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READ DNA : Un Projet Pionnier de la Bioéthique en Afrique 

Dans un monde où les données génétiques deviennent des actifs majeurs, gouverner ses ressources biologiques n’est plus un luxe, mais une nécessité stratégique. Comment les pays africains peuvent-ils construire une souveraineté bio-informationnelle solide ? Focus sur READ DNA, une solution pour reprendre en main les données génétiques du continent. Tribune


Par Dr Jan-Cedric Hansen, praticien Hospitalier en gériatrie, administrateur de StratAdviser, Pr Jean-Marie Carrara, professeur des Universités (Université de Lille), auditeur à l’Institut des Hautes études de défense nationale (IHEDN), et Sevan Gerard, Secrétaire Général de la World Association for Disaster and Emergency Medicine (WADEM-EU), tous trois fondateurs de READ DNA.

L’économie mondiale est entrée dans une nouvelle ère, celle où la donnée biologique – et plus encore sa capacité à être interprétée –, devient un levier stratégique. L’Afrique se trouve au cœur de cette mutation. Elle possède la plus grande diversité génétique de l’humanité, mais moins de 2 % des génomes utilisés dans les bases de données internationales sont d’origines africaines. Par ailleurs, l’interprétation, le stockage et la valorisation les données prélevées sur le continent sont externalisées « out of Africa ». Le choix pour le futur est donc clair : soit rester dans un modèle d’extraction sous dépendance technologique, comme le furent en leur temps les pays du golfe arabo-persique, soit bâtir une capacité d’analyse souveraine, ancrée dans les écosystèmes locaux.

« L’Afrique […] possède la plus grande diversité génétique de l’humanité, mais moins de 2 % des génomes utilisés dans les bases de données internationales sont d’origines africaines »


Réveiller Un Géant Endormi 

Des initiatives telles que H3Africa, SickleGenAfrica ou l’African BioGenome Project ont marqué un tournant dans la prise en main par des acteurs africains de leur capital génétique. Elles démontrent que les compétences, les ambitions et les réseaux existent localement, même si des limites bien réelles persistent : les infrastructures d’analyse sont rares, la dépendance aux financements extérieurs demeure et la gouvernance partagée des data collectées reste, dans la pratique, souvent déséquilibrée.

Au-delà des moyens techniques et économiques, le défi est aussi juridique et politique. Peu de pays africains disposent à ce jour, d’un cadre clair sur la propriété des données génétiques, qu’elles soient individuelles ou collectives. Cette carence, en termes de législation, alimente une double vulnérabilité : la captation des données sans contrepartie par des tiers, et la perte de maîtrise sur leurs possibles usages futurs. De surcroît, l’interdiction de pouvoir effectuer une analyse génomique à titre privé contraint les résidents à recourir à des prestataires situés à l’étranger, mais aussi à la perte de leurs données génétiques localement. 

Ces vides réglementaires empêchent la montée en puissance d’un véritable secteur africain de la biodonnée, capable de constituer un patrimoine d’une richesse unique au monde et de le valoriser.

« Peu de pays africains disposent à ce jour, d’un cadre clair sur la propriété des données génétiques, qu’elles soient individuelles ou collectives »


Reprendre la Main Sur la Donnée Génétique

Face à cette situation, une réponse originale et immédiatement mobilisable a vu le jour : READ DNA. Développée par un groupe international de chercheurs et de praticiens réunis au sein de StratAdviser Ltd, en partenariat avec l’Université Senghor, cette méthode repose sur la congruence génétique et généalogique. Elle permet de détecter des proximités héréditaires ou des régularités biologiques, sans la nécessité de recourir aux identités nominatives, à des bases de données propriétaires ou à l’usage de sondes génétiques coûteuses dont l’élaboration nécessite un écosystème extrêmement spécifique.

READ DNA ne collecte pas, ne stocke pas, ne réidentifie pas les échantillons biologiques traités (elle travaille uniquement sur des données anonymisées, déjà séquencées par des opérateurs indépendants) et s’appuie sur des technologies disponibles dans de nombreux pays africains. Ainsi, cette technique peut être intégrée partout, sans coûts structurels majeurs. Plus qu’un simple outil de recherche ou de diagnostic, cette méthode recouvre une véritable fonction stratégique en fournissant aux États et aux institutions une intelligence structurée à partir de données biologiques. D’où la possibilité d’anticiper les vulnérabilités, d’organiser des politiques de santé ciblées, ou d’accompagner des décisions humanitaires. Son infrastructure fermée, conforme au RGPD, garantit l’intégrité des traitements et la transparence des livrables. Ainsi, READ DNA rend possible une montée locale en compétence directe, sans dépendance algorithmique ni délégation de sens à des plateformes extérieures.

