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Khalil Al Americani, Directeur Général De Vodacom Congo : « Le Mobile Est Devenu Un Bien De Première Nécessité »

Filiale locale du groupe sud-africain Vodacom, Vodacom RDC occupe une position dominante dans le pays, tant pour la téléphonie mobile que pour les services financiers numériques, avec sa plateforme M-Pesa. Son directeur général nous partage sa vision.

Propos recueillis par Patrick Ndungidi


Forbes Afrique : Le Secteur des Télécoms en RDC Évolue Rapidement. Quelles sont les Opportunités Socio-Économiques les Plus Prometteuses pour les Opérateurs et Pour le Pays dans les Années à Venir ?

Khalil Al Americani : La RDC est à un moment charnière. On ne parle plus simplement de télécoms. On parle d’infrastructures économiques. D’infrastructures sociales. D’infrastructures de souveraineté. Ce moment charnière est aussi porté par une évolution très positive du cadre réglementaire. L’obtention de la licence unifiée, conformément à la loi , a permis d’accélérer et de simplifier le déploiement des réseaux, avec beaucoup plus d’agilité. À cela s’ajoute l’obtention d’une seconde licence dite « infrastructures et réseaux », autorisant la fourniture de services de gros liés notamment aux technologies VSAT, renforçant la capacité du pays en matière de connectivité satellitaire, en particulier dans les zones les plus enclavées.

Aujourd’hui, le pays compte près de 64 millions d’abonnés mobiles actifs, avec un taux de pénétration qui dépasse 67 %. Vodacom Congo compte pour sa part près de 24 millions d’abonnés. Ça veut dire une chose très simple : le mobile est devenu un bien de première nécessité. Chaque site qu’on déploie, chaque amélioration de réseau, chaque investissement que nous faisons a un impact direct sur l’activité économique, sur l’emploi indirect, sur la circulation de valeur.

La deuxième opportunité, c’est la data. On a dépassé les 29 millions d’abonnés Internet mobile, mais on est encore autour de 30 % de pénétration. Donc le potentiel est immense. Et derrière la data, il n’y a pas des gigas abstraits. Il y a l’éducation, la santé, l’agriculture, le commerce, les services publics, l’accès à l’information. La vraie bataille, ce n’est pas seulement de connecter plus, c’est de connecter utile.

Et puis il y a, à mon sens, l’opportunité la plus structurante : l’inclusion financière. Aujourd’hui, la RDC compte plus de 23 millions de comptes mobile money. Chez Vodacom Congo, nous accompagnons plus de 15 millions d’utilisateurs actifs M-Pesa et plus de 46 000 marchands partenaires. Ça veut dire des millions de Congolais qui sécurisent leurs revenus, qui paient sans cash, qui développent des micro-activités, qui entrent dans l’économie formelle. C’est un changement profond du fonctionnement économique du pays.


Comment le Secteur Des Télécoms et de la Tech en RDC Contribue-t-il au Développement d’Un Véritable Écosystème Numérique National, et Quelles Initiatives Permettent D’encourager L’Innovation Locale et l’Entrepreneuriat Tech ?

K. A. A. : Un écosystème numérique ne se décrète pas mais se construit. Il repose, selon moi, sur trois piliers très concrets : la connectivité, les usages, et la capacité à créer de la valeur localement. D’abord la connectivité. Les avancées réglementaires récentes, notamment la licence unifiée et la licence « infrastructures et réseaux », ont créé un environnement beaucoup plus favorable à l’investissement et à la modernisation des infrastructures. Aujourd’hui, Vodacom représente un peu plus de 37 % d’utilisateurs mobiles du pays et plus de 35 % des abonnés Internet mobile. Ça nous donne une responsabilité particulière. Celle d’investir en continu, de densifier, de moderniser, d’aller aussi dans des zones où l’équation économique est plus longue, mais où l’enjeu national est fondamental.

 Ensuite, il y a les usages. Un réseau n’a de sens que s’il permet à des entrepreneurs de lancer des services, de trouver des clients et d’être payés. Et c’est là que M-PESA, le mobile money de référence, devient un levier stratégique. En 2024, plus de 12 millions de comptes mobile money M-PESA étaient actifs. Cela veut dire que des startups, des PME, des commerçants, des établissements scolaires ou encore des hôpitaux, mais aussi des plateformes de paiement locales peuvent aujourd’hui intégrer le paiement numérique comme un standard. C’est la condition pour faire émerger un tissu tech nationale.

Enfin, il y a la vision. Les analyses sectorielles montrent qu’avec les bonnes réformes, près de 10 millions de Congolais supplémentaires pourraient être connectés à l’Internet mobile d’ici 2029, avec à la clé plusieurs milliards de dollars de contribution additionnelle au PIB. Donc la tech n’est pas un secteur périphérique. C’est un accélérateur central de croissance, d’emplois et de compétitivité.


Avec Cet Essor du Mobile Money, de l’Internet Haut Débit et des Services Numériques, Quels sont les Défis Majeurs auxquels le Secteur doit se Préparer, et Quelles Stratégies Pourraient Permettre à la RDC de Rester Compétitive et Inclusive dans la Transformation Digitale ?

K. A. A. : Le premier défi, très clairement, c’est l’équité d’accès. Le pays progresse vite, mais les écarts restent forts entre provinces. Certaines zones dépassent déjà les 50 % de pénétration Internet mobile, quand d’autres sont encore très en retard. La compétitivité de demain se joue donc dans notre capacité collective à étendre la couverture, à sécuriser l’énergie, à développer la fibre, et à proposer des offres adaptées aux réalités de pouvoir d’achat pour ne laisser personne pour compte.

Le deuxième défi, c’est la confiance. Quand un pays dépasse les 23 millions de comptes mobiles money, on ne parle plus d’un service. On parle d’une infrastructure financière nationale. Ça impose des standards extrêmement élevés en matière de cybersécurité, de lutte contre la fraude, de protection des données, et d’éducation financière. Sans confiance, il n’y a pas d’économie numérique durable.

Le troisième défi, c’est la montée en gamme des usages. Le mobile money ne doit pas rester un outil traditionnel de transfert. Il doit devenir un écosystème complet : paiement marchand, digitalisation des PME, micro-épargne, micro-crédit, services publics digitaux. Les indicateurs montrent déjà une forte dynamique en RDC. L’enjeu maintenant, c’est d’industrialiser ces usages au service de la productivité nationale.

Et enfin, il y a un enjeu fondamental de coordination. La transformation digitale ne peut pas être portée par un seul acteur. C’est un projet de pays. Opérateurs, État, secteur financier, monde éducatif, entrepreneurs. Les leviers sont connus : cadre réglementaire incitatif, accès au spectre, fiscalité et tarification cohérente, énergie, compétences numériques. À ce prix, avec plus de 110 millions d’habitants, la RDC ne sera pas seulement un marché télécoms. Elle deviendra une puissance numérique régionale.



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