Au cœur du vaste projet Simandou, la Compagnie du TransGuinéen (CTG) incarne l’ambition de la Guinée de transformer ses richesses minières en moteur de souveraineté et de développement durable. Mamoudou Nagnalen Barry, président du Conseil d’administration de la CTG et ancien ministre de l’Agriculture, revient sur la vision stratégique de l’entreprise, le rôle du secteur privé et la dynamique de modernisation qui redessine le pays.
Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed
Forbes Afrique : Pouvez-vous nous présenter la vision stratégique de la Compagnie du TransGuinéen pour le développement des infrastructures ferroviaires et logistiques liées au projet Simandou ?
Mamoudou Nagnalen Barry : La CTG, propriétaire des infrastructures ferroviaires et portuaires construites dans le cadre du projet Simandou, représente un investissement d’environ 15 milliards de dollars. À cela s’ajoutera la construction d’une aciérie pour transformer une partie du minerai de fer localement. Notre vision est claire : faire de ces infrastructures un levier d’industrialisation, de création d’emplois et de valeur ajoutée nationale. Nous voulons que la Guinée, riche en ressources, transforme enfin son potentiel en richesse réelle pour ses populations.
« Nous voulons que la Guinée, riche en ressources, transforme enfin son potentiel en richesse réelle pour ses populations »

Quels sont, selon vous, les principaux défis et opportunités pour le transport de minerai et la connectivité en Guinée, et comment la CTG y répond-elle ?
M. N. B. : Le principal défi reste la transformation locale et la maîtrise des chaînes logistiques. Nous devons connecter les zones minières, renforcer la maintenance et assurer la durabilité des infrastructures. Mais les opportunités sont immenses : les grands investisseurs internationaux – Rio Tinto, BAO Steel, Winning Consortium, Shinarco – ont fait confiance à la Guinée. Ils viennent parce que le climat d’affaires s’est assaini, parce qu’il y a aujourd’hui une gouvernance stable et une vision claire portée par l’État.
La CTG joue un rôle clé dans le développement énergétique lié au transport minier. Pouvez-vous détailler les initiatives mises en place pour assurer un approvisionnement durable et fiable ?
M. N. B. : Nous intégrons des solutions énergétiques mixtes, combinant réseaux nationaux et infrastructures dédiées, pour garantir un approvisionnement constant. L’objectif est de sécuriser le transport du minerai, tout en réduisant l’empreinte carbone des opérations. La durabilité énergétique fait partie intégrante de notre plan industriel.
Comment votre entreprise collabore-t-elle avec les acteurs locaux et internationaux pour promouvoir le contenu local, la formation et l’emploi des compétences guinéennes ?
M. N. B. : Le contenu local est une priorité. Nous avons adopté une loi claire : les entreprises guinéennes doivent être impliquées dans tous les domaines où elles ont les compétences. Aujourd’hui, entre 150 et 200 millions de dollars de contrats de sous-traitance sont déjà attribués à des entreprises locales pour les trois prochaines années. Nous investissons aussi dans la formation et le transfert de technologies. Le partenariat gagnant-gagnant est notre ligne directrice.
« Entre 150 et 200 millions de dollars de contrats de sous-traitance sont déjà attribués à des entreprises locales pour les trois prochaines années »
Au-delà de la logistique minière, la CTG contribue-t-elle à des projets d’infrastructure civile ou sociale qui bénéficient directement aux populations ?
M. N. B. : Absolument. La CTG ne se limite pas au ferroviaire ou au portuaire : nous contribuons à des projets qui améliorent concrètement le quotidien des Guinéens. Routes, accès à l’électricité, soutien à l’agriculture et à la formation – tout cela participe à la construction d’une Guinée moderne et souveraine. Aujourd’hui, les chantiers avancent vite. Des routes autrefois inachevées sont désormais terminées en quelques mois. Les populations voient ces progrès et y participent. C’est une dynamique nouvelle, portée par des jeunes cadres et des dirigeants engagés.
Quel rôle la CTG et, plus largement, le secteur privé jouent-ils dans la construction d’une Guinée plus souveraine et compétitive ?
M. N. B. : Le secteur privé est aujourd’hui au cœur de la transformation du pays. Pour la première fois, il est consulté à toutes les étapes de la prise de décision publique. Nous avons un patronat unifié, une chambre de commerce et une chambre d’agriculture fonctionnelles. Les réformes ont créé un véritable dialogue avec l’État, ce qui a renforcé la confiance et attiré les investisseurs. La Guinée avance avec une vision de souveraineté : choisir ses partenaires, valoriser son potentiel et bâtir sur ses propres forces.
« La Guinée avance avec une vision de souveraineté : choisir ses partenaires, valoriser son potentiel et bâtir sur ses propres forces »
En conclusion, comment voyez-vous l’avenir de la CTG et du Programme « Simandou 2040 » ?
M. N. B. : Le projet « Simandou 2040 » représente près de 20 milliards de dollars d’investissement, l’un des plus importants au monde. Il illustre l’ambition d’une Guinée nouvelle : modernisée, ouverte et résolument tournée vers l’industrialisation. Grâce à la CTG et à l’implication du secteur privé, la Guinée n’est plus seulement un pays riche en ressources, mais un pays qui transforme ses ressources en prospérité partagée.