« READ DNA permet de détecter des proximités héréditaires ou des régularités biologiques, sans la nécessité de recourir aux identités nominatives, à des bases de données propriétaires ou à l’usage de sondes génétiques coûteuses »


L’Afrique S’Organise Progressivement 

Pour maîtriser ses données génétiques, le continent s’organise peu à peu. Depuis 2022, le Maroc structure une politique nationale en médecine génomique qui intègre des universités et des laboratoires dans ses stratégies publiques. En Afrique de l’Ouest, SickleGenAfrica combine actuellement recherche biomédicale et données locales pour éclairer les politiques de prévention de la drépanocytose. De leur côté, le Rwanda, le Nigéria et l’Afrique du Sud renforcent leurs capacités bio-informatiques, ouvrant des perspectives de convergence entre génétique, intelligence artificielle et santé publique.

Ces mouvements signalent une volonté commune de reprendre le contrôle sur les données génétiques et d’en devenir l’interprète, l’opérateur et le décideur. Dans cette perspective, READ DNA offre un pont technologique qui permet aux pays sous-équipés de franchir un cap sans devoir engager de lourds investissements et démocratise l’intelligence bio-informationnelle, en s’ajustant aux capacités locales.

« READ DNA offre un pont technologique qui permet aux pays sous-équipés de franchir un cap sans devoir engager de lourds investissements et démocratise l’intelligence bio-informationnelle, en s’ajustant aux capacités locales »


Structurer Un Marché Africain de la Bio-Intelligence

Créer de la donnée génétique n’apporte en soi aucune valeur. Cela étant, créer de la valeur à partir des données génétiques impose une gouvernance adaptée afin d’organiser sa circulation, sa sécurisation, sa traçabilité, et son optimisation. Cela nécessite des cadres juridiques nationaux sur la propriété des biodonnées, des règles contractuelles équilibrées avec les partenaires étrangers, une infrastructure souveraine de traitement des data ainsi qu’une capacité de pilotage étatique ou régional, à la hauteur des enjeux. Par une approche décentralisée mais intégrée, READ DNA constitue un catalyseur de cette transition par la production locale de rapports de congruence, de matrices de vulnérabilités, d’identification des signaux signifiants et exploitables – sans externalisation de la valeur, au service de ceux qui y auront recours. À moyen terme, cette approche permettra d’ancrer localement des startups en bio-intelligence, de développer des services d’analyse certifiés africains, et de structurer un marché stratégique autour de l’interprétation éthique des données. Un tel secteur, encore largement vierge, pourrait devenir un pilier de la nouvelle bioéconomie africaine.



Développer une Intelligence Artificielle Dédiée

La méthode READ DNA fait l’objet d’un programme de levée de fonds auprès d’investisseurs africains. À cette fin, elle est accompagnée notamment par iCapital Ventures, banque d’affaires privée décentralisée dirigée par le financier ivoirien Achille Agbe, pour faciliter l’introduction de partenaires investisseurs qualifiés via les plateformes intégrées Liorcapital (marché primaire) et iCapitalior (marché secondaire). iCapital Ventures mobilise son expertise en corporate advisory, en gouvernance d’entreprise et en structuration d’opérations en actifs numériques (tokenisation), pour accélérer la croissance de READ DNA à l’échelle du continent africain et du reste du monde. Les fonds levés sont destinés à développer d’une part, une intelligence artificielle (IA) dédiée, afin d’industrialiser le traitement des données de READ DNA à grande échelle et d’autre part, une seconde application – encore en phase de validation – destinée à explorer le potentiel de la méthode pour le diagnostic précoce des différentes maladies neuro-évolutives. Il s’agit d’identifier, chez des patients de tout âge présentant des signes inauguraux peu spécifiques, des profils génétiques associés à un risque statistique accru. Le séquençage de ces patients est comparé à une bibliothèque de profils issus de cas confirmés, avec l’objectif de réduire le délai diagnostic (actuellement de deux à cinq ans) et de permettre des interventions plus précoces, donc potentiellement plus efficaces afin de retarder l’apparition des signes invalidants de la phase aigüe. Cette technique peut être intégrée partout, sans coûts structurels majeurs.

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