À l’occasion du 250e anniversaire de la déclaration d’indépendance américaine, Forbes a publié son classement Forbes 250, consacré aux personnalités «parties de rien » et incarnant le mieux la réussite américaine. Parmi elles, plusieurs figures majeures d’ascendance africaine. Forbes Afrique passe ici en revue les dix plus grandes réussites afro-américaines « self-made » de ce palmarès.
Par Rémi Kolsa
1. Oprah Winfrey
Figure incontournable des médias américains, Oprah Winfrey est aujourd’hui l’une des femmes les plus influentes de la planète. Rien ne la prédestinait pourtant à un tel destin. Née dans la pauvreté rurale du Mississippi, elle grandit dans un environnement instable, marqué par les abus et les déplacements successifs. L’école devient son refuge, puis les médias son tremplin. Repérée pour son talent oratoire, elle s’impose progressivement à la télévision, jusqu’à prendre le contrôle de son propre show. En transformant une émission locale en empire médiatique mondial, elle a redéfini les règles du jeu, amassant au passage une fortune supérieure à 3 milliards de dollars. Son parcours incarne plus que quiconque une ascension où la maîtrise du récit personnel devient un levier de puissance.

2. David Steward
L’ascension de David Steward tranche avec les trajectoires les plus médiatisées. Né dans le Missouri en pleine ségrégation, il grandit dans une famille modeste, confrontée aux discriminations raciales du quotidien. Dyslexique, il peine à l’école, mais développe très tôt une discipline rigoureuse. Après des débuts professionnels difficiles et plusieurs échecs entrepreneuriaux, il fonde World Wide Technology en 1990. En partant de presque rien, il a patiemment bâti un géant des services informatiques, aujourd’hui partenaire de grandes multinationales et institutions publiques. Moins visible que d’autres milliardaires, son parcours incarne une réussite silencieuse, forgée dans la persévérance et l’exécution méthodique.

3. LeBron James
Né à Akron, dans l’Ohio, LeBron James grandit avec une mère célibataire, enchaînant les déménagements et les périodes de précarité. Des débuts difficiles qui semblent à des années-lumières de l’actuel statut de la légende du basket : LeBron James est l’un des rares sportifs à avoir atteint le statut de milliardaire durant sa carrière. Au-delà du basketball, James a par ailleurs développé une stratégie d’investissement ambitieuse. Il possède notamment une société de production audiovisuelle, SpringHill Company, et détient des participations dans plusieurs franchises sportives et entreprises. Son partenariat avec Nike, qui inclut un contrat à vie, constitue également un pilier majeur de sa fortune.

4. Clarence Thomas
L’itinéraire de Clarence Thomas s’enracine dans une Amérique ségréguée. Né dans une extrême pauvreté en Géorgie, élevé par son grand-père dans une discipline rigoureuse, il grandit sous le poids des discriminations raciales. Son parcours académique, jusqu’à Yale, se fait dans l’isolement et le doute. Longtemps en marge des élites juridiques, il gravit pourtant les échelons du système judiciaire. Sa nomination à la Cour suprême par le président George H. W. Bush, en 1991, marque l’aboutissement d’une trajectoire improbable. Il est devenu — après Thurgood Marshall auquel il a succédé — le deuxième noir à intégrer le sommet du pouvoir judiciaire américain.
5. Jay-Z
Avant de devenir un magnat du business, Jay-Z grandit dans les quartiers difficiles de Brooklyn, au cœur d’un environnement marqué par la violence et l’économie informelle. Très tôt confronté à la dureté de la vie, il développe une lucidité stratégique qui nourrira son œuvre. Faute d’opportunités dans l’industrie musicale traditionnelle, il cofonde ainsi son propre label pour pouvoir percer. Le succès artistique devient alors un point d’appui pour bâtir un empire diversifié. De fait, si sa carrière musicale a posé les bases de sa fortune, ce sont surtout ses investissements qui l’ont propulsé au sommet : musique, luxe, investissements. Un sens des affaires aiguisé qui lui a permis de devenir le premier rappeur milliardaire de l’histoire.

6. Dr. Dre
Avant de devenir une figure centrale de l’industrie musicale, Dr. Dre grandit dans les quartiers difficiles de Compton, en Californie, au cœur d’un environnement marqué par la violence et les tensions sociales. Sans véritable perspective, il trouve dans la musique un exutoire et un levier d’ascension. Co-fondateur de N.W.A., il participe à redéfinir le rap américain, avant de s’imposer comme producteur incontournable. Mais c’est en entrepreneur qu’il change d’échelle : avec Beats Electronics, il transforme une intuition culturelle en succès industriel, revendu à Apple pour plusieurs milliards. Une trajectoire construite à la croisée du talent, du timing et du contrôle stratégique.

7. Magic Johnson
Élevé dans une famille modeste du Michigan, Magic Johnson travaille très tôt aux côtés de son père, développant une discipline et un sens de l’effort qui structureront sa carrière. Le basketball devient une voie d’ascension, mais aussi une école de leadership. Star des Los Angeles Lakers, il atteint les sommets de la NBA avant d’être brutalement confronté à sa séropositivité. Loin de s’effondrer, il se réinvente alors en homme d’affaires, son approche consistant à investir dans des marchés urbains sous-desservis, notamment dans les communautés afro-américaines. Une stratégie avisée qui lui a permis de bâtir un portefeuille solide mêlant immobilier, sport, médias et restauration.

8. Tyler Perry
Né dans un environnement familial violent, Tyler Perry grandit dans la peur et la précarité. Jeune adulte, il enchaîne les échecs et connaît même des périodes durant lesquelles il vit sans domicile fixe. C’est dans l’écriture qu’il trouve alors une échappatoire, transformant ses expériences en pièces de théâtre. Ignoré par les circuits traditionnels, il construit patiemment son public, salle après salle. Ce succès indépendant devient la fondation d’un empire médiatique, qui lui permet aujourd’hui de contrôler toute sa chaîne de production et d’être l’un des entrepreneurs les plus puissants d’Hollywood.

9. Whoopi Goldberg
Figure emblématique de la « self-made woman », Whooppi Goldberg est élevée dans un quartier populaire de New York et quitte l’école très tôt. Elle enchaîne alors les petits boulots, connaissant fréquemment des périodes de précarité. C’est dans le théâtre qu’elle trouve finalement sa voie, développant un style singulier, mêlant humour et gravité. Repérée sur scène, elle s’impose rapidement à Hollywood grâce à une présence hors norme. De The Color Purple à Ghost, elle bâtit une carrière exceptionnelle et devient la première Afro-Américaine à atteindre le statut d’EGOT, terme qui désigne l’obtention des quatre récompenses majeures du divertissement américain (Emmy Awards, Grammy Awards, Oscar et Tony Awards).
10. Viola Davis
Connue pour ses multiples rôles au cinéma (The Woman King, La Couleur des sentiments), à la télévision (la série Murder), au théâtre (Fences), l’itinéraire de Viola Davis relève d’une trajectoire d’exception, forgée dans la dureté. Née dans une famille pauvre du Rhode Island, elle grandit dans un environnement marqué par les privations et l’instabilité. Très tôt, elle trouve dans le théâtre un espace d’expression et d’émancipation. Formée à la Juilliard School, elle gravit patiemment les échelons d’un milieu notoirement fermé. Son talent brut, allié à une intensité rare, finit par s’imposer à Hollywood. Elle est aujourd’hui l’actrice afro-américaine la plus primée de l’histoire : un Oscar, deux Tony, un Emmy, un Golden Globe…

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