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Sandrine Ngalula Mubenga : « En RDC, le Mix Énergétique Optimal Combine Hydroélectricité, Solaire et Solutions Thermiques »

Membre du Conseil d’administration de l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité en République démocratique du Congo (ARE), Sandrine Ngalula Mubenga évoque les missions de cet organisme qui joue un rôle essentiel dans un pays au potentiel énergétique immense.

Propos recueillis par Patrick Ndungidi


Forbes Afrique : Quel est le Rôle de l’Autorité de Régulation de L’électricité ?

Sandrine Ngalula Mubenga : Le rôle de l’ARE est de réguler le secteur de l’électricité en République démocratique du Congo, conformément aux 21 missions définies par la loi n° 14/011, qu’on peut regrouper en cinq grandes catégories.

La première consiste à délivrer les titres nécessaires pour exercer dans le secteur : production, transport, distribution, commercialisation, importation et exportation. Tout opérateur doit obtenir l’autorisation de l’ARE pour intervenir légalement.

La deuxième mission est la protection des droits des consommateurs et des opérateurs. L’ARE intervient en cas de conflit, qu’il s’agisse de problèmes avec un opérateur ou de différends entre opérateurs sur les zones de distribution. Le troisième rôle est technique : garantir la conformité aux normes et standards du secteur. Les opérateurs ne peuvent mettre leurs installations en service qu’après obtention d’un certificat de conformité, essentiel pour la sécurité et la prévention des risques.

La quatrième mission est d’assurer l’accès au marché et la concurrence équitable, en facilitant l’entrée des sociétés privées et en protégeant les investissements, tout en évitant les monopoles.

Enfin, l’ARE veille à la véracité des tarifs appliqués aux consommateurs. Les prix doivent refléter les coûts réels et être basés sur la consommation effective, conformément à la loi.


Vous Parlez De l’Autorité de Régulation du Secteur « de L’électricité ». Pourquoi ne pas Avoir Choisi le Terme « Énergie » de Manière plus Générale ?

S. N. M. : Le terme « énergie » est très vaste, incluant l’électricité, le pétrole, le gaz, la biomasse, la vapeur, et parfois l’eau utilisée à des fins énergétiques. En RDC, nous avons choisi de créer l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité, tandis qu’une autre autorité gérera le secteur de l’eau, afin d’assurer une régulation spécialisée.

Nous distinguons les énergies renouvelables (solaire et hydroélectricité, souvent à petite échelle via des mini-centrales), et les énergies non renouvelables, comme les centrales thermiques fonctionnant aux produits pétroliers. L’ARE se concentre exclusivement sur la production et la régulation de l’électricité, quelles que soient les sources utilisées.


Comment se Présente Actuellement le Secteur de l’Électricité en RDC ?

S. N. M. : Lorsque nous avons pris la direction de l’ARE en 2020, la capacité installée nationale était d’environ 2 972 MW. Fin 2025, elle atteignait 4 133 MW, soit une augmentation de 39 %. L’hydroélectricité reste la source dominante, représentant près de 82,8 % de cette capacité. Grâce au potentiel exceptionnel de la RDC estimé à 100 000 MW, le pays développe à la fois de grands barrages et des mini-centrales pour électrifier les zones rurales.

Le solaire contribue à environ 7 % du mix, essentiellement via de vastes centrales photovoltaïques, rapides à déployer et adaptées aux régions minières comme Kolwezi. Les centrales thermiques représentent environ 10 %, principalement pour alimenter certaines villes intérieures, et les kits solaires résidentiels, encore modestes, représentent 0,2 % du mix électrique national.


Et Quel est le Taux D’accès à L’Électricité ?

S. N. M. : La RDC compte aujourd’hui environ 107 millions d’habitants. Le taux d’accès reste faible, autour de 10,4 %, en raison de la forte croissance démographique. Le taux de desserte est passé de 17 % en 2020 à 29 % fin 2025, grâce à l’augmentation des installations, au soutien du régulateur et à la mise en place de nouvelles règles favorisant l’investissement. Cependant, pour répondre à la demande croissante, il est essentiel de développer des mégaprojets capables de combler le déficit actuel et d’anticiper la croissance démographique. En 2025, l’ARE a examiné 115 projets, qui s’ajoutent à ceux approuvés depuis 2020, dont beaucoup sont encore en construction ou en finalisation.


À Combien est Évalué le Déficit Énergétique Actuellement ?

S. N. M. : Il est estimé à plus de 2 000 MW dans le sud du pays et jusqu’à 4 000 MW à l’échelle nationale. Résorber ce déficit est crucial pour soutenir la production industrielle et renforcer l’économie du pays.


Combien D’opérateurs Exercent dans le Secteur Actuellement ?

S. N. M. : Aujourd’hui, environ une cinquantaine d’acteurs détiennent des titres dans le secteur de l’électricité en RDC, un chiffre en constante évolution. Rien qu’en 2025, l’ARE a traité 115 dossiers, représentant un potentiel additionnel de plus de 2 272 MW à intégrer au mix énergétique d’ici 2030. Si tous ces projets se concrétisent, ils permettront de combler le déficit énergétique actuel et même de générer un surplus.

