Portrait

Serge Esso : la négociation dans la peau

Après avoir travaillé pour plusieurs grandes entreprises, le Camerounais Serge Esso a créé en 2018 Glencoe Advisory, une firme de lobbying pour aider les investisseurs à résoudre efficacement les difficultés liées à leur implantation sur le continent. Portrait d’un négociateur de talent.

Titulaire d’un dess de droit international, Serge Esso met au service de ses clients sa longue expérience dans des multinationales de premier plan. © Glencoe

Investir dans nos pays peut comporter des pièges que seules une bonne connaissance du contexte et une parfaite maîtrise des réalités locales peuvent permettre de contourner. Au Cameroun, personne n’a par exemple oublié les tensions à répétition avec les autorités administratives, les autorités traditionnelles et l’élite locale qui avaient émaillé, en 2012 et 2013, l’implantation du cimentier nigérian Dangote à Douala, occasionnant des pertes financières pour l’entreprise et un important retard dans l’ouverture de son usine. Pour aider les investisseurs à surmonter à l’avenir de tels obstacles en y laissant le moins de plumes possible, un cabinet de lobbying baptisé Glencoe Advisory vient d’ouvrir ses portes dans la capitale économique camerounaise, sous la houlette de Serge Esso. Juriste fiscaliste pétri d’expérience, celui-ci a mûri ce projet au fil d’un périple professionnel de vingt ans, au cours duquel il a mesuré l’ampleur des difficultés des entreprises à se déployer en Afrique subsaharienne du fait de problèmes contextuels. Sa carrière démarre dans le groupe Bolloré en 1996-1997, après une rencontre fortuite avec Vincent Bolloré, le patron de la multinationale, venu acheter de l’essence à une heure tardive dans la station-service Shell de Paris où le jeune Camerounais opère temporairement comme pompiste pour financer son diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS). « Je l’ai “attaqué” directement en lui faisant savoir que je cherchais du travail », se souvient Serge Esso, avec un sourire de satisfaction. Quelques semaines plus tard, il est invité à un entretien avant d’être embauché à la direction juridique de Bolloré Technologies. En 1999, il arrive à la filiale camerounaise de PricewaterhouseCoopers (PWC) en qualité de juriste fiscaliste, avec pour mission particulière d’ouvrir et de développer en Guinée équatoriale une agence de ce cabinet international d’audit, d’expertise comptable et de conseil. « Cette opportunité m’avait été offerte en bonne partie parce que j’étais le seul au cabinet à parler l’espagnol, qui est la langue officielle de la Guinée équatoriale », explique l’intéressé.

FORCE DE PERSUASION

Cette mission accomplie, Serge Esso retourne par hasard en 2003 dans le groupe Bolloré. En répondant à un avis de recrutement paru dans le quotidien d’État Cameroon Tribune, il finit par être retenu pour occuper les fonctions de directeur des ressources humaines qu’offre Camrail, la société camerounaise de transport ferroviaire détenue par le groupe Bolloré depuis 1998. Mais le jeune homme alors âgé d’à peine de 34 ans découvre que, quatre ans après la mise en concession de la société, les relations demeurent on ne peut plus tendues entre le nouveau dirigeant et ses quelque 3 000 employés. Il doit user de toute sa force de persuasion pour réunir tout le monde autour d’une table afin de signer ce qu’on appelle encore les « accords de Kribi » (du nom de la ville où eurent lieu les négociations entre l’employeur et les syndicats des travailleurs), apaisant ainsi durablement le climat dans l’entreprise. En dépit de ce succès, Serge Esso ne reste pas plus longtemps dans ce chaudron où par ailleurs « il y avait trop d’intrigues » selon lui.Et moins d’un an après son arrivée, il

Pour lire l’intégralité de cet article, rendez-vous  pages 20-21 du numéro 53 Janvier 2019, en vente ICI.