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Elcia Grandcourt : “L’Afrique a généré 38 milliards de dollars de recettes touristiques internationales en 2023”

Directrice régionale pour l’Afrique de l’ONU Tourisme, l’agence des Nations unies pour le développement mondial et la promotion d’un tourisme durable, la Seychelloise Elcia Grandcourt s’évertue à rendre la destination Afrique toujours plus attractive, en travaillant notamment avec les ministères du Tourisme de la région. La dirigeante, également ancienne CEO de l’Office du tourisme des Seychelles, indique notamment qu’en matière de tourisme, l’Afrique a été l’une des régions à se rétablir le plus rapidement de la pandémie.

Par Patrick Ndungidi


Forbes Afrique : ONU Tourisme a procédé au réalignement de son “Programme d’action pour l’Afrique – tourisme et croissance inclusive“. En quoi consiste concrètement ce programme  et quel est son objectif ?

Elcia Grandcourt : Le « programme d’action pour l’Afrique – tourisme et croissance inclusive » de l’ONU Tourisme a été réaligné pour répondre aux défis et aux opportunités actuels dans le secteur du tourisme en Afrique. Concrètement, ce programme vise à promouvoir une croissance économique inclusive, durable et innovante à travers le tourisme, en alignant les actions sur les Objectifs de Développement Durable (ODD) pertinents pour la région africaine. En plaçant la durabilité au cœur de ses actions, l’ONU Tourisme vise à créer un secteur touristique en Afrique qui génère des bénéfices économiques, qui contribue à la création d’emplois, à la promotion d’une croissance inclusive et à la préservation des ressources naturelles et culturelles du continent tout en préservant l’environnement et en améliorant le bien-être des populations locales à long terme. Pour ce faire, il se concentre sur dix priorités clés, telles que la promotion de la marque Afrique, la facilitation des voyages, le renforcement des capacités, la promotion de l’innovation et de la technologie, la sécurité et la sûreté, la promotion des investissements et des partenariats public-privé, l’autonomisation des jeunes et des femmes, ainsi que la conservation de la biodiversité et du patrimoine culturel.


Quel est alors l’état des lieux actuel de l’industrie du tourisme en Afrique ? 

EG : L’Afrique a généré 38 milliards de dollars de recettes touristiques internationales en 2023 et a enregistré 87 millions d’arrivées internationales. L’Afrique a été l’une des régions à se rétablir plus rapidement de la pandémie, avec des arrivées internationales atteignant 95 % des niveaux d’avant la pandémie en 2023 (-5 % par rapport à 2019). Au premier trimestre de 2024, les arrivées étaient déjà 5 % au-dessus des niveaux d’avant la pandémie. On s’attend à ce que ces chiffres augmentent dans les mois à venir en raison de la connectivité accrue et du développement des infrastructures, ainsi que de la promotion des destinations touristiques africaines à l’échelle mondiale.


À ce sujet, quels sont les pays ou les sous-régions africaines qui attirent le plus grand nombre de touristes ?

EG : Les sous-régions africaines qui attirent un grand nombre de touristes sont généralement celles qui disposent d’une infrastructure solide, d’une connectivité aérienne développée et de procédures de visa simplifiées. Par exemple, la région de l’Afrique du Nord, y compris le Maroc, est connue pour son accessibilité et son attractivité touristique en raison de son infrastructure moderne, de sa facilité de voyager et de ses politiques de visa favorables. De même, la région de l’Afrique australe, notamment l’Afrique du Sud, bénéficie d’une connectivité aérienne étendue et de politiques de visa facilitées, ce qui en fait une destination prisée des touristes internationaux. En 2023, l’Afrique du Nord a accueilli 27 millions de visiteurs, enregistrant une augmentation de 5 % par rapport à 2019, tandis que l’Afrique subsaharienne a enregistré 39 millions de visiteurs, soit une baisse de 9 % par rapport à 2019.

« Les sous-régions africaines qui attirent un grand nombre de touristes sont généralement celles qui disposent d’une infrastructure solide, d’une connectivité aérienne développée et de procédures de visa simplifiées ». 


Comment se présente la niche du tourisme d’affaires sur le continent ?

