Le deuxième plus vaste pays d’Afrique par sa superficie peine encore à relier ses pôles économiques. Entre ses routes dégradées, son réseau ferroviaire vieillissant et sa dépendance aux corridors étrangers, le secteur des transports reste un frein majeur à la compétitivité nationale. Cependant, d’ambitieux projets pourraient bien changer la donne.
Par Marie-France Réveillard
Avec plus de 100 millions d’habitants et un territoire de 2,3 millions de km², la République démocratique du Congo (RDC) fait face à un défi logistique hors norme. Le pays dispose de quelque 152 000 km de routes, concentrées autour des grands centres urbains et dont moins de 3 % sont asphaltées.
Hérité de l’époque coloniale, le réseau ferroviaire, long d’environ 4 000 km, souffre d’un sous-investissement manifeste. A contrario, le transport fluvial, avec près de 15 000 km de voies navigables, demeure l’épine dorsale des échanges intérieurs, notamment entre Kinshasa, Kisangani et les provinces enclavées. Enfin, l’aviation joue un rôle crucial pour les zones isolées, malgré des enjeux persistants de sécurité et de régulation.
Les projets se structurent à marche forcée. « Sans infrastructures, il n’y a pas de développement », souligne Bodom Matungulu, expert congolais en infrastructures portuaires et président du conseil d’administration de Matadi Corridor Terminaux à Containers (MCTC).
Projets Structurants et Financements Internationaux
Le secteur des transports reste dominé par des entreprises publiques, en dépit de l’arrivée des opérateurs privés depuis une décennie. La Société commerciale des transports et des ports (SCTP), appelée Office national des transports (ONATRA) avant 2011, gère le rail Matadi-Kinshasa et des activités portuaires, tandis que la Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC) opère notamment les lignes ferroviaires du sud minier. À Kinshasa, Transco tente d’améliorer la mobilité urbaine avec l’appui de l’État. En parallèle, une multitude d’acteurs privés assurent l’essentiel du transport routier de marchandises, qui représente près de 70 % du fret intérieur. Ce morcellement, combiné à une fiscalité complexe, renchérit les coûts logistiques.
Face à ces limites, les autorités misent sur de grands projets d’infrastructures, comme la réhabilitation de la RN1, reliant Kinshasa au reste du pays. À l’échelle régionale, le corridor de Lobito s’impose comme un projet majeur. Il « représente une opportunité stratégique unique pour accéder directement aux marchés mondiaux et valoriser nos ressources naturelles, en réduisant les coûts logistiques et en favorisant le commerce intrarégional, tout en contribuant à la création de milliers d’emplois directs et indirects », déclarait fin 2024 le président congolais, Félix Tshisekedi. Soutenu par l’UE, les États-Unis et plusieurs institutions financières internationales, il vise à relier les zones minières du Katanga au port angolais de Lobito. Autre chantier phare : le pont route-rail Kinshasa–Brazzaville, destiné à renforcer l’intégration régionale.

Entre Gouvernance et Maintenance
Le déficit d’entretien, la faible coordination multimodale et les problèmes de gouvernance continuent de peser sur la performance du secteur. Le coût du transport en RDC demeure parmi les plus élevés d’Afrique, pénalisant l’agriculture, l’industrie et les exportations minières.
À moyen terme, la transformation du secteur passera donc par une meilleure articulation entre routes, rails, fleuves et ports, ainsi que par une ouverture accrue aux partenariats public-privé. Si les projets en cours se concrétisent, la RDC pourrait progressivement convertir son handicap géographique en atout stratégique au cœur de l’Afrique centrale.
DP World à Banana : Une Nouvelle Porte Maritime en RDC
« Le port renforcera les capacités d’exportation du pays et lui offrira un accès abordable aux marchés internationaux », se félicitait Sultan Ahmed bin Sulayem, président et directeur général du groupe DP World en décembre 2021, lors de la signature de l’accord de collaboration avec la Républlique démocratique du Congo pour le développement du port de Banana.
L’arrivée de DP World marque un tournant historique pour la RDC. Le groupe émirati développe, sur la façade atlantique, le premier port en eaux profondes du pays, capable d’accueillir des porte-conteneurs de grande capacité. Le projet prévoit une capacité initiale de 450 000 EVP par an. Le terminal est financé principalement par DP World avec le soutien de British International Investment (BII), qui a engagé jusqu’à 35 millions de dollars pour la première phase.
Les projections estiment que cette infrastructure pourrait générer environ 1,12 milliard de dollars d’échanges commerciaux supplémentaires par an, augmenter la production économique annuelle de la RDC de 429 millions de dollars (environ 0,65 % du PIB) et créer près de 85 000 emplois directs et indirects. L’ensemble du projet s’inscrit dans une concession de 30 ans et pourrait transformer la logistique nationale en réduisant les coûts du commerce d’environ 12 %, tout en renforçant l’indépendance commerciale du pays.

Lire aussi :