Nimba Mining Company SA, nouvel acteur majeur du secteur minier guinéen, entend transformer la bauxite en moteur de développement et d’industrialisation pour le pays. Une mission confiée à Patrice L’Huillier, son directeur général, qui place l’innovation, la souveraineté et la création de valeur au cœur de sa feuille de route.
Propos Recueillis Par Dounia Ben Modamed
Forbes Afrique : Votre nomination à la tête de Nimba Mining Company SA marque une étape importante dans la mise en œuvre de la vision du gouvernement pour une plus grande souveraineté minière. Quelle est votre priorité pour accompagner cette ambition nationale ?
Patrice L’Huillier : J’ai eu la chance de partager ma carrière entre l’univers de l’aluminium et de la bauxite, ainsi que celui des mines, principalement en Afrique. Cela fait maintenant 30 ans que je navigue dans ce secteur, avec des expériences dans les mines de Manganese au Gabon et de Bauxite au Cameroun, dans les mines de cuivre au Congo et au Katanga, et dans l’industrie de l’aluminium chez Pechiney, Rusal et Aluminerie Alouette (Rio Tinto). Mon parcours combine donc expérience minière et industrielle dans l’aluminium et la bauxite. Nimba Mining Company a été créée le 5 août 2025 par décret présidentiel. Elle possède deux actifs majeurs : une licence minière de 620 km² à Tinguilinta avec plus de 400 millions de tonnes de ressource de bauxite de haute teneur, et une plateforme portuaire à Kamsar dédiée au déchargement, au stockage et au chargement de la bauxite.
Notre priorité immédiate est de redémarrer les opérations le plus rapidement possible. Fin octobre, nous avons chargé notre premier bateau : 200 000 tonnes de bauxite à destination de la Chine, trois mois seulement après la création de l’entreprise. Nous avons également prévu d’expédier 1,5 million de tonnes au total sur novembre, décembre et janvier. Parallèlement, nous relancerons le transport ferroviaire depuis la mine jusqu’au port de Kamsar, grâce au contrat signé avec l’ANAIM et l’intégration dans le réseau ferroviaire multi-users. L’extraction proprement dite de la bauxite a repris fin décembre, avec un objectif de 10 millions de tonnes en 2026, puis 14 millions en 2027.
Un point sur la bauxite : la demande mondiale explose ce qui ouvre de nouvelles perspectives pour la Guinée compte tenu de son potentiel ?
P. L. : Effectivement, la demande mondiale de bauxite est en forte croissance. La Guinée est très bien positionnée : elle est le premier producteur mondial et possède à la fois des ressources abondantes et une capacité d’exportation solide. Cela ouvre des perspectives économiques très intéressantes pour le pays.
« La Guinée peut transformer ce potentiel en valeur ajoutée locale, renforcer sa souveraineté minière et soutenir le développement industriel national »
Au cours des six premiers mois de l’année, nous avons observé une augmentation significative des volumes exportés, ce qui reflète la vigueur de la demande. La Guinée et ses entreprises minières sont donc en mesure d’augmenter leur production pour répondre aux besoins mondiaux. Mais au-delà des chiffres, il s’agit aussi d’une opportunité stratégique : la Guinée peut transformer ce potentiel en valeur ajoutée locale, renforcer sa souveraineté minière et soutenir le développement industriel national. La combinaison des ressources naturelles, de l’expertise locale et d’une demande mondiale croissante crée un contexte favorable pour bâtir un secteur minier durable et compétitif, capable de générer emplois, compétences et industrialisation. En résumé, la Guinée dispose de tous les atouts pour répondre à la demande mondiale et transformer cette bauxite en un levier de développement économique et industriel majeur pour le pays.

La création de NMC traduit la volonté de l’État de devenir un acteur direct du développement minier. Comment cette approche va-t-elle, selon vous, renforcer la gouvernance et la valeur ajoutée locale ?
P. L. : Nous observons un mouvement mondial clair : la fin de l’exportation de minerais bruts sans valeur ajoutée. Le Gabon, par exemple, a décidé d’arrêter l’export de minerai de manganèse pour produire localement des ferro-alliages. Au Sahel, plusieurs États veulent mieux contrôler la production d’or.
« Chez Nimba Mining, nous relançons le projet d’usine d’alumine d’un million de tonnes, basé sur la bauxite de notre licence minière »
Pour la Guinée, l’objectif est de développer la transformation locale. L’extraction de la bauxite n’est que la première étape d’une chaîne de valeur qui mène à l’aluminium et aux produits finis. Le gouvernement souhaite encourager les sociétés minières à créer de la valeur sur le territoire national. Chez Nimba Mining, nous relançons le projet d’usine d’alumine d’un million de tonnes, basé sur la bauxite de notre licence minière. C’est une étape concrète vers la valorisation locale des ressources et l’industrialisation.
La transformation locale des ressources est un pilier clé de la stratégie guinéenne. Quelles perspectives envisagez-vous pour soutenir cette industrialisation et stimuler la création d’emplois ?
P. L. : Dans notre feuille de route, nous allons créer Nimba Mining Service, une entité dédiée à la maîtrise de la maintenance, de l’automatisme, de l’électronique industrielle, de la planification minière et de l’exploitation des engins complexes, comme les Surface Miners pour la bauxite. La Guinée dispose d’un vivier de jeunes diplômés motivés, prêts à se former et à travailler sur des technologies de pointe. Nous visons 99 % d’employés guinéens, incluant ingénieurs, techniciens et spécialistes. L’objectif est de développer les compétences locales, renforcer l’autonomie et créer un écosystème industriel durable et performant.

Les autorités ont réaffirmé leur engagement en faveur d’une exploitation responsable et durable. Comment la NMC intègre-t-elle les exigences environnementales et sociales dans sa feuille de route ?
P. L. : Le ministre des Mines et de la Géologie nous a demandé de dépasser les standards précédents. Nous appliquons les meilleures normes internationales : ISO 9001 pour la qualité, ISO 14001 pour l’environnement, ISO 50001 pour l’énergie. Un département spécifique gère les relations communautaires, l’environnement et la RSE. Aujourd’hui, aucune mine moderne ne peut exister sans un volet environnemental et sociétal solide, et c’est une priorité stratégique pour Nimba Mining Company.

Enfin, comment voyez-vous la contribution de Nimba Mining Company SA à l’image d’une Guinée minière souveraine, moderne et ouverte sur la coopération africaine et internationale ?
P. L. : Ma vision pour la Guinée est claire : que les mines fonctionnent selon les normes internationales, que la transformation locale soit développée, et que soit construite une usine de production d’aluminium qui permette de produire des lingots & des produits semi-finis.
« Nous souhaitons établir une chaîne de valeur complète, qui commence par l’extraction de la bauxite, se poursuit avec sa transformation en alumine, et se termine par la production d’aluminium »
Nous souhaitons établir une chaîne de valeur complète, qui commence par l’extraction de la bauxite, se poursuit avec sa transformation en alumine, et se termine par la production d’aluminium. Ainsi, Nimba Mining Company SA positionne la Guinée comme un acteur souverain et moderne, capable de valoriser ses ressources tout en contribuant à l’industrialisation et au développement durable du pays.
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