EG : La niche du tourisme d’affaires sur le continent africain est en croissance constante, avec de nombreux pays émergents comme des destinations prisées pour les voyages d’affaires. Les chiffres clés  montrent une augmentation du nombre de conférences, de salons professionnels et d’événements corporatifs organisés sur le continent. Les infrastructures modernes et les installations de congrès en expansion contribuent à attirer davantage de réunions et d’événements d’affaires en Afrique.

« La niche du tourisme d’affaires sur le continent africain est en croissance constante, avec de nombreux pays émergents comme des destinations prisées pour les voyages d’affaires ».


Qu’en est-il du tourisme intra-africain ?

EG : Le tourisme intra-africain est en plein essor, avec de nombreux pays réorientant leurs stratégies marketing pour promouvoir les voyages domestiques et intrarégionaux, en réponse aux restrictions internationales liées à la pandémie Covid-19. Le “Diagramme de flux du tourisme intra-africain 2022” de notre base de données de l’ONU Tourisme illustre le flux du tourisme entre les pays africains en 2022. Plus précisément, il représente les dix principaux pays d’origine des touristes voyageant à l’intérieur de l’Afrique. Nous pouvons mettre en évidence le Zimbabwe qui avec 1 592 533 touristes visitant l’Afrique du Sud, et 1 233 790 touristes d’Afrique du Sud visitant le Zimbabwe, représente un flux touristique total entre les deux pays de 3 197 046 . Cette croissance démontre l’importance croissante du tourisme intra-africain et souligne le potentiel de développement continu dans le secteur du tourisme sur le continent.


Le nouveau slogan de l’ONU Tourisme est « Rapprocher le monde ». Comment rapprocher les Africains au moment où, selon l’Africa Visa Openness Index, seuls le Bénin, la Gambie, le Rwanda et les Seychelles offrent un accès sans visa à tous les Africains ?

EG : En janvier 2024, l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT) a inauguré une nouvelle ère en adoptant le nom et la marque « ONU Tourisme », ainsi qu’un nouveau slogan, « Rapprocher le monde », qui place les individus au cœur de notre action et renforce notre rôle en tant que principale autorité mondiale dans le domaine du tourisme durable. Cette nouvelle identité réaffirme notre position en tant qu’institution spécialisée des Nations Unies pour le tourisme et notre leadership mondial pour promouvoir un tourisme axé sur le développement, catalyseur de changement économique et social, tout en plaçant toujours l’humanité et la planète au premier plan. « Rapprocher le monde » n’est pas une vision à court terme. Ces initiatives prennent du temps, et de nombreux progrès plus récents sont enregistrés dans la région, y compris des pays tels que la Zambie, l’Angola et le Mozambique qui assouplissent leurs exigences d’entrée et qui témoignent d’une volonté de faciliter les voyages vers leurs destinations. Il est important de reconnaître et d’encourager ces efforts existants, qui ouvrent des perspectives prometteuses pour le secteur.


Comment le marché unique du transport aérien africain et la Zone de libre-échange continentale Africaine pourraient-ils contribuer au développement du secteur touristique en Afrique ?

EG : Le Marché unique du transport aérien africain (MUTAA) est un moteur essentiel pour l’expansion des destinations et la croissance du tourisme en Afrique. En facilitant et simplifiant les voyages aériens, il ouvre des régions autrefois difficiles d’accès, dynamise le commerce et l’intégration régionale, libère le potentiel touristique et stimule le développement économique. En parallèle, l’avancée vers la mise en œuvre du MUTAA et de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine est cruciale pour un avenir où les voyageurs pourront explorer aisément les merveilles de l’Afrique, contribuant ainsi à sa prospérité globale. Ces initiatives, combinées à la poursuite d’efforts bilatéraux soutenus, renforcent la connectivité aérienne et favorisent la mobilité, offrant des opportunités économiques et d’investissement sans précédent pour le secteur touristique africain.


Du 26 au 28 juillet, le Zimbabwe va abriter le premier forum régional de l’ONU Tourisme sur le tourisme gastronomique. Quel est l’objectif de ce forum et pourquoi miser sur le tourisme gastronomique?

