Considérée comme prometteuse, la filière africaine de l’e-sport est aujourd’hui promue par un nombre croissant d’événements nationaux et régionaux. Parmi ceux-ci, le Festival de l’électronique et du jeu vidéo d’Abidjan (Feja), une initiative portée par l’Ivoirien Sidick Bakayoko. Dans cet entretien, le créateur du Feja revient sur sa vision de l’e-sport africain ainsi que sur les défis restant à relever.
Propos recueillis par Afaf Aboudoulama
Forbes Afrique : Sidick Bakayoko, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Sidick Bakayoko : Je m’appelle Sidick Bakayoko et suis ivoirien. Après des études supérieures aux Etats unis, j’ai démarré ma carrière professionnelle dans une start-up à New York, au milieu des années 2000 avant de travailler comme directeur marketing d’une société active dans les télécoms et les nouvelles technologies, opérant dans 20 pays. J’ai finalement sauté le pas de l’entrepreneuriat en 2016, en créant ma société Paradise Game, qui est aujourd’hui un acteur majeur du secteur des jeux vidéo et de l’e-sport en Afrique. De manière concrète, nous organisons notamment des évènements tels que le Festival de l’électronique et du jeu vidéo d’Abidjan (Feja) mais gérons aussi des salles de jeux, créons du contenu multimédia et opérons dans les services liés aux jeux vidéo (paiement électronique, vente de jeux, etc.)
Forbes Afrique : Le Feja, justement. Parlez-nous de ce projet que vous avez initié.
Sidick Bakayoko : Nous avons conçu le Feja avec l’ambition d’en faire le plus grand événement d’e-sport d’Afrique car nous souhaitions en faire une plateforme où les meilleurs joueurs du continent se retrouveraient chaque année pour s’affronter sur les jeux du moment. Lancé en 2017, le Feja est en aujourd’hui à sa sixième édition, qui se tiendra les 26 et 27 novembre à Abidjan. Dans le détail, l’événement s’articule autour de trois axes majeurs. Il y a tout d’abord les conférences et les panels avec des acteurs du secteur qui échangent sur l’état des lieux de l’industrie vidéoludique et les perspectives de celle-ci. Le FEJA organise également une dizaine de tournois e-sport sur diverses plateformes (PC, consoles et mobiles). Enfin, nous offrons la possibilité au grand public de venir découvrir les dernières sorties de jeux et les innovations en matière de réalité virtuelle et augmentée. Nous avons par ailleurs initié en 2021 la première édition des FEJA Awards afin de récompenser les acteurs africains du secteur et mettre en avant leurs créations. Ce sont toutes des initiatives que nous portons avec le même objectif : montrer que l’e-sport en Afrique est possible et créer un effet boule de neige qui incitera d’autres organisations que la nôtre à lancer des tournois similaires sur le continent. Au final, si le Feja fait aujourd’hui partie des événements incontournables de la scène africaine de l’e-sport, c’est grâce au travail quotidien de toutes les communautés de gamers et l’implication des acteurs du domaine notamment ceux du Sénégal, du Nigéria, du Togo, du Bénin et de bien d’autres pays.
Forbes Afrique : Quel est votre regard sur la scène africaine de l’e-sport et comment voyez-vous le secteur évoluer au cours des prochaines années ?
Sidick Bakayoko : En matière de gaming, l’Afrique a longtemps été considérée comme un “no man’s land” mais le continent aiguise de plus en plus de curiosité et d’intérêt, y compris parmi les grands acteurs du jeu vidéo. Et pour cause : d’un côté, nous avons une population jeune et l’émergence d’une vraie classe moyenne disposant d’un pouvoir d’achat, ce qui intéresse les éditeurs de jeux. De l’autre côté, nous avons de plus en plus de joueurs talentueux qui commencent à être vus au grand jour, notamment grâce aux réseaux sociaux. De fait, entre besoin de diversité et volonté manifeste d’être plus inclusifs, de plus en plus de grands noms du secteur s’intéressent au e-sport sur le continent, ce qui est du reste dans l’intérêt du plus grand nombre. Quant aux joueurs africains, les meilleurs aspirent aujourd’hui à atteindre les sommets et à vivre de leur passion. D’où la nécessité de pouvoir en avoir l’opportunité et d’organiser ainsi ces grands rendez-vous de gaming sur le continent, qui sont, d’une certaine manière, un passage obligé pour permettre aux gamers de se faire détecter et d’intégrer des tournois internationaux. Sur ce point, il est bon de se rappeler que des secteurs d’activité tels que la publicité, le cinéma, la musique ont connu des parcours similaires lorsqu’ils ont démarré en Afrique. Sur le segment marketing par exemple, les annonceurs, à la recherche d’une expertise éprouvée, ont d’abord fait appel à des entreprises étrangères ayant des références internationales. Au fil des années cependant, ils ont changé d’approche pour s’appuyer sur des sociétés locales ayant une bonne compréhension de leur marché domestique et l’expertise nécessaire pour la bonne gestion de projets d’envergure.
Nous croyons pour notre part que l’e-sport suivra cette trajectoire et que les acteurs africains pourront un jour imposer leur savoir-faire et décrocher des contrats de sponsoring majeurs pour l’organisation de compétitions et d’événements en Afrique. De la sorte, les grandes marques du secteur pourront s’appuyer sur cette dynamique autour de l’e-sport pour proposer des produits à une cible jeune, qui s’intéresse aux jeux vidéo.
Pour en savoir plus : https://feja.ci/








