Depuis 2021, le Bénin développe une solution innovante en faveur de l’emploi des jeunes vulnérables. Mis en œuvre avec l’appui de la Banque mondiale via le Projet d’Inclusion des Jeunes (ProDIJ), ce programme, baptisé Azôli, a concerné à ce jour plus de 53 000 jeunes. Urbain Amègbédji, directeur général de l’Agence nationale pour l’emploi (AnpE), en charge de la gestion de cet outil d’insertion, en explique les fondements, les résultats et les perspectives.
Forbes Afrique : Pourquoi le Programme Azôli ?
Urbain Amègbédji : Une grande partie de notre jeunesse se trouvait en situation de sous-emploi ou de précarité, notamment les jeunes peu ou pas instruits, souvent installés dans des régions confrontées à l’extrémisme violent. Jusque-là, aucun programme d’emploi spécifique ne leur était destiné. Pour remédier à cela, le gouvernement du Bénin a lancé une initiative innovante visant à favoriser l’accès à l’emploi de ces jeunes : le programme Azôli, qui signifie « le chemin de l’emploi » dans une langue locale. Ce programme concerne tous les jeunes Béninois âgés de 18 à 30 ans, peu ou pas instruits et en situation d’inactivité ou de sous-emploi. Il est disponible dans les 77 communes du Bénin.
« Azôli concerne tous les jeunes Béninois âgés de 18 à 30 ans, peu ou pas instruits et en situation d’inactivité ou de sous-emploi »
Qu’en est-il des Modalités d’Accès à ce Programme ?
U. A. : L’inscription au programme Azôli se fait entièrement en ligne. Les jeunes peuvent s’enregistrer directement via une plateforme web, profitant ainsi des progrès réalisés au Bénin en matière de couverture mobile et d’identification. Il suffit au jeune d’avoir son numéro personnel d’identification et d’accéder à la plateforme depuis un téléphone mobile, ou encore de solliciter l’aide des agents qualifiés disponibles au niveau communautaire, communal et départemental. En effet, pour rendre les services accessibles partout, le gouvernement, avec l’appui du ProDIJ, a instauré des Unités locales de promotion de l’emploi (ULPE) dans chaque commune, qui complètent le réseau des 14 antennes départementales de l’AnpE. En outre, des facilitateurs en emploi interviennent dans les communautés afin d’aider les jeunes résidant dans les zones reculées à s’inscrire. Ces agents qualifiés assistent également les jeunes pour obtenir leur certificat d’identification personnelle, une carte SIM et ouvrir un compte d’épargne dans les institutions de microfinance partenaires.
« Des facilitateurs en emploi interviennent dans les communautés afin d’aider les jeunes résidant dans les zones reculées à s’inscrire »
Quels Sont les Services Offerts aux Jeunes Enrôlés ?
U. A. : Après leur inscription, les jeunes accèdent à divers accompagnements, débutant par un entretien destiné à établir leur profil et à orienter leur parcours. Deux options s’offrent alors à eux : l’emploi salarié ou l’emploi indépendant. Ceux qui choisissent de travailler comme salarié reçoivent une formation sur les compétences nécessaires en entreprise et bénéficient d’une mise en relation avec des sociétés partenaires pour effectuer un stage d’immersion, dont la durée varie entre 3 et 12 mois et pouvant déboucher sur un emploi. Durant ce stage, ils perçoivent une subvention mensuelle, ainsi qu’une prime unique pour leur déplacement et leur installation, notamment si leur lieu de stage se trouve hors de leur commune d’origine. Pour ceux qui préfèrent l’emploi indépendant, une formation aux compétences de vie courante et à l’entrepreneuriat est dispensée, suivie d’une subvention à l’installation, mise en place avec l’appui du Fonds national de la microfinance à travers les institutions de microfinance partenaires.
« Après leur inscription, les jeunes accèdent à divers accompagnements […] Deux options s’offrent alors à eux : l’emploi salarié ou l’emploi indépendant »

Pour une Cible aussi Spécifique, il a sans doute été Nécessaire de Procéder à Quelques Ajustements dans le Mode Opératoire de l’AnpE ?
U. A. : Tirant leçon des différentes évaluations d’impact et de processus, quelques mesures ont été prises pour assurer une insertion durable de la cible dans l’emploi. Premièrement, les outils de profilage et d’accompagnement ont été adaptés à la cible. Deuxièmement, l’insertion en emploi indépendant se fait en partenariat avec des agrégateurs, à savoir des opérateurs privés qui facilitent l’intégration des jeunes dans des chaines de valeurs agricoles et leur assurent l’accès au marché. Troisièmement, des mesures incitatives sont mises en place pour encourager la participation des jeunes issus des zones à risque d’extrémisme violent ainsi que celle des jeunes femmes.
« Des mesures incitatives sont mises en place pour encourager la participation des jeunes issus des zones à risque d’extrémisme violent ainsi que des jeunes femmes »
Quelles Ont été les Mesures d’Accompagnement Pour les Jeunes Femmes ?
U. A. : La garde des enfants était un obstacle majeur pour les jeunes femmes mères. Pour leur offrir les mêmes opportunités, un modèle de garderie communautaire temporaire, flexible et inclusif, nommé « Espace communautaire d’accueil des enfants (ECAE) », a été mis en place, avec l’appui de la Direction générale des Affaires sociales et des Guichets uniques de protection sociale (GUPS). Les ECAE sont animés par un réseau d’environ 1 500 mères communautaires identifiées dans l’ensemble des communes par les GUPS et dûment formées, y compris sur les premiers secours par l’Agence béninoise de protection civile. Ce dispositif a considérablement renforcé la participation des jeunes femmes au programme Azôli.
« Un modèle de garderie communautaire temporaire, flexible et inclusif, a été mis en place »
Parlez-Nous donc des Résultats du Programme…
U. A. : À fin février 2026, Azôli a noué un partenariat avec 233 entreprises et a impacté plus de 53 000 jeunes, dont 44 % de femmes. Plus de 32 000 sont en emploi salarié et un peu plus de 21 000 en emploi indépendant. Ils sont insérés principalement dans l’agribusiness, les industries manufacturières, le tourisme, la construction, l’énergie et les services. La moitié des jeunes en emploi salarié se retrouvent au niveau de la Glo-Djigbé Industrial Zone (GDIZ) où ils opèrent sur des équipements ultramodernes. Comme le dit l’un de nos partenaires, ils sont passés de « peu ou pas instruits » à « très techniquement qualifiés ».
« À fin février 2026, Azôli a noué un partenariat avec 233 entreprises et a impacté plus de 53 000 jeunes, dont 44 % de femmes »
Quels Sont les Principaux Chantiers ?
U. A. : Nous approfondissons le programme en renforçant les aspects psychologiques dans l’accompagnement des jeunes, en développant leurs compétences numériques, et en incluant plus de jeunes handicapés. Azôli appuie également les efforts du gouvernement pour le développement de la filière avicole. Le programme offre à tous les investisseurs désireux de s’installer au Bénin une main-d’œuvre prête à être déployée, dans un modèle de co-construction.
« Azôli appuie également les efforts du gouvernement pour le développement de la filière avicole »

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