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MANU DIBANGO 60 ANS DE MUSIQUE

Manu Dibango est une légende de la musique africaine. Sa carrière, comme un fleuve long et tumultueux, a traversé les époques, les genres musicaux, survécu aux tendances et ouvert la voie du monde aux artistes africains. Débarqué en France à l’âge de 15 ans pour ses études, il suit son instinct, porté par les circonstances et les événements, et devient musicien. Pour Forbes Afrique, il raconte ses soixante ans de musique.

En 2014, Manu Dibango fêtait ses 80 ans dans la mythique salle parisienne de l’Olympia.

Forbes Afrique : Vous avez derrière vous soixante ans de carrière. Au sein de ces six décennies, quelles sont les dates que vous retenez?

MANU DIBANGO : La première date est celle où on décide d’embrasser le métier de musicien. Il y a des musiciens qui décident et d’autres pour qui ce sont les événements qui décident. Dans mon cas, ce sont plutôt les événements. Je n’avais pas en tête de faire une carrière musicale, ni de carrière tout court. En fait, je ne savais pas trop ce que je voulais faire à cette époque, rien ne m’attirait particulièrement. Je me suis laissé entraîner, je suis allé en Belgique, où j’ai commencé à jouer dans le cabaret d’un ami. C’était en 1957. J’y ai découvert la vie nocturne en même temps que j’apprenais le métier. J’étais régulièrement payé et j’avais des jours de congés, ce qui ne m’était jamais arrivé en France. Durant cette même décennie, je suis allé à Kinshasa avec Kabasele. Il était arrivé à Bruxelles avec Patrice Lumumba pendant la période de la Table ronde [les négociations entre la Belgique et le Congo belge sur les conditions de l’indépendance de ce dernier, NDLR]. J’étais là lorsqu’il a enregistré la chanson Indépendance Cha Cha, qui est devenue un classique. Je jouais dans le cabaret Les Anges noirs tous les soirs, c’est là que Kabasele m’a entendu. Un soir, il est venu me voir en me demandant si je pouvais remplacer son saxophoniste malade pour un enregistrement. J’ai accepté, j’ai joué du piano et du saxophone. Ma façon jazzy de jouer du saxophone lui a plu au point qu’il m’a demandé de l’accompagner à Léopoldville pendant un mois, en août 1961. J’y ai séjourné pendant deux ans. Sur place, j’ai appris à jouer la rumba avec les Congolais. C’était la musique la plus écoutée dans toute l’Afrique à l’époque. Radio Léopoldville était la seule à pouvoir émettre sur tout le continent, pratiquement 24h/24.

Que retenez-vous des années 1960 ?

M. D. : Mon départ de Léopoldville pour le Cameroun. Mes parents m’avaient demandé de rentrer. J’avais un cabaret que j’ai fermé à cause de la guerre civile. Je suis ensuite revenu en France, où j’ai tout de suite retrouvé du travail. J’ai accompagné Dick Rivers, Nino Ferrer, ensuite je suis devenu moi-même, c’était en 1967. C’est l’année où j’ai enregistré mon premier album Jerk, sorti chez Mercury. C’était un album instrumental populaire qui comprenait mes chansons et des reprises de chansons françaises et américaines. Je ne suis pas un musicien de jazz, je n’en ai jamais eu la prétention, je suis un amateur averti du jazz. Du Cameroun, je ne connaissais que les musiques d’église. Culturellement parlant, j’ai d’abord découvert le jazz, mais je me suis rendu compte très tôt de mon africanité, de mon patrimoine, et instinctivement je me suis mis à chanter dans ma langue maternelle, le douala. Je suis arrivé en France à l’âge de 15 ans et ma double initiation musicale a été faite en France.

Les années 1970 sont des années de grande créativité pour vous.

M. D. : Oui, il y a l’enregistrement de Sango Yesu Christo, de l’album O Boso, d’African Voodoo, de Soul Makossa, et aussi un album instrumental. L’année 1970 est charnière dans ma carrière. J’étais très inspiré, mes créations étaient diversifi ées, je me sentais libre. Dans l’album Africadelic, on ressent cette liberté. Il était fait pour qu’il y ait une couleur africaine à la radio, c’était en 1972. Vers 1976, j’ai enregistré Baobab Sunset pour le 70e anniversaire du président Senghor, puis Waka Juju en 1982. La chanson New Bell est quant à elle une rencontre avec les Antillais, dont la plupart sont des membres du groupe Kassav’.

Aujourd’hui, vous revenez sur le devant de la scène avec le projet « Safari symphonique ». De quoi s’agit-il exactement ?

M. D. : Jusqu’à présent, on rencontre les Occidentaux différemment. Avec des

Pour lire l’intégralité de cet article, rendez-vous  pages 86-89 du numéro 55 Mars 2019, en vente ICI.