La croissance la plus marquée se situe dans les zones minières. Depuis 2020, le secteur s’est structuré : les opérateurs échangent, partagent leurs expériences et étendent leurs activités vers le centre et le sud du pays, notamment à Mbuji-Mayi, Kolwezi et Lubumbashi. Cette dynamique montre qu’un opérateur performant peut reproduire son modèle ailleurs, favorisant l’électrification et le développement durable du secteur.

Parmi les projets récents : Cre-Seko pour une minicentrale hydroélectrique de 2 MW, Green World Energie pour un centrale solaire photovoltaïque de 200 MW, et CrossBoundary Energy pour une centrale de 233 MW. Ces initiatives illustrent l’essor rapide des centrales solaires photovoltaïques dans le pays.


Quels Sont les Critères d’Attribution des Titres à un Opérateur ?

S. N. M. : En RDC, la loi prévoit plusieurs régimes pour exercer dans le secteur de l’électricité : la licence, la concession, l’autorisation et le régime de liberté. Le choix dépend de la capacité installée et de l’intérêt stratégique du projet.

Les licences concernent les grandes centrales, généralement supérieures à 1 MW, développées sur fonds propres. Les concessions, souvent en partenariat public-privé, combinent un terrain mis à disposition par l’État et un financement privé, après appel à manifestation d’intérêt pour garantir transparence et concurrence.

L’autorisation s’applique aux projets intermédiaires, entre 100 kW et 1 MW, correspondant à la majorité des centrales solaires. Le processus est simplifié et plus rapide que pour les licences ou concessions. Le régime de déclaration est utilisé pour l’autoproduction dans le domaine public d’une puissance entre 51 kW et 100 kW. Enfin, le régime de liberté concerne les très petites installations, en dessous de 50 kW, avec des formalités minimales. L’ARE encourage néanmoins la déclaration de toutes les productions pour disposer d’une vision complète du parc électrique national.

Ainsi, ces quatre régimes assurent un équilibre entre flexibilité, sécurité juridique et transparence pour les investisseurs.


Quel est le Rôle de l’ARE dans le Projet Grand Inga ?

S. N. M. : L’ARE joue un rôle actif dans la promotion internationale du projet hydroélectrique Grand Inga, l’un des plus ambitieux au monde. Dès ses premières années, l’Autorité a adopté une approche analytique et scientifique, collectant des données, analysant les tendances et publiant des rapports annuels avant de prendre position publiquement.

Cette observation a montré une multiplication des petits projets, notamment solaires, mais la croissance démographique absorbait en grande partie les gains en capacité installée. C’est pourquoi l’ARE a souligné la nécessité de lancer Grand Inga, afin de passer d’une logique de rattrapage à une logique d’anticipation et de disposer d’une capacité suffisante pour soutenir durablement le développement du pays.

Le projet, estimé à environ 14 milliards de dollars, nécessite un financement et un temps considérables. En parallèle, le développement de mini-centrales hydroélectriques et d’autres énergies renouvelables reste indispensable pour diversifier le mix énergétique et répondre aux besoins immédiats.


Quel est le Meilleur Choix pour la RDC : Solaire ou Hydroélectricité ?

S. N. M. : Il faut un mix énergétique. Comprendre le besoin d’un mix énergétique en RDC passe par l’analyse du profil de charge, c’est-à-dire l’évolution de la consommation d’électricité au cours d’une journée. La demande est faible la nuit, augmente le matin avec le démarrage des activités, atteint un pic en soirée lorsque les ménages utilisent simultanément éclairage, appareils électroménagers ou climatisation, puis diminue progressivement.

Certaines sources, comme les centrales thermiques, assurent la charge de base avec une production constante et prévisible. Les énergies renouvelables, elles, sont souvent intermittentes : le solaire dépend de l’ensoleillement, l’hydroélectricité du niveau des eaux et l’éolien du vent. Cette variabilité rend nécessaire la complémentarité des sources.

Aucun pays ne peut se reposer sur une seule technologie. En RDC, le mix optimal combine hydroélectricité, solaire et, si nécessaire, solutions thermiques ou stockage. Cette diversité permet de répondre aux variations de la demande tout en renforçant la résilience du système électrique. Elle constitue un atout majeur pour le pays, comparé à d’autres nations moins dotées en ressources énergétiques.


Quels sont les Types de Projets que vous Recevez ?

S. N. M. : Actuellement, la majorité des projets que nous recevons sont liés aux énergies renouvelables, principalement hydroélectricité et solaire. En 2025, notre portefeuille de projets représente environ 2 272 MW. Pour la première fois cette année, au sein des projets en cours, l’hydroélectricité atteint 55 %, et le solaire 45 %, ce qui montre la progression significative du solaire dans le mix énergétique.


Quel est le Coût de L’électricité en RDC ?

S. N. M. : Le coût de l’électricité dépend de plusieurs facteurs le long de la chaîne de production et de distribution. La production varie selon la technologie : l’hydroélectricité est relativement peu coûteuse, le solaire dépend de la taille de la centrale, et les centrales thermiques au diesel sont très chères à cause du carburant nécessaire quotidiennement.

