Rechercher
Fermer ce champ de recherche.

Le média de ceux qui construisent l'Afrique d'aujourd'hui et de demain

Gabon : Code Culturel Des Affaires

Certes, le Gabon ne figure pas (encore) en tête de liste des pays où il est simple d’investir, où le règlement des formalités administratives se révèle aisé, rapide. Ce serait pourtant une erreur que de ne pas explorer les multiples opportunités – y compris avec les entreprises chinoises – que présente ce pays.

Par Jean-Luc Clouard


1. Analyser le contexte économique

L’économie gabonaise a enregistré une croissance de presque 3 % en 2024, tirée principalement par le secteur pétrolier et par l’accélération des travaux publics. Certes, l’inflation a diminué, mais les recettes pétrolières aussi, et les dépenses publiques ont fortement augmenté. Un tiers des Gabonais vit encore en dessous du seuil de pauvreté. Dans ce contexte, le pays offre un vivier d’opportunités diversifiées. L’agriculture et l’agro-industrie – notamment la transformation alimentaire des cultures vivrières – constituent de vrais axes de développement. L’industrie forestière a besoin d’investisseurs et le Gabon doit aussi renforcer ses infrastructures (routes, ports, chemin de fer), ses équipements en nouvelles technologies (Internet haut débit), et satisfaire ses besoins croissants en énergie (renouvelable en particulier). De leur côté, l’éducation et la santé privées manquent d’offres structurées. Enfin, tandis que Libreville et Port- Gentil ont besoin de logements, de commerces et d’infrastructures, les parcs nationaux sont devenus attractifs pour l’écotourisme. Depuis que le pays a retrouvé une réelle stabilité politique, la porte est grande ouverte à ceux qui souhaitent investir.


2. Approcher les entreprises chinoises

Présentes dans le bois, les mines, l’énergie, les infrastructures… les entreprises chinoises interviennent la plupart du temps avec leurs propres équipes. Elles restent cependant ouvertes à certains partenariats. À condition d’être proactif dans la construction d’alliances équilibrées et de bien en négocier les termes pour maximiser l’impact local, travailler avec ces entreprises devient de plus en plus accessible. Cela est particulièrement vrai dans l’industrie du bois, la moitié de la forêt gabonaise étant exploitée par des groupes chinois, notamment dans la zone économique à régime privilégié (ZERP) de Nkok. Des usines de fabrication de planches et de pâte à papier peuvent recourir à des partenaires, tout comme les secteurs du recyclage et du reboisement. Mêmes besoins dans l’activité de traitement du fer et du manganèse, avec des sociétés comme Zhongning Mining Company Limited (ZMC) ou Huazhou ; et pour la construction du barrage de Grand Poubara ou celle du stade de l’Amitié à Libreville… D’autres pistes peuvent être explorées, y compris sur des projets de moindre échelle. L’Agence nationale de promotion des investissements (ANPI-Gabon) encourage la création de joint-ventures. Les mettre en place implique néanmoins de rester vigilant sur le respect des normes sociales et environnementales. À noter que la Chambre chinoise de commerce international (CCPIT) collabore avec l’ANPI pour organiser des échanges avec les entreprises chinoises.


3. S’appuyer sur les organismes officiels

À un moment ou à un autre du développement de vos activités, il vous sera indispensable d’entrer en contact avec les organismes officiels. Chacun d’entre eux répond à des besoins spécifiques des créateurs d’entreprises. En principe, l’ANPI-Gabon fait office de guichet unique pour les formalités administratives et fiscales des sociétés. Ce sera donc un point de passage obligé. Guichet unique oui, mais vous pourriez également être amené à avoir des contacts directs avec le ministère de l’Économie et des Finances pour valider un permis de conformité fiscale ou, le cas échéant, pour accéder à des financements publics ; avec la Chambre de commerce du Gabon, qui pourra vous appuyer dans vos démarches ou vous permettra d’identifier les partenaires dont vous pourriez avoir besoin ; avec le Centre de propriété industrielle du Gabon (au sein du ministère de l’Industrie) et/ou avec le Bureau gabonais du droit d’auteur et des droits voisins pour être en règle sur ces points ; avec les directions des Zones économiques spéciales qui vous donneront accès aux réseaux portuaires et vous expliqueront notamment comment bénéficier des exonérations fiscales qui leur sont spécifiques (exemption de certaines taxes, électricité à prix réduit). Il est bon de savoir que les arbitrages qui pourraient s’avérer nécessaires en cas de litige relèvent directement du ministère de la Justice. Détail pratique : deux vérifications valent mieux qu’une, les coordonnées de ces organismes qui apparaissent sur les sites Internet et sur les réseaux sociaux ne sont pas forcément à jour.