EG : Dans le cadre du travail de l’ONU Tourisme, le tourisme gastronomique prend une place de choix, illustrée par la publication “A Tour of African Gastronomy et des forums internationaux dédiés. Le tout premier forum régional de l’ONU Tourisme sur le tourisme gastronomique pour l’Afrique, organisé conjointement avec le Basque Culinary Center (BCC), se tiendra à Victoria Falls du 26 au 28 juillet 2024, sous le patronage de Son Excellence Dr. Auxillia C. Mnangagwa, Première Dame du Zimbabwe. Cette plateforme dynamique explorera la relation symbiotique entre la gastronomie et le tourisme à travers les cultures variées du continent africain. Le Zimbabwe, en mettant l’accent sur ses mets locaux et son patrimoine culinaire, vise à attirer les visiteurs et à se démarquer sur la scène internationale. Ce premier forum régional de l’ONU Tourisme sur le tourisme gastronomique en Afrique examinera les défis et les opportunités de positionner la gastronomie comme un moteur clé de la compétitivité touristique africaine. La gastronomie joue un rôle essentiel dans la promotion du patrimoine culturel, du développement durable et de l’autonomisation des communautés ; en enrichissant le paysage gastronomique mondial, elle renforce les liens communautaires et promeut la culture africaine à travers le monde. Ce forum promet une expérience riche en saveurs et en découvertes, à vos agendas !

« Le premier forum régional de l’ONU Tourisme sur le tourisme gastronomique en Afrique examinera les défis et les opportunités de positionner la gastronomie comme un moteur clé de la compétitivité touristique africaine ».


Quelles sont les perspectives pour l’industrie touristique sur le continent africain ? 

EG : Le secteur touristique en Afrique connaît une transformation significative, stimulée, d’une part, par une forte demande et une croissance constante du nombre de visiteurs internationaux depuis la pandémie. L’Afrique a récupéré 95 % des visiteurs d’avant la pandémie en 2023, et au premier trimestre 2024, les arrivées ont dépassé ces niveaux de 5 %. L’Afrique du Nord s’est rétablie plus rapidement, avec des arrivées déjà 23 % au-dessus des niveaux d’avant la pandémie au premier trimestre 2024, tandis que l’Afrique subsaharienne était toujours 5 % en dessous des niveaux de 2019. Cependant, comme dans d’autres régions du monde, le tourisme intérieur en Afrique est beaucoup plus important que le tourisme international et s’est en fait redressé plus rapidement après la crise. La demande de voyages domestiques devrait considérablement augmenter en Afrique dans les années à venir à mesure que la connectivité aérienne se développe et que les infrastructures se développent. Grâce à des progrès significatifs en termes d´infrastructures et de technologies, l’Afrique élargit son offre, longtemps exclusivement basée sur son riche patrimoine naturel et culturel, attirant davantage d´investissements allant de chaînes hôtelières de renommée, aux événements sportifs, et aux marchés d’affaires et de MICE. En parallèle, les efforts accrus visant à promouvoir un tourisme inclusif et durable renforcent l’attrait des destinations africaines en mettant l’accent sur la préservation des écosystèmes uniques et du riche patrimoine culturel, ainsi que l’autonomisation des communautés locales, y compris les jeunes et les femmes. Notre engagement envers le réalignement de « l’Agenda de l’ONU Tourisme pour l’Afrique – Tourisme et croissance inclusive » afin de répondre aux besoins actuels des nations africaines, combiné à cette convergence de facteurs favorables, positionne le secteur touristique africain comme un moteur économique clé pour la région, offrant des perspectives prometteuses de développement économique et de prospérité partagée. 

« La demande de voyages domestiques devrait considérablement augmenter en Afrique dans les années à venir à mesure que la connectivité aérienne se développe et que les infrastructures se développent ». 


Bio Express

Titulaire d’une maîtrise en dynamique de la coopération, des conflits et des négociations en relations internationales et diplomatie, Elcia Grandcourt est la directrice du département Afrique de l’ONU Tourisme depuis 2013, basée à Madrid, au siège de cette agence des Nations unies. Auparavant, elle a été la CEO de l'Office du tourisme des Seychelles.


Après avoir étudié la gestion hôtelière à Singapour, au Singapore Hotel Association and Education Centre (SHATEC), Elcia Grandcourt a occupé divers postes dans les opérations, les réservations et les ventes, principalement dans des hôtels internationaux de premier plan tels que Le Meridien et Hilton Worldwide Resorts. Elle a également travaillé pour la compagnie aérienne nationale des Seychelles et pour des sociétés de gestion de destinations. Par la suite, elle a rejoint le secteur public via l'Office du tourisme des Seychelles, où elle a occupé le poste de CEO, avant de rejoindre l’ONU Tourisme.


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