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Changpeng Zhao : « La blockchain n’implique pas une réduction des pouvoirs régaliens des États »

Changpeng Zhao ©Maxime Lenik

De passage à Abidjan début juillet, le fondateur de Binance, Changpeng Zhao s’est entretenu avec les équipes de Forbes Afrique auxquelles il a précisé ses projets et ambitions pour le continent. Morceaux choisis.

Propos recueillis par Michée Dare

En tournée en Afrique de l’Ouest début juillet (à Abidjan et Dakar), le fondateur de la plateforme d’échange de cryptomonnaies Binance, Changpeng Zhao, s’est entretenu avec les présidents MackySall et Alassane Ouattara pour les convaincre d’engager des réformes visant à démocratiser l’utilisation des cryptomonnaies. Pour le crypto-entrepreneur sino-canadien, c’est une certitude : l’Afrique est définitivement prête pour l’adoption des actifs numériques.

C’est dans ce cadre que Binance a conclu un partenariat avec JokkoLabs, un réseau d’espaces de « co-working » dédié à la recherche et à l’innovation en faveur de l’éclosion des start-up. Ce partenariat devrait notamment permettre de renforcer les efforts de sensibilisation et d’éducation sur la blockchain à travers l’Afrique francophone. « Ensemble, nous renforcerons la région en tant que pôle d’innovation et d’entrepreneuriat blockchain », a affirmé celui que tout le monde appelle « CZ » et qui pour Forbes Afrique est longuement revenu sur ses ambitions africaines. Entretien.

Forbes Afrique : S’agissant de l’Afrique, y a-t-il des initiatives particulières que vous avez impulsées sur le continent et que représente le continent en termes de clients ?

Changpeng Zhao : Nous insistons beaucoup sur le volet éducation sur notre plateforme afin que nos utilisateurs aient un niveau de connaissance appréciable sur les actifs qu’ils négocient. La Binance Academy propose 3 à 4 programmes d’éducation à l’intention des utilisateurs. Ces programmes disponibles en plusieurs langues s’étendent des cryptomonnaies à la blockchain en général. Il y a aussi, la Binance Master Class, qui a été lancée en Afrique avec des programmes individuels très pointus. Elle a offert plus de 250 cours en 2018 au profit de plus de milles utilisateurs sur le continent. Tous ces dispositifs visent à sensibiliser les utilisateurs à un trading responsable. Quant à nos utilisateurs africains, on évalue leur nombre à un peu plus de dix millions. Ce sont en général des hommes (plus que de femmes) âgés de 20 à 45 ans. Notre plateforme leur offre une plus large accessibilité aux services financiers que les banques et à des taux très compétitifs.

Forbes Afrique : Quel est aujourd’hui le chiffre d’affaires de Binance ? Et que représente l’Afrique par rapport à votre volume global d’activité ?

Changpeng Zhao : En réalité, il est difficile de donner un chiffre précis dans la mesure où Binance est une plateforme d’échanges d’une variété de cryptomonnaies dont les cours fluctuent incessamment. Cependant, en termes de volumes de transactions, Binance a enregistré plus de 31.000 milliards de dollars de transactions en 2021. Ce qui fait d’elle la plateforme de trading de cryptomonnaies la plus utilisée au monde. Cependant, il faut reconnaître que les volumes provenant des pays africains restent encore marginaux. Cependant, cela ne change en rien le fait que le continent africain offre des perspectives très prometteuses dans ce secteur. C’est aussi pour cela qu’il représente pour nous un marché très intéressant. Quant aux marchés nationaux les plus dynamiques, le Nigeria est aujourd’hui le marché le plus actif sur le continent, suivi de l’Afrique du Sud qui se distingue aussi de plus en plus.

Forbes Afrique : Les mesures prises par certains régulateurs africains et visant à bannir l’usage des cryptomonnaies n’ont-elles pas quelque peu enrayé la dynamique de ce marché ?

Changpeng Zhao : Les régulateurs nationaux ont en premier lieu pris des mesures interdisant les transactions en cryptomonnaies via le réseau bancaire. Cela n’empêche pas les individus de continuer à utiliser les cryptomonnaies telles que le bitcoin. En réalité, ce genre de mesure a un effet amplificateur sur les volumes de transactions en cryptomonnaies. Cela s’explique entre autres raisons par le fait que le taux de bancarisation reste faible dans la plupart des pays africains comparativement à la proportion de gens détenant un portefeuille électronique.

Forbes Afrique : Que propose Binance à ses utilisateurs afin de se prémunir de la forte volatilité que connaît actuellement le marché des cryptomonnaies ?

Changpeng Zhao : En général, les stablecoins permettent d’amortir ce genre de choc. Ceci dit, ces fortes volatilités n’affectent pas tant les investisseurs. En effet, ceux-ci s’inscrivent dans une logique de détention à long terme de leurs actifs. C’est aussi pour cela que nous insistons beaucoup sur l’éducation afin que nos utilisateurs aient véritablement conscience des conséquences de leurs choix. Quant aux spéculateurs, ils ont besoin de volatilité pour mener leur activité qui n’aurait plus sa raison d’être s’il n’y avait pas de volatilité sur le marché.

Forbes Afrique : Qu’en est-il de la blockchain ? Binance prévoit-il de développer des projets liés à cette technologie en Afrique ?

Changpeng Zhao : Autant internet permet aux personnes d’avoir un plus large accès à l’information autant la blockchain leur permettra d’accroître leur accès à des services financiers toujours plus innovants. L’Afrique a une avance notable en matière de mobile money et Binance compte développer davantage ce segment. C’est aussi pour cela que nous misons sur plusieurs start-up dont certaines en Afrique. Nous avons récemment conclu un partenariat avec JokkoLabs, une start-up basée au Sénégal.

Forbes Afrique : Quel est votre avis sur des pays comme la République centrafricaine qui adoptent le bitcoin comme monnaie nationale ?

Changpeng Zhao : Je pense que c’est une stratégie gagnante sur le long terme. Cela contribuerait à développer davantage l’économie de ces pays, car elle permettrait aux opérateurs économiques de ces pays d’avoir accès à des marchés plus larges, de lever plus facilement des fonds extérieurs à travers la blockchain à des taux plus avantageux. C’est aussi l’occasion pour moi de rassurer les régulateurs sur le fait que la blockchain n’implique pas une réduction de leur pouvoir régalien. Celui-ci sera au contraire davantage renforcé à mesure que leur pays aura une économie plus forte. Et la technologie blockchain concourra fortement à développer leur économie. Cette tournée que nous entamons en Afrique va aussi dans ce sens.

Forbes Afrique : Un dernier mot sur vos projets en cours en Afrique…

Changpeng Zhao : Nous comptons promouvoir davantage la blockchain et toutes les opportunités qu’elle offre. En particulier, nous comptons développer l’offre de services en Afrique. Par exemple, il est aujourd’hui possible en Europe et aux États-Unis d’échanger des monnaies fiduciaires (dollar américain, euro) contre des crypto-monnaies (solutions « on-ramp » en anglais). Cela n’est pas encore possible en Afrique et nous y travaillons.

Pour l’heure, la plupart de nos utilisateurs africains utilisent notre service d’échange peer-to-peer, Binance P2P.

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