4. Être scrupuleux avec le formalisme

Même si les démarches administratives pourraient vous paraître répétitives, voire tatillonnes, vous prendrez soin de présenter des dossiers complets et dûment vérifiés jusqu’au moindre détail. Vous ne succomberez pas à la tentation de potentielles demandes informelles et vous suivrez à la lettre les normes énoncées. Le strict respect des protocoles est une règle non écrite au Gabon mais en vigueur dans toutes les strates de la société civile et militaire : déférence pour les anciens, respect des hiérarchies, discours et propos mesurés en toutes circonstances, salut militaire…


5. Ne pas craindre la bureaucratie

Dès lors que vous aurez trouvé vos marques et assimilé les règles non écrites de la vie des affaires dans le pays, vous adopterez un autre point de vue sur la bureaucratie gabonaise. Effectivement, les démarches officielles peuvent prendre davantage de temps que dans d’autres pays et les délais d’obtention des autorisations ou de signatures des contrats sont généralement plus longs. Mais pour l’instant, c’est (encore) ainsi ! Considérez cette réalité comme une contrainte supplémentaire et ne vous en formalisez pas trop. Continuez votre chemin, poursuivez vos projets et n’oubliez pas que tout vient à point à qui sait attendre. Au Gabon, la patience est une vertu. Pensez seulement à intégrer des délais plus longs dans vos agendas. Dans ce contexte, vous resterez imperturbable face aux sollicitations dont vous pourriez être l’objet. Bien présomptueux celui qui vous promettrait de vous ouvrir des portes ou d’accélérer des procédures.


6. Compter d’abord sur ses propres forces

Plutôt que de miser sur des intermédiaires aux compétences floues et aux relations difficiles à appréhender, vous ne compterez que sur vos propres forces et sur votre propre réseau. En faisant preuve de formalisme, en respectant les règles non écrites et en étant vous-même transparent dans votre activité et loyal dans vos rapports sociaux et humains, en tenant parole sur vos engagements, vous vous créerez un réseau personnel de relations en qui vous aurez pleinement confiance. Et qui aura pleinement confiance en vous. Établissez des contacts personnels directs avec vos interlocuteurs et vos interlocutrices, débutez par des échanges informels, respectez un formalisme vestimentaire classique, voire strict (costume pour les hommes, tailleur sobre pour les femmes), profitez des échanges informels pour faire plus ample connaissance et n’allez pas trop vite. Alors le pays vous ouvrira grand son cœur.


7. Prévoir un solide fonds de roulement

Il faut s’y préparer : l’État gabonais est bon payeur… mais rarement pressé d’acquitter ses factures dans les délais initialement prévus. S’il est difficile d’en comprendre les raisons exactes, attendez-vous à des délais – parfois conséquents– pour obtenir les remboursements de TVA et plus encore le règlement des sommes dues dans le cadre des contrats publics. Au point que certains en arrivent même à se demander si certains fonctionnaires ne croient pas que les entreprises vont finir par oublier que l’État leur doit de l’argent… Ne lâchez rien, bien sûr. N’omettez pas de rappeler régulièrement que vous êtes en attente de règlement… et patientez. Autrement dit, prévoyez de doter votre trésorerie d’un fonds de roulement proportionnel aux sommes que vous engagez pour faire face aux délais de paiement. Cela vous évitera de vous demander chaque matin comment vous allez faire pour poursuivre votre activité dans de bonnes conditions. Au quotidien, n’oubliez pas que beaucoup d’entreprises n’acceptent ni n’utilisent de cartes de crédit, préférant de loin les paiements en espèces.


🔴 Retrouvez l’Intégralité du Focus Dynasties d’Affaires dans l’Édition 87 de Forbes Afrique

Partager l’article


Ne manquez aucun de nos articles.

Inscrivez-vous et recevez une alerte par email
à chaque article publié sur forbesafrique.com

Bonne lecture !

Profitez de notre abonnement illimité et sans engagement pour 5 euros par mois

√ Accédez à tous les numéros du mensuel Forbes Afrique de l'année grâce à notre liseuse digitale.
√ Bénéficiez de l'accès à l'ensemble des articles du site forbesafrique.com, y compris les articles exclusifs.