À la tête d’Alba Fishing, filiale mauricienne du groupe Albacora, Vageesh Ramduny incarne une nouvelle génération de dirigeants capables d’allier héritage entrepreneurial, discipline d’exécution et vision industrielle. À travers la montée en puissance de cette filiale du groupe Albacora, le jeune directeur général défend une ambition qui dépasse l’entreprise : faire de Maurice un hub régional de référence pour une économie bleue plus intégrée, plus créatrice de valeur et plus durable.
Dans la pêche hauturière, la crédibilité se mesure moins au titre qu’à la capacité à tenir la barre dans un environnement mouvant, réglementé et capitalistique. À ce jeu, Vageesh Ramduny avance avec une ligne claire. À la tête d’Alba Fishing depuis 2022, il pilote une activité qui opère trois navires de pêche – Albacan, Cape Coral et Galerna Lau – appuyés par le navire ravitailleur Haizea Hiru, sur plusieurs zones stratégiques de l’océan Indien, de Maurice aux Seychelles en passant par Madagascar, la Tanzanie, les Comores, le Kenya et la haute mer.
De l’Héritage à l’Action
L’entreprise a enregistré 34 000 tonnes de captures en 2025, contre 26 000 en 2024, avec une flotte valorisée à 39,35 millions d’euros. Des chiffres qui donnent immédiatement la mesure des responsabilités assumées par son dirigeant. « Ma crédibilité ne tient pas à mon âge, mais à la manière dont j’exerce mes responsabilités au quotidien », résume-t-il. Issu d’une famille d’entrepreneurs, le dirigeant mauricien revendique un socle de travail, de discipline et de lecture du risque. Un héritage assumé, qu’il choisit de mettre à l’épreuve du réel en prenant directement des responsabilités opérationnelles. « À un moment, j’ai ressenti le besoin de construire quelque chose qui me soit propre, non pas en rupture avec l’héritage familial, mais dans son prolongement », explique-t-il. Cette évolution s’est surtout construite dans l’action, avec le choix d’un secteur plus exposé, plus industriel, plus complexe, et l’obligation de laisser les résultats parler. Son associé Loinaz Eguiguren Imanol, directeur de flotte chez Albacora, y voit d’ailleurs « une combinaison rare d’adaptabilité, de discernement et de vision à long terme », saluant sa capacité à comprendre « non seulement les réalités commerciales de l’activité, mais aussi les dimensions institutionnelles, relationnelles et stratégiques essentielles à la construction d’un projet durable ».
« Ma crédibilité ne tient pas à mon âge, mais à la manière dont j’exerce mes responsabilités au quotidien »
Changer d’Échelle avec Méthode
La trajectoire d’Alba Fishing en témoigne clairement. Les volumes capturés sont passés d’environ 5 000 tonnes en 2022 à 34 000 tonnes en 2025, tandis que le chiffre d’affaires s’établit à 41,8 millions d’euros en 2024, contre 5,8 millions en 2022 selon l’entreprise. Une progression rapide, portée notamment par le thon skipjack (également appelé thon listao ou bonite rayée), mais que le dirigeant refuse de lire comme une simple course à la taille.
« La croissance ne doit jamais être une fin en soi. Elle doit être la conséquence naturelle d’une organisation robuste, disciplinée et capable de tenir dans la durée », insiste-t-il. Dans un secteur soumis aux quotas, aux licences, aux certifications, à la volatilité des prix et aux tensions logistiques, le vrai marqueur de leadership tient dans la capacité à arbitrer vite sans désorganiser l’ensemble.

Alba Fishing, Un Acteur de Référence
Lorsqu’une conserverie locale ne peut absorber la totalité des volumes, Alba Fishing doit par exemple rediriger en quelques heures jusqu’à 1 000 tonnes de thon, soit près de 40 conteneurs, vers l’Europe ou l’Indonésie. « Ce sont des arbitrages à très forte valeur », souligne le chef d’entreprise. Une agilité qui, selon Shervin C. Narrainen, PDG de Parker Russell Mauritius, conseiller fiscal et en stratégie d’entreprise, repose sur une qualité rare : « Malgré son jeune âge, Vageesh a constamment fait preuve d’une vision remarquable, de résilience et de leadership ».
Au-delà de sa croissance, Alba Fishing s’inscrit déjà comme un levier structurant de la filière. L’entreprise se présente, selon ses propres données, comme le principal fournisseur d’une conserverie locale et indique avoir livré plus de 100 000 tonnes de thon sur les cinq dernières années. Elle s’appuie également sur les standards opérationnels, l’expérience thonière et les outils industriels du groupe Albacora, fort de plus de 50 ans d’expérience dans le secteur, tout en conservant un ancrage mauricien fort.
Pour Vageesh Ramduny, l’enjeu n’est pas seulement de pêcher davantage, mais de capter plus de valeur localement. « Je suis convaincu que l’Ile Maurice a le potentiel pour être non seulement un hub de débarquement, mais aussi un pôle de transformation de référence dans l’océan Indien », affirme-t-il. Son projet le plus structurant pour les trois à cinq prochaines années : l’ouverture d’une nouvelle unité de transformation orientée vers des segments premium, notamment le « sashimi grade » (qualité premium destinée à la consommation crue).

Une Ambition Élargie
Avec une zone économique exclusive de plus de 2,3 millions de km², Maurice dispose d’un actif maritime hors norme à l’échelle de son territoire. Pour le directeur général d’Alba Fishing, l’économie bleue peut devenir l’un des grands moteurs de croissance du pays, à condition de dépasser une logique de transit pour renforcer la transformation, les services maritimes, la chaîne du froid, la certification, la traçabilité et, à terme, l’aquaculture. Autrement dit, passer d’une logique d’exploitation à une logique d’écosystème.
Sa formule résume la philosophie du projet : « Faire d’Alba Fishing un acteur utile à une ambition plus grande, celle d’aider Maurice à s’affirmer comme une véritable référence de l’économie bleue dans l’océan Indien ». Une vision de long terme, où la trajectoire de Vageesh Ramduny s’inscrit dans une conception exigeante du rôle de l’entreprise : produire, structurer, et laisser derrière soi plus qu’un bilan annuel.
Chiffres Clés
34 000 tonnes de captures en 2025
39,35 M€ d’actifs de flotte
41,8 M€ de chiffre d’affaires en 2024
3 navires de pêche + 1 navire ravitailleur
100 000+ tonnes livrées à une conserverie locale sur 5 ans
2,3 millions de km² de zone économique exclusive pour l’île Maurice

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