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Omar Salam  :  « Le design africain est sur le point  révolutionner le secteur de la mode »

Omar Salam est le fondateur et le directeur de la création de SUKEINA, une maison de mode internationale. Né à Nice, en France, avec des racines sénégalaises et mauritaniennes, il a passé son enfance à voyager et à vivre en Europe. Diplômé  de la Parsons School of Design de New-York, en 2001, il a commencé à travailler à Paris pour la créatrice de mode française de renommée mondiale, Sonia Rykiel, avant de devenir Directeur de la création de la succursale de Sonia Rykielà New York, où il a passé sept ans. En 2010, il rejoint Christian Lacroix, avec qui il travaille deux ans, avant de créer SUKEINA en 2012.

Forbes Afrique : Quel est le point de départ de SUKEINA et en quoi consistent ses activités?

Omar Salam : J’ai appelé ma maison de haute couture SUKEINA en hommage à ma défunte mère. Cela signifie «lumière vive». La lumière est ce qui nous réconcilie avec la valeur de tout et sans elle, tout disparaît. Je voulais apporter cette beauté au monde. Je voulais d’abord être cinéaste, mais j’ai alors pensé pouvoir raconter des histoires plus complexes et plus dynamiques grâce à la mode. Le vêtement est une langue en soi. Ma passion est de faire en sorte que les femmes aient un look et une sensation unique. Depuis, j’ai créé 8 collections qui magnifient la beauté de la femme.

Quelle est l’envergure de SUKEINA aujourd’hui?

SUKEINA est une marque internationale avec des clients dans le monde entier. L’entreprise se compose d’une solide équipe et j’y suis directeur de la création et designer en chef. Nous avons plusieurs couturières incroyablement talentueuses, un personnel de soutien formidable qui aide à la gestion des affaires, aux ventes, à la production et au marketing. Nous avons un plan de croissance très ambitieux. Je souhaite porter la marque et la beauté de SUKEINA aux quatre coins du monde, en commençant par l’Afrique, en l’honneur de mes racines africaines.

Vous avez organisé votre premier défilé en Afrique récemment, précisément au Nigeria. Qu’est-ce qui vous a motivé à le faire au Nigeria et pourquoi pas au Sénégal votre pays d’origine ?

Oui, j’ai présenté en primeur ma 8ème collection `Gates’ au Nigeria récemment. Je suis très reconnaissant d’avoir été invité par GT Bank afin de participer à son week-end annuel de la mode et à montrer mon travail sur une scène aussi prestigieuse. Même si j’aurais adoré présenter mon premier défilé au Sénégal, mon pays d’origine, ce fut un plaisir d’avoir été choisi par les dirigeants de la mode en Afrique pour présenter mon travail au Nigeria. Je rêve de pouvoir un jour retourner au Sénégal, en tant que fils et artiste qui rend son pays fier tant au niveau national qu’international.

Pourquoi avez-vous choisi de créer des pièces en origami ?

La philosophie de Sukeina est de suivre le mouvement et le rythme du corps de la femme et, par conséquent, l’origami est l’une des manières d’imiter et de montrer le mouvement du corps d’une femme.

Vos pièces ont été récemment portées par Naomi Campbell, quelles sont les autres célébrités que vous habillez  ?

Nous sommes très heureux quand des femmes choisissent de porter nos créations, qu’elles soient très connues ou moins connues.

Combien coûtent vos créations ?

Toutes les pièces de SUKEINA sont conçues avec soin. Je veux que les femmes fassent l’expérience artistique d’un vêtement quand elles le portent. Comme s’il était conçu et fabriqué spécialement pour elles. Nos modèles sont vendus à des prix différents, trois prix principalement, selon qu’il s’agit de prêt à porter, de demi-couture ou de couture.

Vous aviez failli être un cinéaste, mais (aujourd’hui) vous racontez des histoires avec les vêtements que vous créez. Quelles sont ces histoires que vous racontez ?

Le vêtement est une histoire que vous choisissez comme moyen de vous exprimer chaque jour où vous vous habillez. C’est une façon de montrer au monde « ce que je ressens aujourd’hui », « c’est ce que je veux que vous sachiez sur moi aujourd’hui » … Pour moi, le vêtement a transcendé les mots que je peux exprimer. C’est une vision beaucoup plus visuelle d’une femme ou d’un homme. Vous n’avez même pas besoin de dire un mot… mais vos vêtements peuvent tout dire…

Quels liens ont-ils avec l’Afrique ?

Toutes mes collections sont l’œuvre d’un créateur originaire d’Afrique. Même si je parcours le monde, mon ADN vient d’Afrique et influence donc tout ce que je fais.

Vous dites que vous voulez créer une conversation autour de la mode, comment ?

Je veux que les femmes se sentent fortes et belles peu importe qui elles sont, quelle que soit leur position dans la vie, peu importe ce à quoi elles font face quand elles se lèvent tous les jours. La mode peut être une réponse à la laideur de notre monde. La mode, peu importe où vous vivez dans le monde, peut nous unir, pas nous diviser – en beauté. La mode peut aider les femmes à trouver leur voix et leur force. La femme Sukeina est résiliente. Face à l’obstacle, elle trouve la force. Au fur et à mesure qu’elle s’en occupe, elle grandit. Elle est une femme ascendante – elle pense toujours à aller plus haut. Elle est gentille, mais elle est forte. Elle est édifiante. Elle est juste une femme très puissante, peu importe où elle vit dans le monde. Cela pourrait être le pouvoir de l’idéologie. Cela pourrait être un pouvoir créateur. Cela pourrait être un pouvoir spirituel. Cela pourrait être un sentiment d’auto-pouvoir. Mais c’est une femme très forte, dotée d’une force qui renforce et permet également aux forces des autres de se développer. C’est la femme Sukeina. Et c’est la conversation que je veux entamer avec les femmes et avec la mode.

Comment analysez-vous le marché de la mode en Afrique ?

Le marché de la mode africaine a toujours été formidable. Il y a de plus en plus de bons designers qui attirent l’attention dans le monde entier plus que jamais auparavant. Avec l’héritage des tissus, du drapé et du design exquis qui existent en Afrique ainsi que de la vision créative exprimée par les designers de notre continent, la mode et le design africain sont sur le point  révolutionner le secteur de la mode. Et les ventes, l’intérêt des fashionistas, des médias de la mode et des investisseurs le prouvent.

Avez-vous des relations avec des designers africains ?

Récemment, j’ai participé au week-end de la mode GT Bank et j’ai été extrêmement impressionné par la créativité qui émane de l’Afrique, en termes de qualité, de créativité et de beauté. C’est un grand continent dont les origines et le dynamisme ont toujours influencé la musique, l’art, la mode. Je suis enthousiaste à l’idée que ma première boutique à Lagos au Nigeria chez Polo Avenue commercialisera exclusivement nos créations.

Quelles sont les qualités pour être un bon designer ou styliste ?

Engagement dans votre métier, ouverture à l’inspiration… des grands mentors….

Rester aussi cohérent qu’ouvert. Discipline, discipline, Discipline…