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Tribune : Transition énergétique ou développement ?

Par Charles Amoakon Thiemele, fondateur et PDG de Damalex SA

C’est le dilemme auquel est aujourd’hui confronté notre cher continent. Quels facteurs pèseront dans la balance ? Les normes écologiques imposées par une communauté internationale se préoccupant bien tardivement des conséquences de son irresponsabilité énergétique ? Ou les réalités d’une démographie qui propulsera l’Afrique au rang de région la plus peuplée d’ici 2050 ? A l’heure où l’Europe et le reste du monde occidental remettent en cause leur politique énergétique et la définition même du mix énergétique, cette question se pose avec plus d’acuité que jamais.

Si pendant de nombreuses années, le charbon a été considéré comme un combustible non grata à bannir au profit de carburants comme le gaz, le GNL et autres énergies dites propres, on assiste depuis peu à une volte-face subite, conséquence d’un conflit russo-ukrainien qui n’a pas fini de rebattre les cartes en matière de pratiques consommatoires. L’Afrique observe ce ballet de conventions depuis un bon moment déjà, et pourrait se contenter du rôle de spectateur— voire en rire, si les effets directs et indirects de ces atermoiements n’affectaient pas tant ses populations. Les politiques énergétiques adoptées par nos gouvernements répondent aujourd’hui davantage à des contraintes de court terme liées aux besoins courants qu’à l’adhésion aux nobles consensus de l’énergie verte (COP26/27, Accord de Paris sur le Climat…). Et même s’ils ne sont pas absents du débat global sur l’avenir de la planète, rares sont les pays africains aptes à mettre en œuvre les recommandations formulées et atteindre les objectifs ainsi fixés. On relève bien quelques initiatives notables, comme le complexe de Noor Ouarzazate au Maroc—la plus grande centrale solaire du monde avec une capacité combinée de 582 MW—, les imposants projets hydroélectriques d’Afrique australe, l’ambitieuse ruée de la Namibie vers l’hydrogène vert…Mais malgré un immense potentiel (notamment solaire), la part des énergies renouvelables — hors hydroélectricité —en Afrique demeure extrêmement faible : environ 2,5 % du mix, contre 8 % dans le reste du monde.

Un appétit accru des investisseurs pour l’Afrique

Deux évolutions récentes semblent indiquer que cet état de fait n’est, pour l’instant, pas appelé à changer. Conséquence du conflit russo-ukrainien, les pertes de l’approvisionnement russe ont aiguisé l’appétit des investisseurs pour l’Afrique et ses réserves encore largement inexploitées. Les dernières découvertes du géant ENI dans l’offshore ouest-africain (champ Baleine en Côte d’Ivoire) et ses ambitions au Ghana et en Égypte, de même que l’entrée en production prochaine (2024) des énormes champs gaziers et pétrolifères de Yakaar-Teranga au Sénégal, confortent la tendance d’un redéploiement compensatoire vers le continent pour combler le déficit créé par la fermeture du robinet russe. Une tendance que l’on observe également aux États-Unis, où l’Oncle Sam s’est pris d’un nouvel intérêt stratégique pour les gros producteurs d’Amérique latine et du Sud.

Autre paramètre déterminant : la difficulté grandissante d’allouer des fonds aux projets verts dans un monde aux priorités si divergentes, la mise en œuvre des EnR nécessitant — à l’instar de la prospection pétrolière — des investissements conséquents sur le long terme pour un impact non immédiat et difficile à anticiper de façon certaine. Pour assurer la pérennité de ces projets, il faut donc réfléchir collectivement à des mécanismes de financement innovants et s’inspirer du modèle mixte (Fonds verts, Banque africaine de développement, Banque mondiale…) qui a notamment permis au complexe Noor de voir le jour.

Adopter une transition énergétique adaptée au continent

On peut légitimement se réjouir de l’apport à court terme de ces revenus dans les économies concernées, et appeler à une gouvernance éclairée afin que le gain macro-économique et la manne budgétaire issus de ces opérations génèrent une croissance inclusive bénéficiant au plus grand nombre, et avant tout à cette jeunesse qui croît plus vite que partout ailleurs dans le monde… Et, dans le même temps, on peut aussi faire preuve de suffisamment de recul et de clairvoyance pour adopter une transition énergétique adaptée au continent, tant sur le plan des technologies utilisées que des structures de financement. Avec un mix renouvelable de plus de 25 %, l’Afrique du Nord sera la boussole du continent en matière d’EnR, tandis que le Golfe de Guinée — particulièrement le géant nigérian — continuera de valoriser son riche patrimoine en énergies fossiles. Sur cette question, l’Afrique ira, encore et toujours, à son rythme et à sa manière…

Crédit-photo : Forbes Afrique

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