L’inauguration d’une nouvelle ère industrielle Le 11 novembre 2025, la Guinée a officiellement lancé le projet Simandou, point d’orgue d’une stratégie ambitieuse visant à transformer ses ressources minérales en valeur industrielle et emplois locaux. Entre transformation locale, chaînes de valeur et partenariats internationaux, le pays affirme sa volonté de devenir un acteur majeur de l’industrie minière africaine.
Par Dounia Ben Mohamed
La Guinée possède un patrimoine minier exceptionnel, véritable trésor pour l’Afrique de l’Ouest. Leader mondial de la bauxite, elle exploite également le fer à Simandou, avec un potentiel de 120 millions de tonnes par an à 65 % de teneur, idéal pour produire de l’acier à faible émission de carbone. Mais la véritable révolution ne réside pas seulement dans ses réserves : elle est en train de se jouer dans la reprise en main du secteur par les autorités, avec une refonte complète de la gouvernance, de la réglementation et de la chaîne de valeur locale. Depuis l’arrivée du président Mamadi Doumbouya, le gouvernement a imposé de nouvelles règles du jeu : une cinquantaine de licences minières ont été révoquées en mai 2025 pour privilégier les acteurs alignés sur les objectifs de transformation industrielle et de contenu local. La création d’un Comité exécutif stratégique et d’une Delivery Unit assure l’exécution concrète des projets, tandis que la diversité dans les équipes reflète une volonté de moderniser la gouvernance et d’intégrer les talents locaux.
« La Guinée a le potentiel, mais nous devons relever les obstacles liés au financement, au recrutement qualifié et à l’intégration dans la chaîne de valeur »
Simandou, Moteur de La Souveraineté Industrielle
Au cœur de cette stratégie, Simandou joue un rôle central. Intégré au Programme « Simandou 2040 », le projet prévoit quatre composantes : l’exploitation minière (blocs 1 et 2 confiés au Winning Consortium avec Baowu Steel, blocs 3 et 4 sous Rio Tinto/SimFer et Chinalco), la construction d’un réseau ferroviaire de 650 km, le développement de ports polyvalents et la mise en place d’une aciérie pour transformer localement le minerai. Sa capitalisation record de 20 milliards de dollars en fait l’un des projets miniers les plus ambitieux d’Afrique. Djiba Diakité, ministre directeur de cabinet à la présidence et président du comité stratégique de Simandou, résume l’ambition : « Simandou doit être le moteur de notre souveraineté industrielle et de notre prospérité : chaque minerai extrait doit créer des emplois, des compétences et de la valeur sur notre sol ».
Transformation Locale et Formation
La transformation locale et la formation sont au cœur de cette dynamique. La Simandou Academy forme les jeunes Guinéens aux métiers techniques et industriels de pointe, tandis que la création d’emplois et l’intégration des entreprises locales dans la chaîne de valeur sont des priorités absolues. Mamoudou Nagnalen Barry, président du conseil d’administration de la Compagnie du TransGuinéen (CTG), souligne : « La Guinée entre dans une nouvelle ère, menée par des jeunes cadres et des dirigeants engagés. Notre objectif est que la richesse minière profite directement aux populations, grâce à la formation et à l’emploi local ». Cette stratégie se décline également sur la bauxite. Patrice L’Huillier, directeur général de Nimba Mining Company (NMC) SA, rappelle que son entreprise vise à transformer la ressource en un moteur industriel : « Nous voulons établir une chaîne de valeur complète, de l’extraction à la production d’aluminium, afin que la Guinée devienne un acteur souverain et moderne, capable de valoriser ses ressources tout en générant emplois et compétences ». NMC a déjà commencé à expédier des volumes significatifs de bauxite et prévoit d’atteindre 10 millions de tonnes en 2026.
Le Secteur Privé, Acteur Clé du Développement
Le secteur privé guinéen, moteur de cette transformation, avec l’émergence de champions nationaux, joue un rôle central. « Le Programme “Simandou 2040” prévoit que 70 % des investissements soient portés par des acteurs privés », explique Amadou Kaba, PDG de GPC (Guinéenne de Prestation et de Construction). « Nous voulons que des entreprises guinéennes exploitent directement nos mines et participent à la transformation industrielle, en générant valeur ajoutée et compétences locales. » GPC agit également dans les infrastructures et la logistique, contribuant à un réseau ferroviaire moderne. « La Guinée est une anomalie positive : un petit pays doté d’un potentiel minier comparable à celui du Canada ou du Brésil. Pourtant, l’écosystème local reste à bâtir. Chez IBS, nous travaillons à construire cette “boulangerie de quartier” – c’est mon expression –, afin que la valeur ajoutée reste dans le pays » , poursuit Aguibou Ly, fondateur d’IBS Group, avant de souligner le chemin à parcourir : « Construire des infrastructures et former localement est un vrai défi, car il faut dépasser les habitudes d’exportation brute et créer une expertise locale solide. La Guinée a le potentiel, mais nous devons relever les obstacles liés au financement, au recrutement qualifié et à l’intégration dans la chaîne de valeur ». Ces initiatives montrent que le secteur privé guinéen ne se contente pas de soutenir la souveraineté économique : il participe aussi à moderniser la chaîne minière et à développer des projets emblématiques comme le Parc Urbain de Conakry, symbole du savoir-faire national. Au-delà des infrastructures, la Guinée met l’accent sur la traçabilité et la durabilité. Signataire du Processus de Kimberley, le pays renforce le contrôle sur l’or et les diamants, et lutte contre l’orpaillage et les activités minières illicites. La combinaison de gouvernance stricte, contenu local, formation et transformation industrielle transmue ainsi le secteur minier en un moteur de croissance inclusive.

Un Laboratoire Africain de Valorisation Locale
Aujourd’hui, la Guinée ne se contente plus d’exporter ses ressources : elle bâtit un écosystème intégré, où extraction, transformation, logistique et formation se conjuguent pour générer emplois, compétences et prospérité partagée. Le pays s’affirme comme un laboratoire africain de valorisation locale, capable d’inspirer d’autres nations encore dépendantes de l’exportation brute de leurs minerais… En attendant, ainsi que le rappelle Ibrahima Abe Diallo, administrateur général de l’Administration et Contrôle des Grands Projets (ACGP), et président du conseil d’administration de la société Électricité de Guinée (EDG), « Simandou n’est qu’un début ». Loin de se réjouir des premiers résultats obtenus et conscient du chemin qu’il reste à parcourir, il confie : « Cela impose rigueur, vision et engagement pour transformer l’ensemble de notre pays. Nous posons ainsi les premières pierres d’une Guinée capable de gérer ses ressources et de construire son avenir ».
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