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Oum et Asa, sincères et authentiques

Femmes, auteures et compositrices, la Marocaine Oum et la Nigériane Asa ont un langage commun : la musique. Elles viennent de faire paraître chacune un album. Daba, qui signifie « maintenant », pour la première, et Lucid pour la seconde. Elles s’inspirent de leurs propres expériences et s’adressent directement au public. Pour Forbes Afrique, elles ont accepté de se livrer.

© AMINECHBANI/PURESPIRIT – LAKIN OGUBANWO

Oum. Un nom qui sonne comme une musique et qui ressemble si bien à celle qui le porte. La chanteuse marocaine en parle avec passion : « C’est la première syllabe de mon prénom, je m’appelle Oum El Ghaït, qui était le prénom de ma grand-mère. C’est un prénom que l’on donnait dans le désert aux filles qui naissaient lorsqu’il y avait une averse et qui signifiait que grâce à elles il avait plu ce jour-là. Je suis fière de le porter. »

La chanteuse, qui vient de publier Daba, une merveille musicale, raconte cette nouvelle aventure. « J’avais envie de dire qui je suis, de faire mon introspection. Aujourd’hui, je me présente à la fois comme chanteuse et femme : ce que je suis dans la vie, je le dis en musique. En faisant de la musique, je me repère, je suis témoin de mon temps, je suis dans un élan de franchise et d’honnêteté avec ceux et celles qui m’écoutent, ainsi qu’avec moi-même. » Sa musique illustre son caractère généreux et son état d’esprit volontaire. « Ma démarche, explique-t-elle, est d’essayer d’être juste, de ne pas me laisser influencer, conditionner, d’avoir ma propre opinion. Je voyage, je vois des choses et je ne peux pas ne pas m’exprimer. Cela me touche, je me mets à la place de l’autre. Je ne peux peut-être pas changer les choses, mais j’ai envie de dire, de partager avec les gens ce que je ressens. Lorsque je parle des migrants dans la chanson Laji, j’en parle de façon universelle, à travers un proverbe marocain qui dit : “Nul ne ressent la douleur de l’été comme celui qu’elle traverse.” Ainsi, mon engagement est de me mettre du côté de ceux qui souffrent. »

Le choix du visuel de son nouvel opus ne laisse pas non plus indifférent. On y voit la mer, le ciel et la chanteuse apparaît en coupe afro. « “Daba” signifie “maintenant”, dit-elle. C’était le moment de m’interroger sur mon parcours, sur ce que je suis en train de faire. » À 40 ans, Oum estime qu’il est temps pour elle de dire les choses telles qu’elle les perçoit. Aussi parlet-elle de la situation des femmes dans les pays scandinaves et en Afrique du Nord, en Afrique subsaharienne ou au Moyen-Orient.

Oum, Daba, Molpe Music/MDC, 2019
Après Lik’Oum en 2009, Sweerty en 2012, Soul of Morocco en 2013 et Zarabi en 2015, Daba, d’inspiration électro-acoustique, illustre le ressenti d’Oum à travers ses voyages et ses rencontres. La chanteuse, accompagnée de la palestinienne kamilya Jubran, nous emmène dans son univers, composé de tous les éléments de la nature. On redécouvre les arbres (Chajra), l’océan (Yabhar), le désert. une épopée sonore à travers le monde. En concert le 5 juin 2020 au Trabendo, à Paris.

UN ALBUM INTROSPECTIF

© AMINECHBANI/PURESPIRIT – LAKIN OGUBANWO

Dans la même verve, la chanteuse nigériane Asa se met elle aussi à nu. Son album, Lucid, parle d’une relation amoureuse. Elle s’inspire de sa propre expérience. « Je n’étais pas forcément partie pour parler d’amour, confiet-elle. Je parle juste de mon histoire, un peu comme dans un journal. C’est un moment très dur, très introspectif. Je regarde comment rendre le monde meilleur et faire attention aux gens autour de moi. Au moment d’aller en studio, j’ai réalisé que je parlais d’amour. Tomber amoureuse de quelqu’un est la meilleure chose qui puisse arriver et parfois ça tourne mal ; cela pourrait arriver à n’importe qui. L’amour, la joie, le coeur brisé, la tristesse, c’est ce dont il est question dans cet album. »

Un opus thérapeutique ? Forte de son vécu, l’artiste semble vouloir conjurer le sort. « Je me tourne un peu plus vers moi-même, expliquet-elle. J’essaie de m’aimer un peu plus. Je me suis rendu compte que je ne devais pas adopter une façon d’être pour faire plaisir à quelqu’un d’autre. Je dois être moi-même. Suis-je pour autant égoïste ? Mon idée sur ce que doit être une femme a évolué. Ces derniers temps, on parle beaucoup des femmes. On ne doit pas faire des choses juste pour faire plaisir à un homme, on n’est pas obligés de se prendre par la main, on n’est pas obligés de marcher l’un à côté de l’autre. J’en parle dans la chanson Good Thing, je pense qu’il est important d’être honnête. »

Asa est auteure, compositrice et interprète de tous ses albums. Elle préfère utiliser ses propres mots pour raconter son histoire et l’assume : « Si on m’apporte une chanson toute faite, je suis un peu perdue, car j’ai du mal à me l’approprier. J’écris donc la musique, le rythme puis la mélodie suivent, ainsi que les textes. En général, j’écris tout du début à la fin. La mélodie, c’est un peu comme faire de la peinture, c’est ce qui détermine ce dont je vais parler. » Des textes en anglais, en yoruba et parfois en français sur une musique à la fois pop, rock et blues, enrobée de ballades. « C’est ce que je suis. J’ai des goûts musicaux assez éclectiques, révèle la chanteuse. Je ne me définis pas par rapport à un style de musique. » Cette liberté lui permet d’avancer et de progresser au fil de ses productions. « Dans mes précédents albums, dit-elle, il y avait des textes politiques, j’étais cataloguée comme une chanteuse politique. Mais ce sont des histoires que je vivais en tant que Nigériane et je voulais en parler à ce moment-là. Aujourd’hui, j’ai envie de me raconter, de montrer qui je suis. » Pratiquer son art n’est pas anodin. Et Asa le pratique en toute sincérité. Elle conclut par ces mots : « J’ai envie de m’asseoir et d’écrire ma musique, et j’espère rendre les gens heureux. Je ne ferais pas de musique si je ne pouvais pas rendre les gens heureux. »

Asa, Lucid, Wagram Music, 2019
À travers ce nouvel opus se dévoile une désillusion amoureuse. La chanteuse nigériane se raconte ainsi pour montrer sa fragilité et son humanité. il n’en demeure pas moins que l’album est d’une grande sensualité. Des mots parfois susurrés, parfois criés, comme pour séduire et rejeter. Des ballades, du rock, du blues : Asa est de retour. En concert le 12 février 2020 au Big Band Café à Hérouville-Saint-Clair, le 13 février à La Luciole à Alençon et dans toute la France.