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Alpha Ousmane Baldé, DGA de la Banque Nationale d’Investissement de Guinée (BNIG) : « La BNIG doit Devenir un Levier Central de la Souveraineté Économique Guinéenne »

Au cours des dernières années, la Banque nationale d’investissement de Guinée (BNIG) s’est imposée comme un instrument central de la politique de financement du développement portée par l’État guinéen. Infrastructures, soutien au secteur productif, accompagnement de la transformation industrielle : l’institution a progressivement élargi son périmètre d’intervention et renforcé son rôle dans l’architecture financière nationale. Dans cet entretien, son directeur général adjoint revient sur cette trajectoire, les priorités actuelles et les perspectives de la BNIG au service du pays.

Propos Recueillis Par Pokou Ablé


Forbes Afrique : La BNIG est aujourd’hui présentée comme un outil de souveraineté économique. Concrètement, quelles sont vos priorités à horizon 2026 ?

Alpha Ousmane Baldé : La BNIG a été pensée dès l’origine comme un instrument stratégique au service du développement national. À l’horizon 2026, nos priorités s’articulent autour de trois axes majeurs.D’abord, le financement des infrastructures structurantes : énergie, transport, agriculture et numérique. Ce sont les fondations sur lesquelles repose la compétitivité de l’économie guinéenne. Ensuite, la mobilisation de l’épargne nationale et de la diaspora, afin de canaliser des ressources longues vers l’investissement productif. L’objectif est que la richesse créée par les Guinéens finance d’abord la Guinée. Enfin, le développement d’un tissu solide de petites et moyennes entreprises, à travers des mécanismes de financement adaptés, mais aussi un accompagnement technique et stratégique. À terme, la BNIG doit être un partenaire de confiance pour les grands projets comme pour les entrepreneurs guinéens.

« À terme, la BNIG doit être un partenaire de confiance pour les grands projets comme pour les entrepreneurs guinéens »


Vous avez rejoint la direction de la banque dans un contexte économique complexe. Quel était votre constat à votre arrivée en 2022 ?

A. O. B. : Lorsque nous avons pris nos fonctions, le contexte était difficile. La Guinée, comme beaucoup d’économies, sortait de la crise du Covid-19, avec en plus les effets de la guerre russo-ukrainienne. Le pays faisait face à une inflation élevée, une pression sur la monnaie et un ralentissement de l’activité. Sur le plan interne, le diagnostic était encore plus exigeant. La banque avait été créée en 2018, mais elle ne disposait pas encore de tous les fondamentaux d’une grande institution financière : procédures, outils informatiques, organisation interne, gouvernance claire. Les premiers crédits avaient été accordés sans cadre de gestion des risques suffisamment structuré. Il a donc fallu, dans un premier temps, suspendre l’octroi de crédits, remettre à plat les fondamentaux, bâtir une véritable architecture bancaire, avant de relancer progressivement l’activité de financement.


Comment avez-vous restructuré l’institution pour lui donner aujourd’hui sa crédibilité ?

A. O. B. : Le premier chantier a été celui de la gouvernance et des outils. Nous avons mis en place un conseil d’administration renforcé, recruté des profils expérimentés, modernisé l’organisation interne. Un point décisif a été l’implémentation d’un système bancaire central moderne, permettant une gestion fiable, traçable et conforme aux standards internationaux. Nous avons également intégré la banque aux systèmes nationaux et internationaux de paiement, obtenu nos codes d’identification bancaires internationaux, et noué des relations avec des correspondants bancaires à l’étranger. Tout cela était indispensable pour restaurer la confiance, sécuriser les transactions et permettre à la BNIG de jouer pleinement son rôle dans l’économie.

« Un point décisif a été l’implémentation d’un système bancaire central moderne, permettant une gestion fiable, traçable et conforme aux standards internationaux »

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La BNIG veut accompagner l’émergence de champions nationaux. Quels secteurs vous paraissent prioritaires ?

