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Anna Getaneh, promotrice du made in Africa

Lancée en 2012, la maison de mode African Mosaique se veut un espace dédié à la valorisation des créations éthiopiennes, et plus largement africaines. Une ambition portée avec succès par l’ex-mannequin Anna Getaneh, fondatrice du label. Portrait.

Par Elyas Haddad

C’est dans la maison de son enfance, située à Addis-Abeba et bâtie par son père, que l’ex-modèle Anna Getaneh a choisi d’installer la boutique phare de sa marque de mode African Mosaique. L’usine de production et le centre de conception de l’enseigne- où sont dessinés, conçus et présentés les modèles- sont quant à eux installés à Legetafo (périphérie d’ Addis-Abeba) sur un terrain s’étendant sur 10 000 m2. Plus qu’un projet, cette initiative est un rêve mûri pendant que la top éthiopienne effectuait ses années de mannequinat entre Paris et New York, époque où elle défilait pour les plus grands stylistes, dont Yves Saint-Laurent.

Aujourd’hui, la fondatrice d’African Mosaique veut utiliser la mode comme outil de développement en faveur de son pays d’origine, l’Éthiopie, mais aussi, plus largement, de l’Afrique. « Vous entendez parler de travail artisanal dans le reste du monde, et cela est considéré comme du luxe — la couture est entièrement réalisée à la main, par exemple. Or, ici, cette valorisation n’est pas acquise », rappelle-t-elle. 

« Lors de mes années passées dans l’industrie de la mode, j’ai constaté que les Africains étaient très peu représentés. La présence de l’Afrique était très vague » 

Il faut dire que l’entrepreneuse connaît son sujet. Fille d’un diplomate de carrière et d’une créatrice de mode, la patronne d’African Mosaique est née en Suède et a grandi dans pas moins de huit pays différents, avant de se lancer dans le mannequinat. Au total, Anna Getaneh aura passé une dizaine d’années à défiler entre l’Europe et les États-Unis. Une période qui lui aura permis d’observer la relative absence du continent dans cet univers très glamour. « Lors de mes années passées dans l’industrie de la mode, j’ai constaté que les Africains étaient très peu représentés. La présence de l’Afrique était très vague », se souvient l’ex-modèle, par ailleurs initiatrice de l’Ethiopian Children Fund Project, un fonds dédié à la lutte contre la pauvreté, au profit des enfants éthiopiens.

Une maison de mode qui produit et promeut les créations et les talents africains

Très vite, Anna Getaneh veut faire davantage. Pour cela, elle s’appuie sur l’univers qu’elle connaît le mieux : la mode. C’est ainsi que naît son label African Mosaique, les locaux de l’entreprise étant installés dans un premier temps à Johannesburg (Afrique du Sud) avant d’être relocalisés en 2012 à Addis-Abeba. Depuis, la maison de mode n’a cessé de produire et valoriser les créations et talents africains. Outre la commercialisation des produits, cette promotion se concrétise également par un festival de mode annuel, un centre de design, un magazine de mode et enfin, un incubateur destiné à soutenir les talents émergents. Une fierté pour Anna Getaneh, dans la mesure où cette dernière structure a pour vocation d’aider les jeunes stylistes à lancer leur propre marque en les accompagnant à chaque étape — du développement des compétences à la production, en passant par l’élaboration de business plans.

« Notre objectif est de fournir des avantages significatifs à l’économie africaine en monétisant les valeurs associées à la tradition, l’histoire, le patrimoine et la créativité, qui restent largement inexploitées »

« Notre objectif est de fournir des avantages significatifs à l’économie africaine en monétisant les valeurs associées à la tradition, l’histoire, le patrimoine et la créativité, qui demeurent largement inexploités […] », explique la dirigeante d’African Mosaique, convaincue que le made in Africa est l’avenir du continent. Il n’empêche, nombre de défis restent à relever. « Les designers, à travers l’Afrique, restent confrontés à des contraintes telles que le manque de soutien institutionnel, le manque de formations adaptées, d’approvisionnement en matières premières, d’équipements matériels et d’une bonne compréhension des désirs et des normes des consommateurs », détaille-t-elle, lucide.

Forte de ce constat, la fondatrice d’African Mosaique a décidé de construire une unité intégrée de production industrielle et de formation dans la capitale éthiopienne. La maison de mode travaille également sur le volet du commerce en ligne et ambitionne de lancer des points de vente dans plusieurs autres pays africains. Le label se veut ainsi le fer de lance de la croissance d’un mouvement destiné à créer une industrie de la mode africaine. « Ma vision est un rêve, celui de créer des designs contemporains intemporels africains, de fabriquer des accessoires de mode de classe mondiale, de s’approvisionner sur l’ensemble du continent, de construire des ponts et des collaborations, et finalement d’élaborer une marque de luxe véritablement et uniquement africaine », conclut Anna Getaneh.

Crédit-photo : Michel Temteme

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