Avec une façade océanique d’environ 40 kilomètres sur l’Atlantique, la République démocratique du Congo (RDC) apparaît comme un pays « maritime malgré lui ». Mais dans un contexte de réformes économiques et d’investissements massifs, le secteur est en train de se transformer en levier crucial de croissance, de compétitivité et de souveraineté économique.
Par Marie-France Réveillard
Le port de Matadi représente l’épine dorsale du commerce extérieur congolais. Selon les estimations, son chiffre d’affaires est passé de 60 à 95 millions de dollars en 2023, grâce à l’augmentation du trafic de conteneurs.
Pour accompagner sa montée en puissance, la RDC a engagé plusieurs investissements stratégiques comme la modernisation du terminal à conteneurs, confiée au groupe Eiffage, avec un budget d’environ 100 millions d’euros destinés à agrandir les quais, renforcer les plateformes logistiques et fluidifier le trafic de marchandises.
Mais la véritable révolution maritime s’articule autour du port en eaux profondes de Banana. Ce futur port océanique, développé sur les bases d’un partenariat entre l’État congolais et l’opérateur global DP World (filiale de Dubai World), est conçu pour accueillir de grands porte-conteneurs internationaux directement depuis l’Atlantique, sans transbordement. Avec une capacité prévue de 450 000 EVP par an et plus de 30 hectares de zones de stockage, Banana vise à offrir au pays une « porte maritime unique » vers le monde, qui serait capable de réduire de 30 à 40 % les coûts logistiques pour les entreprises congolaises.
La RDC a également conclu des accords pour la création de ports secs et terminaux logistiques transfrontaliers avec la Tanzanie, destinés à décongestionner les chaînes de distribution et à fluidifier les échanges avec l’Afrique de l’Est.
Accélération des Investissements dans l’Économie Portuaire
Sur le plan financier, les investissements étrangers témoignent de la confiance grandissante dans le potentiel maritime congolais. British International Investment s’est engagée à hauteur de 35 millions de dollars aux côtés de DP World pour la première phase du port en eau profonde, un projet qui devrait générer plus de 1,1 milliard de dollars de commerce additionnel et près de 85 000 emplois directs et indirects.
Malgré ces progrès, plusieurs défis subsistent : la nécessité d’achever les infrastructures routières et ferroviaires connectant les ports aux zones industrielles, la modernisation des services douaniers, ou encore la formation d’une main-d’œuvre qualifiée. La création annoncée d’une banque maritime régionale de développement pour 2026 atteste de la volonté des autorités de renforcer les capacités institutionnelles du secteur.
À l’aube de la prochaine décennie, l’économie maritime en RDC n’est plus un simple segment logistique isolé, mais un pôle stratégique d’intégration économique, de création d’emplois et de transformation structurelle.

Lire aussi :