La République démocratique du Congo (RDC) écrit une nouvelle page de son histoire énergétique. Avec un potentiel hydroélectrique vertigineux de 100 000 mégawatts largement inexploité, le pays tente de relever un défi de taille : fournir de l’électricité à plus de 100 millions d’habitants dont à peine 10 % ont aujourd’hui un accès effectif à l’énergie.
Par Patrick Ndungidi
Représentant près de 37 % du potentiel hydroélectrique africain et environ 6 % du potentiel mondial, le fleuve Congo confère à la RDC l’un des plus grands trésors énergétiques de la planète. Cependant, moins de 5 % de ce potentiel ont été exploités à ce jour.
Le contraste est saisissant. Sur plus de 100 millions d’habitants, à peine 10,4 % disposent d’un accès effectif à l’électricité. Le taux de desserte atteint 29 %, mais l’accès réel reste concentré dans les grands centres urbains. Kinshasa arrive en tête avec 60,8 %, suivie du Haut-Katanga, du Kongo Central et du Sud-Kivu (10-30 %). Les 22 autres provinces ont moins de 5 % d’accès, selon un rapport de la Société nationale d’électricité (SNEL) paru en 2022.
Le déficit énergétique du pays est évalué à environ 4 000 mégawatts (MW), selon l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE). Toutefois, depuis 2020, les lignes bougent : la capacité installée nationale est ainsi passée de 2 972 MW à 4 133 MW fin 2025 (+ 39 % en cinq ans, selon l’ARE).

L’hydroélectricité en Tête
Avec 83 % du mix énergétique, l’hydroélectricité domine. À côté de projets d’envergure, tel le chantier titanesque du Grand Inga (coût estimé : 14 milliards de dollars pour une capacité à terme de près de 40 000 MW), des mini-centrales s’installent, afin d’électrifier les zones rurales.
Parallèlement, le solaire gagne du terrain, représentant environ 7 % du mix énergétique, selon l’ARE. Dans les provinces minières du Sud, de vastes centrales photovoltaïques émergent pour répondre à l’appétit énergétique des industries extractives. À petite échelle, les kits solaires résidentiels fleurissent sur les toits. Bien que modestes (1 à 2 % du mix énergétique national), ils renforcent l’autonomie énergétique des ménages.
Assurant environ 5 % de la production, les centrales thermiques restent un complément indispensable. Il s’agit principalement de groupes électrogènes fonctionnant à base de produits pétroliers et assurant un rôle d’appoint, notamment dans les villes enclavées. L’éolien, quant à lui, demeure marginal en raison de la faible vitesse du vent, excepté dans certaines zones côtières. Enfin, des projets de valorisation des déchets par incinération sont à l’étude pour diversifier davantage le bouquet énergétique.
Des Acteurs Privés au Cœur de la Transformation
Depuis la libéralisation du secteur en 2014, une cinquantaine d’opérateurs privés participent à cette transformation. Nuru, pionnier du solaire au Congo, exploite à Goma un site hybride de 1,3 MW, considéré comme le plus grand mini-réseau hors réseau d’Afrique subsaharienne.
De son côté, la société chinoise Sicohydro SA gère la centrale hydroélectrique de Busanga. Des entrepreneurs congolais, à l’image d’Eric Monga, développent également d’ambitieux projets hydroélectriques. En 2025, 114 nouveaux dossiers ont été examinés par le régulateur, représentant plus de 2 172 MW supplémentaires à intégrer d’ici 2030. Les fondations d’un nouveau paysage énergétique se dessinent ainsi progressivement.

Lire Aussi :