A. O. B. : Plusieurs secteurs présentent un potentiel immédiat pour structurer l’économie. L’agro-industrie d’abord, pour transformer localement nos productions et réduire notre dépendance aux importations. Les mines et surtout la transformation des ressources naturelles, afin de capter davantage de valeur sur le territoire. L’énergie et les infrastructures, qui conditionnent toute dynamique d’industrialisation. Le numérique et les services financiers, leviers essentiels de modernisation et d’inclusion. Enfin, l’économie maritime et les industries culturelles, encore largement sous-exploitées. Notre ambition est de soutenir ces secteurs via des financements patients, des partenariats public-privé, et des fonds spécialisés.


Comment la BNIG intègre-t-elle aujourd’hui les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance ?

A. O. B. : Ces critères sont désormais centraux dans notre politique d’investissement. Chaque projet est évalué à la fois sur sa rentabilité et sur son impact environnemental, social et éthique. Nous privilégions les projets à faible empreinte carbone, favorisons les entreprises créatrices d’emplois décents, l’inclusion des jeunes et des femmes, et imposons des exigences strictes en matière de transparence et de gouvernance. Notre conviction est simple : la durabilité est un facteur de compétitivité. En anticipant ces standards, nous préparons la Guinée à être pleinement crédible sur les marchés régionaux et internationaux.

« Chaque projet est évalué à la fois sur sa rentabilité et sur son impact environnemental, social et éthique »


Le logement est un enjeu majeur en Guinée. Quel est le rôle de la BNIG dans ce secteur ?

A. O. B. : Le déficit de logements est une problématique structurelle. La BNIG intervient principalement en accompagnant les promoteurs qui s’engagent dans la construction de logements sociaux, notamment à destination des agents de l’État. Nous mettons en place des conditions de financement incitatives, avec des taux adaptés dès lors qu’un engagement social est pris. En parallèle, nous travaillons avec les autorités sur la viabilisation du foncier, afin de réduire les coûts de construction et faciliter l’accès au logement. Des partenariats, notamment avec Shelter Afrique, sont également engagés pour accélérer la production de logements à coûts maîtrisés.


Le secteur minier est évidemment au cœur de l’actualité économique. Comment la BNIG s’y positionne-t-elle ?

A. O. B. : Alpha Ousmane Baldé : Notre priorité est que les Guinéens profitent davantage de la valeur créée par l’exploitation minière. Aujourd’hui, beaucoup d’acteurs locaux interviennent dans la logistique ou les services, mais peu dans la détention directe des actifs miniers. Nous travaillons à structurer des consortiums associant opérateurs locaux, partenaires techniques et financements bancaires, afin de permettre à des entrepreneurs guinéens d’accéder directement aux projets miniers. Par ailleurs, nous accompagnons le développement de toute la chaîne de valeur, y compris dans les matériaux dérivés, comme les carrières de granit ou les services industriels associés.


Un fonds souverain est en cours de structuration. Quelle est la nature de votre collaboration ?

A. O. B. : Le fonds souverain est un instrument clé pour préparer l’après-mine et sécuriser les ressources des générations futures. La BNIG travaille en synergie avec ce fonds et avec le ministère en charge du Plan. Notre rôle est de capter, structurer et orienter ces ressources vers des projets à court, moyen et long terme, en lien avec les priorités nationales. La mise en place prochaine d’un marché financier national viendra renforcer cette articulation.


Un Dernier Mot ?

A. O. B. : La BNIG est aujourd’hui un outil puissant au service de l’économie guinéenne. Notre responsabilité est de l’inscrire durablement dans la transformation du pays, en finançant l’investissement productif, en accompagnant les entrepreneurs et en soutenant l’émergence de champions nationaux. Mais cet outil a aussi besoin d’être mieux connu. Il est au service des Guinéens. Et c’est ensemble que nous construirons cette nouvelle phase de développement.


Retrouvez Ici l’intégralité de l’Entretien Vidéo d’Alpha Ousmane Baldé

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