simandou, sur lequel le groupe s’est associé à Chalco Iron Ore Holdings et à l’État guinéen, au sein du consortium SimFer, que se joue maintenant l’essentiel de sa projection. Car après trente ans d’atermoiements, l’exploitation du gisement a démarré en novembre 2025, à la suite de la construction du corridor intégré mine–rail– port de 650 km, développé, entre autres, aux côtés de Winning Consortium Simandou et China Baowu Steel Group. Le minerai de haute teneur (≈ 66 %), destiné notamment à l’acier bas carbone, devrait contribuer à renforcer la position de Rio Tinto comme fournisseur des chaînes industrielles mondiales, tout en reconfigurant durablement la place de la Guinée dans la géographie du minerai de fer. Il s’accompagne néanmoins d’enjeux notables en matière de réinstallations, d’environnement et de tensions sociales, alors même que Rio Tinto déploie déjà des programmes sociaux et environnementaux autour de ses sites afin d’atténuer l’impact de ses opérations.


GLENCORE : Entre Pressions et Paradoxes

Au sein du géant suisse Glencore, l’Afrique concentre l’une des lignes de fracture les plus visibles de la transition énergétique : il s’agit pour lui d’accélérer la production des métaux indispensables à la décarbonation tout en demeurant structurellement adossé à des actifs issus du système énergétique hérité. En République démocratique du Congo (RDC), les complexes de KCC et Mutanda ont livré en 2024 plus de 220 000 tonnes de cuivre et 35 000 tonnes de cobalt, au cœur des chaînes de valeur des batteries et des véhicules électriques. À l’autre extrémité du spectre, l’Afrique du Sud reste un pilier de l’activité charbon, avec plus de 15 millions de tonnes produites. Mais cette construction s’opère à présent dans un environnement politique, social et climatique plus incertain, marqué par la renégociation du partage des revenus en RDC, une pression croissante liée à l’empreinte climatique du charbon, ainsi qu’un héritage de contentieux, de sanctions et de procédures de conformité qui continue de peser sur la réputation du groupe. Autant de facteurs qui font de l’Afrique à la fois un levier stratégique pour ce géant minier et l’un de ses principaux foyers de risque.


CMOC : Le Pari Congolais

Avec 650 000 tonnes de cuivre et près de 114 0 00 tonnes de cobalt produites en 2024, le chinois CMOC a également fait de la RDC le cœur opérationnel de son succès. Autour de Tenke Fungurume Mining (TFM) et Kisanfu Mining (KFM), le groupe a en effet bâti un dispositif industriel massif, prolongé par un système logistique international et une filiale de trading intégré, IXM. L’année 2025 a cependant marqué un tournant politique : l’embargo congolais sur les exportations de cobalt (février–octobre), puis l’instauration de quotas stricts, ont testé la solidité de ce modèle. Le géant chinois a amorti le choc par ses stocks, tandis que la flambée des cours (plus de 45 000 dollars la tonne) a porté sa marge brute à plus de 60 %, malgré une baisse des volumes. Cette séquence a cependant révélé une réalité nouvelle : à savoir que la puissance industrielle du Groupe demeure, peu ou prou, subordonnée à l’affirmation souveraine de l’État congolais.


OCP : L’Ambition Pour les Chaînes Agricoles Africaines

Avec 30,2 millions de tonnes de roche extraites et 6,2 millions de tonnes d’acide phosphorique en 2023, le groupe marocain OCP demeure le premier acteur mondial des phosphates. Mais sa singularité tient à sa projection africaine, pensée comme une volonté de restructurer les chaînes locales de fertilisation. En effet, à travers OCP Africa, présent dans 12 pays avec des unités locales de formulation d’engrais en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Rwanda, au Nigéria ou en Éthiopie, OCP compose, sur place, des engrais adaptés aux sols, aux cultures et aux pratiques agricoles locales, afin d’agir directement sur les rendements. Un basculement qui repose sur un socle d’investissements opérationnels orientés vers l’outil de production, le dessalement, ou encore la logistique. Cet effort se prolonge sur le terrain à travers des partenariats avec les États, articulant R&D agronomique, cartographie des sols, distribution et formation. Mais la mécanique demeure confrontée aux contraintes de l’agriculture en Afrique – volatilité des intrants, fragilités logistiques, aléas climatiques, niveaux de productivité encore insuffisants… C’est précisément pour dépasser ces limites qu’OCP revendique une stratégie intégrée, de la mine au champ, visant à transformer l’engrais en levier de souveraineté alimentaire et de stabilisation économique des territoires ruraux.


