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Ghana : la ruée vers l’or, une chance ?

Tirée par des cours au plus haut depuis plus d’une décennie, la filière aurifère ghanéenne conforte sa place de premier producteur d’Afrique. Reste le plus dur : faire en sorte que cette richesse issue du précieux métal bénéficie au plus grand nombre..

Par Rudy Casbi

Historiquement connu pour ses richesse aurifères, qui lui valurent l’appellation de « Costa do Ouro  » (Côte-de-l’Or) par les navigateurs portugais au XVe siècle, le Ghana peut aujourd’hui se prévaloir du titre de premier extracteur d’or du continent. Selon le dernier rapport « Commodity Markets Outlook », publié en octobre 2021 par la Banque mondiale, l’État côtier d’Afrique de l’Ouest aurait produit 125 tonnes de métal jaune en 2020, devançant ainsi le Soudan (n° 3 africain avec 94 tonnes) mais surtout l’Afrique du Sud (96 tonnes), longtemps leader mondial incontesté (63 % de l’extraction globale en 1975, contre… 3 % en 2020). Une aubaine alors que les cours de l’or n’ont jamais été aussi élevés (1870 dollars l’once) depuis plus d’une décennie, entraînant un gonflement mécanique des recettes générées par cette filière dans le pays (7,2 milliards de dollars de revenus en 2020, en progression de 16 % par rapport à l’année précédente).

Une rue d’Accra, capitale du Ghana

Les clés du succès

Plusieurs facteurs expliquent cette nouvelle suprématie du secteur aurifère ghanéen sur la scène continentale, à commencer par le ralentissement notable de la production sud-africaine, dont les filons s’épuisent peu à peu. Fataliste, le Conseil [sud-africain] des industries minières estime d’ailleurs que le tarissement de ces derniers sera effectif dès… 2033. Une faiblesse structurelle qui favorise de facto les autres régions africaines dans la hiérarchie des pays producteurs, Ghana en tête. Mais au-delà des circonstances exogènes, il y a aussi et surtout des causes internes. La montée en puissance du secteur aurifère de l’ex-Gold Coast doit en effet beaucoup à la mise en valeur accélérée de ses potentialités. Depuis 2017, le Ghana a ainsi démarré l’exploitation de deux nouvelles mines- Wassa et Prestea, opérées par le Canadien Golden Star Resources- dans la prolifique région de la ceinture ashanti (sud-ouest du pays).
Davantage, la réussite ghanéenne a pu s’appuyer sur une restructuration complète de la filière, une montée en gamme dans la chaîne de valeur (le pays dispose de deux raffineries d’or privées, en attendant le lancement cette année d’une troisième, publique) et un meilleur contrôle des opérateurs : sous la pression des autorités, de nombreux mineurs artisanaux illégaux, appelés localement « galamsey » (abréviation de l’expression « gather them and sell » – « récolte-les et vends » -, qui désigne les orpailleurs œuvrant pour leur propre compte dans des mines d’or clandestines de petite taille), ont dû cesser leurs activités au cours des dernières années.

Moteur de l’économie

Autant d’interventions structurantes qui ont permis de tirer au mieux parti du « capital » aurifère national (10 % du PIB), l’un des trois moteurs de l’économie ghanéenne avec le cacao et le pétrole. En effet, si la solide croissance du pays (6,1 % de progression annuelle moyenne depuis 2010) en fait l’une des économies les plus dynamiques d’Afrique, elle le doit en grande partie aux bonnes performances du secteur. Résultat, le Ghana est le premier pays d’Afrique subsaharienne à avoir atteint le premier objectif du millénaire pour le développement (OMD), visant à diviser par deux le taux d’extrême pauvreté. Celui-ci serait ainsi passé de 28 % en 2006 à 11 % en 2021, selon les statistiques

Pourtant, à y regarder de plus près, force est de reconnaître que le bilan d’ensemble est plutôt mitigé. Jugeant les performances socio-économiques du pays, la Banque africaine de développement rappelle ainsi que « des années de croissance fondée sur les industries extractives n’ont pu répondre aux inégalités croissantes ni créer des emplois décents ». Un constat sans fard qui explique l’exode de millions de ruraux en zone urbaine et le poids disproportionné des services informels, seuls moyens de générer un semblant de revenu.

De nombreux abus

La filière aurifère elle-même n’est pas à l’abri des critiques, avec son lot régulier d’abus dénoncés par plusieurs ONG. Dans un rapport récent, Juliane Kippenberg, directrice adjointe de la division Droits de l’enfant à Human Rights Watch, note ainsi que plusieurs orpailleurs mineurs ont été signalés sur dix sites de la région Ashanti, au mépris de la réglementation en vigueur (la loi ghanéenne interdit aux enfants de moins de 18 ans de travailler dans les mines). Quant aux exploitants « fautifs », ils seraient une vingtaine à avoir été épinglés par l’ONG.
Face à cette réalité, les autorités nationales et locales – notamment les chefferies – s’organisent et exigent désormais des compagnies opérant dans le secteur aurifère qu’elles contribuent au développement des zones où elles sont implantées. Dans la région d’Akyem par exemple, où se situe l’une des plus importantes mines d’or du Ghana, les habitants ont réussi à imposer à la société américaine Newmont d’investir dans le développement local. Pour chaque once extraite, 1 dollar leur revient et une partie du bénéfice de la mine leur est aussi reversée à travers une fondation. Mieux, la firme s’est engagée à recruter sur place 35 % de ses salariés et à assurer elle-même leur formation

L’exemple d’Aykem

Résultat : sur les six dernières années, la région a perçu une moyenne annuelle de près de 30 millions de dollars ayant permis le financement de nombreuses infrastructures (voies bitumées, écoles, centres de santé…), et la mine d’Akyem est aujourd’hui considérée comme l’une de celles qui profitent le plus à la population locale sur le continent. De quoi renforcer le gouvernement ghanéen dans sa volonté de trouver une voie économique alternative, à travers un écosystème favorable aussi bien aux opérateurs miniers qu’aux populations.

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