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IBS Group : Au Cœur de la Souveraineté Minière Guinéenne

Né dans la mine, formé à l’international, Aguibou Ly incarne une nouvelle génération d’entrepreneurs guinéens déterminés à transformer les ressources du pays en leviers de souveraineté et de création de valeur. À la tête d’IBS Group, fondé en 2010, il a fait de son entreprise l’un des piliers des services et fournitures minières en Guinée. Vision, défis, formation locale et industrialisation : entretien avec un pionnier du made in Guinea minier.

Propos Recueillis Par Dounia Ben Mohamed


Vous avez fondé IBS Group en 2010, et en une décennie, l’entreprise est devenue l’un des leaders guinéens dans les services et fournitures minières. Quel a été votre moteur initial, et comment résumez-vous cette trajectoire de croissance ?

Aguibou Ly : Je suis né dans une mine, à Kamsar, où mes parents travaillaient pour la CBG. Dès l’enfance, j’ai été exposé au monde minier et à sa culture. Après mes études aux États-Unis, j’ai voulu revenir pour corriger une injustice : voir nos trains chargés de bauxite quitter la Guinée sans que cette richesse ne profite pleinement à notre économie. J’ai compris que pour changer cela, il fallait d’abord maîtriser la chaîne de valeur minière. Avec IBS, nous avons relevé le défi de bâtir une expertise locale dans un secteur historiquement réservé aux multinationales. Quinze ans plus tard, notre entreprise est passée de la petite fourniture à l’intégration technologique complète, grâce à des partenariats avec des géants comme Siemens, Dräger ou Cummins.


Le secteur minier guinéen connaît une transformation majeure avec une volonté affirmée de souveraineté et de contenu local. Comment IBS Group contribue-t-il à cette dynamique et à la montée en compétence des acteurs nationaux ?

A.L. : La Guinée est une anomalie positive : un petit pays doté d’un potentiel minier comparable à celui du Canada ou du Brésil. Pourtant, l’écosystème local reste à bâtir. Chez IBS, nous travaillons à construire cette « boulangerie du quartier », pour reprendre mon expression, afin que la valeur ajoutée reste dans le pays. Cela passe par des partenariats équilibrés, un vrai transfert de compétences et une meilleure perception du risque lié aux acteurs locaux. Le défi majeur reste l’accès au financement abordable et à la main-d’œuvre qualifiée. L’État a fait des efforts en abaissant le taux directeur et en lançant une notation pays, ce qui facilitera à terme l’investissement. De notre côté, nous formons, recrutons et attirons les talents de la diaspora pour renforcer cette base nationale.

« Le défi majeur reste l’accès au financement abordable et à la main-d’œuvre qualifiée »


IBS Group est aujourd’hui un partenaire stratégique de plusieurs projets d’envergure, notamment dans la région de Boké et sur le corridor du Simandou. Pouvez-vous nous en dire plus sur la nature de vos interventions et les innovations que vous apportez ?

A.L. : Nous avons grandi avec les grands projets du pays : l’extension de la CBG, le projet GAC à Boké, ou encore la construction du système de chargement de Dynamic Mining. Ces expériences nous ont permis d’acquérir une solide crédibilité. Aujourd’hui, sur le projet Simandou, nous avons conçu et livré plus de 1 400 logements, des infrastructures logistiques et techniques, et mis en place des installations complètes pour accueillir des milliers de travailleurs. C’est une véritable petite ville autonome que nous avons construite, avec production d’eau, d’énergie et de services. Nous avons également formé et recruté massivement dans les communautés locales, pour ancrer le projet dans son environnement social.

« Sur le projet Simandou, nous avons conçu et livré plus de 1 400 logements, des infrastructures logistiques et techniques, et mis en place des installations complètes pour accueillir des milliers de travailleurs »


La question du contenu local est devenue centrale dans la politique minière guinéenne. Comment votre entreprise intègre-t-elle cette exigence dans ses opérations, notamment en matière de recrutement, de formation et de sous-traitance locale ?

A.L. : Le développement des compétences locales est une priorité absolue pour nous. Nous collaborons avec Siemens, entre autres, pour des programmes de formation technique, notamment sur des projets régionaux comme l’OMVG, qui interconnecte quatre pays d’Afrique de l’Ouest. Grâce à ces partenariats, de jeunes ingénieurs guinéens ont été formés à l’étranger et travaillent aujourd’hui sur des projets d’envergure. Nous soutenons aussi les centres de formation technique du pays, à Beyla, à Bokeh et à l’École nationale des Arts et Métiers, en leur fournissant du matériel moderne et en recrutant chaque année plusieurs de leurs meilleurs lauréats. En parallèle, nous travaillons avec la diaspora à travers des initiatives comme la Journée de l’emploi de Paris, pour faire revenir les talents.


Le développement des infrastructures logistiques est un enjeu clé pour la compétitivité du secteur minier. Comment IBS Group participe-t-il à cette amélioration ?

A.L. : Nos projets combinent ingénierie, construction et maintenance, afin de garantir la fluidité logistique des opérations minières. De la conception des bases-vie à la mise en service des systèmes de convoyeurs et des équipements portuaires, nous apportons des solutions clés en main adaptées aux réalités du terrain. Cette maîtrise intégrée réduit les coûts et les délais, deux leviers essentiels pour la compétitivité du secteur.


Avec la montée en puissance de projets structurants comme « Simandou 2040 », quelles sont vos ambitions à moyen terme pour IBS Group ?

A.L. : Nous voulons poursuivre notre développement en Guinée tout en préparant notre expansion régionale. Notre objectif est de devenir une référence africaine des services miniers intégrés, fondée sur un modèle guinéen solide et exportable.

« Notre objectif est de devenir une référence africaine des services miniers intégrés, fondée sur un modèle guinéen solide et exportable »

Retrouvez l’Intégralité de Interview en Vidéo sur YouTube

Le secteur minier reste un pilier du développement économique guinéen. Selon vous, comment faire pour que cette richesse naturelle devienne un véritable levier de développement durable et inclusif ?

A.L. : Cela passe par trois conditions : la transformation locale, le transfert de compétences et l’investissement dans les infrastructures. La ressource seule ne suffit pas — c’est sa valorisation qui crée la richesse durable.


Enfin, en tant que pionnier du service minier local, quel message souhaitez-vous adresser aux investisseurs et aux partenaires internationaux ?

A.L. : La Guinée est prête. Nous avons les compétences, la vision et la stabilité nécessaires pour bâtir un écosystème industriel solide. Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est de partenaires qui croient au potentiel guinéen et s’engagent dans une logique de codéveloppement.


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