SMB : La Bauxite Guinéenne Comme Colonne Vertébrale

Avec une production annuelle estimée entre 48 et 55 millions de tonnes de bauxite (2024), pour 5 500 emplois directs revendiqués directement par elle-même et 10 000 au sein du projet Winning, la Société Minière de Boké (SMB) s’est imposée comme l’un des premiers exportateurs mondiaux et comme le pilier opérationnel de la trajectoire minière guinéenne. Ancrée dans la région de Boké, elle opère au sein du Consortium SMB–Winning et s’appuie sur une intégration complète de sa chaîne logistique avec les terminaux fluviaux de Dapilon et Katougouma sur le Rio Nunez, le corridor ferroviaire reliant les mines au littoral, et ses terminaux spécialisés. Un dispositif qui a fait du corridor de Boké l’ossature de l’exportation nationale de bauxite, repositionnant la Guinée au cœur des chaînes mondiales de l’aluminium, avec en ligne de mire la transformation locale.


DEBSWANA : Matrice de l’État Stratège Botswanais

Joint-venture à parité entre le gouvernement du Botswana et De Beers, Debswana constitue depuis plus d’un demi-siècle l’ossature économique du pays. En 2023, ses quatre mines (Jwaneng, Orapa, Letlhakane, Damtshaa) ont livré près de 25 millions de carats, faisant du groupe l’un des principaux producteurs mondiaux. Mais c’est surtout par l’architecture institutionnelle qu’elle a façonnée que Debswana dépasse le registre extractif. En organisant une captation publique durable de la rente diamantifère, le groupe a permis l’émergence d’un État stratège, finançant infrastructures, santé, éducation et politiques sociales. Ce modèle s’appuie sur la capacité de l’entreprise à irriguer l’emploi, les recettes budgétaires, les réserves de change et l’effort d’investissement public ; mais également sur une gouvernance ESG exigeante qui contribue, jusqu’à présent, à transformer les ressources minières du pays en levier de progrès pour ses populations.


ARM : Étendard Historique de la Puissance Minière Sud-Africaine

Piloté par Patrice Motsepe, African Rainbow Minerals (ARM) s’impose comme l’un des principaux groupes miniers de la nation arc-en-ciel, avec des actifs dans les métaux du groupe platine, le minerai de fer, le manganèse, le charbon, le nickel et le chrome, une présence industrielle concentrée en Afrique du Sud, et enfin une extension métallurgique en Malaisie. En 2024, ARM a écoulé environ 18,9 tonnes de métaux du groupe platine, 14,7 millions de tonnes de minerai de fer, 4,4 millions de tonnes de minerai de manganèse et 17,5 millions de tonnes de charbon thermique, générant un chiffre d’affaires d’environ 620 millions de dollars. Employant plus de 23 000 personnes, le groupe, par son ancrage industriel, son effet d’entraînement sur les bassins miniers et sa capacité à structurer des chaînes de valeur locales, s’impose comme un levier industriel, social et stratégique de long terme pour l’économie du pays et, au-delà, pour l’Afrique australe.


ERAMET : Émanation de la Projection Industrielle Française

Groupe minier et métallurgique de plus de 10 000 collaborateurs, Eramet a fait de l’Afrique l’un de ses principaux socles industriels, au cœur des chaînes de valeur du manganèse, du nickel et des sables minéralisés. Le groupe est notamment implanté au Gabon, avec le complexe de Moanda, aujourd’hui plus grande mine de manganèse à haute teneur au monde, et au Sénégal, avec les sables minéralisés de Grande Côte. Ses actifs lui ont permis de commercialiser 5,5 millions de tonnes de minerai de manganèse, près de 30,3 millions de tonnes de minerai de nickel et 883 000 tonnes de sables minéralisés, tout en amorçant sa montée en puissance dans le lithium. Le tout, pour un chiffre d’affaires ajusté de 3,4 milliards d’euros en 2024, qui en fait l’un des principaux acteurs français du secteur présent sur le continent.



1. Site opéré en partenariat avec l’Etat congolais.

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