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Infrastructures : l’Équation des 221 Milliards de Dollars Qui Conditionne la Croissance du Continent

L’Afrique fait face à un déficit annuel de 221 milliards de dollars en infrastructures : énergie, transport, eau et digitalisation manquent de financements, freinant croissance et intégration régionale. Cependant, des solutions existent pour combler cette équation. Et des initiatives émergent.

Par Dounia Ben Mohamed


L’Africa Infrastructure Financing Facility (AIFF) a été lancée officiellement le 14 février 2026 lors du troisième Dialogue présidentiel de haut niveau de l’Alliance des institutions financières multilatérales africaines (AAMFI), tenu en marge du 39ᵉ Sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba (Éthiopie).

L’initiative, portée par l’Agence de développement de l’Union africaine (AUDA-NEPAD) et l’Alliance des institutions financières multilatérales africaines, vise à répondre au déficit annuel de financement des infrastructures, estimé à 221 milliards de dollars selon les données officielles de la Banque africaine de développement (BAD). L’AIFF ambitionne de mobiliser davantage de capitaux africains et de réduire la dépendance aux financements extérieurs, en cohérence avec l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

« Malgré des investissements annuels avoisinant 80 milliards de dollars, le continent fait face à un déficit de financement structurel qui pourrait atteindre 170 milliards par an »

Révélé fin février au Cap, en marge de la cinquième édition du sommet Finance en commun réunissant les banques publiques de développement, le rapport Le chaînon manquant : libérer le financement durable des infrastructures en Afrique (« The Missing Connection: Unlocking Sustainable Infrastructure Financing in Africa ») remet la question des infrastructures au cœur de l’agenda économique africain. Son constat est sans ambiguïté : malgré des investissements annuels avoisinant 80 milliards de dollars, le continent fait face à un déficit de financement structurel qui pourrait atteindre 170 milliards par an.

Ce manque d’investissements n’est pas sans conséquence. Selon les données mises en avant, l’insuffisance d’infrastructures – qu’il s’agisse d’énergie, de transport, d’eau ou de connectivité numérique – coûterait à l’Afrique près de 2 % de croissance du PIB chaque année. Un frein majeur pour des économies engagées dans des trajectoires d’industrialisation, d’intégration régionale et de transformation structurelle.


« Les États Africains Assurent Déjà Environ 40 % des Investissements Actuels, Signe d’Un Engagement Public Significatif »

Les États africains assurent déjà environ 40 % des investissements actuels, signe d’un engagement public significatif. Mais leurs marges budgétaires restent limitées, prises entre impératifs sociaux, pression de la dette et vulnérabilités économiques. D’où l’appel du rapport à des solutions de financement innovantes, articulant mobilisation des ressources domestiques, réformes de gouvernance et partenariats internationaux renforcés.

Pour Nardos Bekele-Thomas, directrice générale de l’AUDA-NEPAD, la réponse ne peut être sectorielle : « Le développement des infrastructures ne peut pas réussir lorsque les secteurs fonctionnent de manière isolée. L’énergie, les transports, l’eau et la digitalisation doivent agir comme les composantes d’un ensemble plus large, créant des synergies qui favorisent la durabilité et un impact à long terme ». Cette approche systémique vise à dépasser les logiques de projets isolés pour construire des écosystèmes d’infrastructures interconnectés, capables de soutenir durablement la croissance.


Jusqu’à 2 300 Milliards de Dollars d’Investissements Placés Hors du Continent

Le rapport insiste également sur le rôle stratégique du partenariat Afrique-Europe. Selon ses estimations, une coopération financière plus structurée pourrait contribuer à mobiliser jusqu’à 2 300 milliards de dollars d’investissements issus notamment de fonds de pension et de fonds souverains actuellement placés hors du continent. Pour Paul Walton, directeur exécutif de l’Africa-Europe Foundation, l’enjeu est autant quantitatif que qualitatif : « Notre rapport se concentre sur des actions et des mécanismes concrets qui permettront de mobiliser davantage de financements et des financements plus intelligents afin de répondre aux défis critiques auxquels nos sociétés sont confrontées ». La question de la qualité des financements est en effet centrale. Dans un contexte marqué par les tensions sur la dette et le resserrement de l’aide publique au développement, l’objectif n’est plus seulement d’augmenter les volumes, mais d’améliorer l’efficacité, la transparence et l’impact des investissements.


« Les Flux Financiers Illicites Privent l’Afrique de 50 à 115 Milliards de Dollars Chaque Année »

La mobilisation des ressources domestiques apparaît ainsi comme un levier prioritaire. Le rapport rappelle que les flux financiers illicites privent l’Afrique de 50 à 115 milliards de dollars chaque année – des montants qui, s’ils étaient récupérés, pourraient combler une part significative du déficit d’infrastructures.

Autre axe structurant : la transformation numérique. L’intégration des technologies digitales et de l’intelligence artificielle dans la planification, la gestion et le financement des infrastructures est présentée comme un accélérateur majeur. Les infrastructures publiques numériques pourraient notamment renforcer la transparence financière, fluidifier les investissements et soutenir l’intégration régionale.

La dimension climatique et énergétique constitue également un pilier stratégique. Le continent dispose de ressources minières essentielles à la transition énergétique mondiale, ainsi que de vastes terres arables pouvant soutenir sécurité alimentaire et croissance exportatrice. Pour Saliem Fakir, directeur exécutif de l’African Climate Foundation, l’enjeu est d’orienter les capitaux vers ces secteurs structurants : « Nous nous concentrons sur les opportunités susceptibles de débloquer les investissements dont le continent a tant besoin. ».


Financer Massivement les Infrastructures Sans Aggraver la Vulnérabilité Financière du Continent

Enfin, le rapport plaide pour une standardisation des données liées aux investissements en infrastructures. L’absence de référentiels communs freine aujourd’hui la participation d’investisseurs institutionnels, faute de visibilité sur les risques et la performance des projets. L’établissement de standards partagés permettrait de fluidifier les décisions d’investissement et d’attirer davantage de capitaux privés.


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