De Washington à Conakry, Thione Niang conseille les décideurs et façonne l’image du continent. Son combat : reprendre le contrôle du récit africain et transformer la perception en levier de puissance.
Par Dounia Ben Mohamed
De Dakar à Conakry, en passant par Washington et Paris, Thione Niang trace sa route comme un véritable catalyseur de changement. Diplômé en sciences politiques et en relations internationales, il a très tôt compris que transformer l’Afrique nécessitait d’agir à la fois sur le terrain et dans les sphères de décision.
À 22 ans, Thione Niang quitte le Sénégal avec pour seul bagage vingt dollars et un rêve immense : apprendre, se former et revenir transformer son continent. « Je suis parti pour changer la vie de ma mère, mais aussi celle de l’Afrique », confie-t-il. Arrivé à New York en mai 2000, il découvre les rouages de la politique, de la diplomatie et de l’entrepreneuriat international, tout en comprenant que le pouvoir du récit et de l’optimisme pouvait changer la perception du monde. « Tout est possible dès que tu rêves, il n’y a pas de limites. Dans tous les problèmes, chercher des solutions. Et j’y ai compris le pouvoir du storytelling : raconter sa propre histoire. »



« Aujourd’hui, le grand défi de l’Afrique est de reprendre le contrôle de son histoire et renforcer son unité »
Cette vision globale, acquise entre l’Afrique, les États-Unis, l’Europe et l’Asie, Thione Niang la met au service du développement africain, en combinant stratégie, innovation sociale et action concrète sur le terrain. Son engagement dépasse les frontières : il a conseillé des États, des personnalités influentes en Afrique, aux États-Unis, en Europe et jusqu’à Singapour, où il a été récemment primé. Pour lui, le plus grand défi de l’Afrique est de raconter sa propre histoire. « La perception, c’est la manière dont les autres te voient, et cette perception devient une réalité. Aujourd’hui, le grand défi de l’Afrique est de reprendre le contrôle de son histoire pour être respectée et renforcer son unité. »
L’exemple de la Guinée illustre parfaitement sa méthode. Thione Niang et son équipe ont travaillé à redéfinir la marque nationale, en accompagnant le gouvernement dans la stratégie de communication, les médias et différents forums internationaux. « Par exemple en Guinée, le pays souffrait depuis des décennies d’une mauvaise image, comme de nombreux pays africains, souvent associée à l’instabilité ou à la corruption. Lorsque je suis arrivé, j’ai compris que cette perception négative freinait à la fois les investissements et la confiance des partenaires internationaux. Nous avons travaillé avec le gouvernement sur sa stratégie de branding nationale, sous la direction du ministre et directeur de cabinet Djiba Diakité, pour offrir à la Guinée une nouvelle image et rendre le pays attractif », explique Thione Niang. « Aujourd’hui, tous les jours, les vols pour la Guinée sont pleins et la perception du pays a complètement changé », ajoute-t-il. « Si vous ne racontez pas votre histoire, quelqu’un d’autre le fera. C’est pour cela que je soutiens la Guinée dans la construction de son softpower ».


« Il s’agit de raconter notre propre histoire, de montrer notre potentiel et nos réussites, de transformer la perception en opportunités concrètes »
Changer le narratif et renforcer le softpower de l’Afrique : c’est la mission que Thione Niang, “il consigliere”, a fait sienne. « Il s’agit de raconter notre propre histoire, de montrer notre potentiel et nos réussites, de transformer la perception en opportunités concrètes. Le défi pour l’Afrique est de créer une narration positive qui inspire confiance et attire des ressources tout en affirmant nos valeurs. »
Mais Thione ne se limite pas aux palais et au conseil. Il s’active également sur le terrain. Fondateur de Give1Project, présent dans 34 pays, il mobilise ressources et talents pour des projets éducatifs, sanitaires et entrepreneuriaux à fort impact en Afrique et dans la diaspora. Sa capacité à identifier des besoins locaux et à proposer des solutions durables a trouvé un écho auprès des plus hautes sphères du pouvoir.
Avec deux priorités : l’éducation et la formation des jeunes. Cette année, sa ferme pédagogique, JeufZone, qui a formé plus de 10 000 jeunes venus de 40 pays africains, a célébré ses dix ans d’existence. « 82 % des jeunes formés ont désormais leurs propres fermes ou travaillent dans l’agribusiness, créant des emplois pour leurs communautés et leurs pays. L’agriculture est devenue sexy pour la jeunesse africaine », se réjouit-il.

« Le continent est un Eldorado. Nous devons croire que nous pouvons construire l’Afrique que nos pères ont rêvée. Ce travail ne se fait pas demain, ni après-demain. Il se fait aujourd’hui »
Pour Thione Niang, le panafricanisme n’est pas seulement un idéal : c’est une pratique. Il s’inspire des pères fondateurs comme Sékou Touré ou Kwame Nkrumah, qui ont tenté de connecter les pays africains. « Notre plus grande faiblesse aujourd’hui, c’est le manque d’unité. Nous devons construire des ponts de collaboration et d’opportunité, au-delà des frontières », souligne-t-il. C’est à ce titre qu’il a lancé Afro Global Connect, qui ambitionne de connecter les diasporas africaines aux opportunités qu’offre le continent. « Nous devons nous inspirer des réussites des uns et des autres. Si la Guinée réussit aujourd’hui, c’est l’ensemble du continent qui en sort gagnant ! »
Pour lui, le futur de l’Afrique se joue aujourd’hui : « Le continent est un Eldorado. Nous devons croire que nous pouvons construire l’Afrique que nos pères ont rêvée. Ce travail ne se fait pas demain, ni après-demain. Il se fait aujourd’hui. Il faut planter les semences pour que demain, nous récoltions ! »
