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L’African Legal Factory, une legaltech au service des start-up africaines

De plus en plus impliquées dans des engagements contractuels, notamment avec les investisseurs lors des levées de fonds, les jeunes pousses du continent rechignent encore trop souvent à utiliser les services de conseil juridique. Une réalité peu satisfaisante que Sonia Mavouna, fondatrice de la legaltech African Legal Factory, ambitionne de changer grâce au numérique. Entretien.

Par Szymon Jagiello 

Forbes Afrique : Votre structure est ce qu’on appelle une legaltech. Pourriez-vous nous expliquer en quoi cela consiste exactement ?

Sonia Mavouna : Une legaltech est une entreprise qui fait usage de la technologie pour développer, proposer, fournir ou permettre l’accès des justiciables ou des professionnels du droit à des services facilitant l’accès au droit et à la justice. Concrètement, elles prennent la forme de solutions en ligne permettant de constituer des sociétés, générer des contrats automatiques, donner accès à des bases de données juridiques ou encore de mettre en relation des avocats avec des justiciables. Le secteur des legaltechs est très développé en Afrique anglophone, en Europe et plus encore aux États-Unis, où certaines start-up, à l’instar de Legalzoom, Intapp et CS Disco, sont déjà cotées en Bourse.

Forbes Afrique : Qu’en est-il de l’Afrique francophone ?

Sonia Mavouna : Les legaltechs sont malheureusement encore peu développées dans cette région linguistique du continent. Ces structures présentent pourtant deux avantages non négligeables. D’une part, elles permettent de réduire le coût des services juridiques grâce aux nouvelles technologies et, d’autre part, elles apportent une solution pour mettre en ligne les textes de loi, souvent difficilement accessibles en Afrique francophone.

Forbes Afrique : Comment expliquer ce retard relatif ?

Sonia Mavouna : En 2018, lorsque j’ai commencé à réfléchir à mon projet de legaltech, la plupart des écosystèmes de start-up étaient en phase de structuration en Afrique francophone et peu d’avocats se proposaient d’accompagner ces jeunes pousses pour deux raisons essentielles. D’une part, les start-up n’avaient pas les moyens de payer les honoraires des avocats et, d’autre part, les avocats ne comprenaient pas forcément les solutions et les enjeux technologiques (solutions SAAS, solutions médicales…) développés par les entrepreneurs afin de pouvoir les protéger au mieux juridiquement. 

Forbes Afrique : Pour nombre de start-up africaines, la dynamique actuelle va à un renforcement des engagements contractuels. Dans ce contexte, les entreprises du continent sont-elles suffisamment armées pour relever le défi de cette complexification juridique, notamment lors des opérations impliquant des levées de fonds ?

Sonia Mavouna : Ce point est effectivement très important. Selon le dernier rapport annuel du fonds d’investissement Partech, les start-up africaines auraient collecté un total de 5,2 milliards de dollars en 2021, ce qui en fait une année record en termes de levée de fonds sur le continent. Dans ce contexte, certains cabinets d’avocats commencent à se positionner dans le conseil en capital-risque. Toutefois, on peut noter que la plupart des entrepreneurs ne se font pas accompagner lors de leur levée de fonds, soit parce qu’ils considèrent ne pas avoir besoin d’un avocat, soit parce que les honoraires proposés leur semblent trop élevés. Pourtant, comme je l’indique souvent durant mes formations, l’entrée d’un investisseur dans le capital d’une entreprise n’est pas une affaire sans conséquence. Il s’agit d’une relation longue et il convient donc que les termes soient bien négociés pour protéger les deux parties.  Il me semble donc indispensable que l’offre puisse se diversifier, car les avocats ont une place importante à jouer, pour équilibrer les termes et les conditions des investissements réalisés sur le continent et faire également naître des bonnes pratiques.

Forbes Afrique : Racontez-nous la genèse de votre structure, African Legal Factory.

Sonia Mavouna : Lorsque j’étais encore en poste en qualité de collaboratrice spécialisée en private equity au sein du cabinet Clifford Chance à Casablanca (Maroc), j’ai réalisé qu’il existait peu de services juridiques destinés aux entrepreneurs, notamment sur le segment des services en ligne. Afin de parfaitement cerner les besoins pratiques et juridiques des entrepreneurs, j’ai alors décidé de réaliser un tour des différents écosystèmes de start-up au Maroc, au Kenya et en Afrique du Sud. C’est à l’issue de cette démarche que je me suis lancée dans l’entrepreneuriat juridique : d’abord avec le cabinet de conseil Mavouna Avocats, qui accompagne les start-up et les fonds d’investissement, en France et en Afrique francophone ; ensuite avec African Legal Factory, une legaltech qui donne aux entrepreneurs l’accès à des formations juridiques et à un prix accessible.

Forbes Afrique : Quel est l’ADN de votre organisation ?

Sonia Mavouna : Notre objectif est clair : muscler juridiquement les entrepreneurs africains pour qu’ils n’aient plus jamais peur de négocier avec leurs clients ou leurs investisseurs.

Forbes Afrique : Quels ont été les défis auxquels vous avez été confrontée en lançant votre projet ?

Sonia Mavouna : Le défi le plus important a consisté à convaincre les entrepreneurs, mais également les responsables des incubateurs et accélérateurs en Afrique francophone, de l’importance d’intégrer les aspects juridiques dans le bagage « requis » des connaissances.

On entend très souvent les entrepreneurs nous dire que traiter des aspects juridiques est compliqué et coûte trop cher, et sans en valoir forcément la peine. Nous avons pris beaucoup de temps pour organiser des webinaires gratuits afin d’insister sur la nécessité par exemple de déposer la marque de la start-up puisque la marque est un élément important dans la valorisation.

Forbes Afrique : Au final, comment comptez-vous réaliser votre ambition de démocratiser l’accès aux services juridiques ? 

Sonia Mounia : Tout simplement en faisant en sorte de toujours minimiser les coûts pour fournir un prix attractif. Un bootcamp d’une durée 3 heures pour accompagner un entrepreneur à se préparer à la levée de fonds en Afrique francophone est par exemple facturé à 150 euros. Il n’existe pas, à notre connaissance, une formation similaire sur le continent tandis que la même formation coûtera approximativement 750 euros en France. Nous avons automatisé les contrats les plus demandés par les entrepreneurs afin qu’ils soient en mesure de générer, en répondant à un simple questionnaire, un contrat à un prix fixe de 50 euros à partir de notre solution alfcontract.com. Le même contrat sera facturé au moins 500 euros par certains avocats. C’est avec des solutions numériques telles que celles-ci qu’on arrivera à démocratiser le conseil juridique à destination des start-up africaines.  

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