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Healthtech : la bonne santé de la filière africaine

le secteur de la healthtech en Afrique ©Konstantin Kolosov

Télémédecine, assurance santé par téléphone, logistique, gestion des données, prestations sanitaires… Les jeunes pousses de la santé numérique émergent un peu partout sur le continent. Zoom sur un secteur dont l’histoire ne fait que commencer.

Par Patrick Nelle

Des microscopes numériques embarqués dans un smartphone pour dépister le cancer du col de l’utérus. C’est l’invention proposée par Gicmed, une start-up camerounaise basée à Yaoundé. L’appareil est une alternative aux scanners et autres outils d’imagerie médicale extrêmement onéreux et dont la grande majorité des hôpitaux locaux reste dépourvue : « Ce kit est connecté à travers une plateforme avec des spécialistes du monde entier, ce qui permet d’obtenir un diagnostic très rapidement », explique Conrad Tankou, médecin camerounais de 35 ans à l’origine de cette innovation, qui précise que le kit est « actuellement utilisé en phase expérimentale dans plusieurs établissements de formation médicale ». L’invention lui a valu en septembre 2021 le premier Prix des jeunes innovateurs africains pour la santé. De fait, à travers le continent, les entrepreneurs de la santé numérique rivalisent d’idées novatrices pour aider à combler les besoins en santé d’une population sans cesse croissante. Une dynamique qui entraîne l’émergence d’une multitude de start-up et d’un marché en plein essor.

Un secteur jeune

D’après l’enquête « Innovations in healthproduct distribution in Sub-Saharan Africa », publiée en Mai 2021 par le cabinet Salient Advisory, 60% des 1276 healthtech africaines identifiées par le cabinet ont moins de 5 ans d’existence. Un phénomène qui se double d’une croissance rapide, tant par le nombre de leurs clients que par leur couverture géographique.

Salient Advisory révèle par ailleurs que 38% des healthtech africaines sont actives dans au moins deux pays sur le continent. L’Afrique du Sud, le Nigeria, le Ghana et le Kenya sont les principaux foyers de la healthtech africaine, concentrant 90% des start-up africaine répertoriées par l’étude. Mais les initiatives foisonnent également dans d’autres pays, notamment en Afrique francophone, où Salient Advisory a répertorié 74 entreprises novatrices solidement installées.

La distribution au cœur des enjeux

La logistique et la distribution sont des niches particulièrement disputées. Salient Advisory a dénombré au moins 60 entreprises qui s’appuient sur les nouvelles technologies pour améliorer et accroître l’acheminement des produits de santé à travers le continent, contre 28 en 2018. Dans ce segment, 90% des start-up se trouvent soit au Kenya, soit au Ghana, soit au Nigeria, dont l’activité a notamment bénéficié de la pandémie et de la digitalisation accélérée.  

Des perspectives favorables qui n’ont pas manqué d’attirer l’attention des géants continentaux du e-commerce tels que Konga, Jumia et Copia, qui ambitionnent de commercialiser les médicaments sur leurs plateformes. Konga couvre l’ensemble du Nigeria tandis que Copia opère au Kenya et que Jumia- leader du e-commerce sur le continent (177,9 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2021) – est déployé dans 13 pays africains. En 2021, c’est Konga qui a pris les devants en  lançant Konga Health, une filiale qui fournit des médicaments et des équipements médicaux aux hôpitaux via ses points de vente en ligne. Ces trois acteurs disposent de moyens logistiques largement supérieurs à ceux des healthtech, sans parler de leur savoir dans la gestion des processus liés au commerce électronique. Leur arrivée dans le secteur pourrait littéralement rebattre les cartes. Toutefois, elles doivent au préalable franchir les obstacles liés à la réglementation en vigueur dans divers pays.

Des financements en hausse de 81%

En 2021, les financements réservés aux healthtech du continent ont atteint 392 millions de dollars US, soit un bond de 81% par par rapport à 2020. C’est ce que révèle une étude dirigée par le cabinet Briter Bridges. Ces capitaux proviennent pour l’essentiel de fonds d’investissement.Dans le top des tours de tables de l’année dernière on retrouve : 54gene (25 millions de dollars), AfricaHealth Holdings (18 millions de dollars), Yodawy (7,5 millions de dollars), DrugStoc (4,4 millions de dollars) et RxAll (3,15 millions de dollars).

L’année 2022 a démarré sur les chapeaux de roues grâce à mPharma qui a levé 35 millions de dollars. En Afrique francophone, le camerounais Waspito est parvenu à collecter 2,7 millions de dollars, tandis que la start-up ivoirienne Susu annonçait un tour de table de 2 millions d’euros au mois de mars. La dernière annonce en date est celle de CarePoint, qui a levé 10 millions de dollars en mai dernier.

Mais les investisseurs se montrent extrêmement sélectifs et la réussite d’une levée de fonds est une joie que peu d’entrepreneurs ont l’occasion de célébrer. Salient Advisory informe que sept entreprises concentrent à elles seules 82% des financements injectés par les fonds d’investissement dans la healthtech africaine. La crise sanitaire a donné un véritable coup de fouet aux start-up africaines, un tiers des plateformes de télémédecine existantes ayant été créées depuis 2020. Il leur reste à démontrer leur viabilité sur le long terme.

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