L’électricité doit ensuite être transportée via des lignes qui peuvent appartenir à l’opérateur ou à un autre fournisseur, ce qui influence le tarif final. Enfin, la distribution comprend l’entretien des poteaux, des câbles et des compteurs électriques, et ces coûts sont également intégrés dans le prix payé par le consommateur.

En RDC, les tarifs basse tension varient entre 7 cents le kWh à 60 cents le kWh, selon le type de central. Concernant le solaire, plus la centrale est grande, plus le tarif devient compétitif pour le consommateur.

Ainsi, un mix énergétique est essentiel. L’hydroélectricité fournit la base stable de la consommation, le solaire apporte flexibilité et diversification, et les solutions thermiques peuvent compléter le système lors des pics de demande. Ce mélange permet de répondre efficacement à la demande croissante et d’adapter la production au profil de charge de la population.


Quels Projets Mène l’ARE Actuellement ?

S. N. M. : L’ARE mène de nombreuses initiatives pour renforcer la régulation et améliorer l’accès à l’électricité en RDC. Elle encourage le déploiement des compteurs prépayés pour permettre aux consommateurs de mieux gérer leur consommation et accompagne les opérateurs pour garantir des tarifs équitables et conformes à la réglementation. Elle soutient également le développement de mini-centrales hydroélectriques et solaires dans les zones mal desservies, diversifiant ainsi le mix énergétique et renforçant la résilience du réseau.

L’autorité suit de près les grands projets, comme Grand Inga, pour anticiper la croissance de la demande et sécuriser l’approvisionnement à long terme. Malgré des contextes difficiles, notamment à l’Est où son bureau à Goma a été vandalisé, l’ARE continue de protéger les consommateurs et de développer durablement le secteur électrique. Pour faciliter les échanges avec les opérateurs, un système de project manager a été mis en place, offrant un point focal permanent pour le suivi des projets.

L’ARE a également implémenté le permis unique pour les mini-réseaux et créé un cadre de concertation avec les industriels et la Fédération des entreprises du Congo (FEC) pour répondre au déficit énergétique.

De nombreuses entreprises minières ont d’abord eu recours à l’importation d’électricité, mais nous les encourageons à produire localement dès que possible. Cela a favorisé le développement de centrales solaires photovoltaïques directement sur les sites miniers, contribuant à stabiliser le système électrique national. L’importation reste possible temporairement, mais la production locale est prioritaire pour garantir l’autonomie énergétique.

Au niveau régional, grâce à sa grande compétence, l’ARE avait obtenu en 2022 que le siège de la Commission régionale de régulation de l’électricité de l’Afrique centrale (CORREAC) soit à Kinshasa. Il s’agit de la première institution de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) qui sera installée en RDC. L’ARE a assure un suivi assidu et rempli les obligations nécessaires, et nous sommes heureux d’annoncer que l’unité de démarrage de la CORREAC sera installée à Kinshasa en février 2026. Dans un premier temps, la CORREAC sera temporairement logée dans notre siège de l’ARE en attendant que le gouvernement mette un bâtiment à leur disposition comme promis par le ministère des Ressources hydrauliques et de l’électricité et le ministère de l’Intégration régionale. Le fait que l’ARE ait obtenu que la CORREAC soit la première institution de la CEEAC basée en RDC est une vraie victoire géopolitique.


Quels sont ces Projets d’Importation ?

S. N. M. : Parmi les projets d’importation, certains concernent l’Angola et la Zambie, notamment via Zesco, ainsi que le Congo-Brazzaville. Ces échanges, bien que limités pour l’instant, sont légaux et chaque opérateur dispose des documents nécessaires. Le projet avec l’Angola s’inscrit dans le cadre de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), dans le projet de la boucle énergétique reliant l’Angola, la RDC et le Congo-Brazzaville. L’ARE fournit les données, standards et informations sur la réglementation nationale pour harmoniser les échanges entre pays aux règles différentes.

Cette démarche s’inscrit dans un projet plus large d’intégration régionale. En partenariat avec la BAD, nous sommes en train de créer un code réseau pour sécuriser les interconnexions électriques en RDC, un outil indispensable pour encadrer les échanges transfrontaliers.

Parallèlement, nous menons des études tarifaires pour les mini-réseaux afin de déterminer des prix adaptés à chaque type de réseau. Nous travaillons également à un projet de suivi de la qualité de l’électricité (fréquence et durée des coupures, nombre de personnes affectées), permettant de créer des benchmarks et d’établir des règles claires pour les opérateurs. Si un opérateur dépasse certains seuils de coupures, des sanctions financières pourront être appliquées. Nous avons déployé des capteurs qui font le monitoring en temps réel de la qualité de l’électricité sur le territoire national.

Ce suivi, déjà expérimenté dans l’Est, est actuellement déployé à Kinshasa. Nous mettrons progressivement en place des règles strictes pour améliorer la qualité du service et collecterons chaque année des données pour mesurer les évolutions, identifier les causes d’éventuelles dégradations et proposer des solutions adaptées. C’est un travail de long terme dans lequel l’ARE est pleinement engagée.




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