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La vie Forbes

Dj Anaïs B : « Tout est possible. L’impossible prend juste plus de temps. »

Dans une industrie encore largement dominée par les hommes, DJ Anaïs B a su creuser son sillon avec audace et détermination. Aujourd’hui plébiscitée dans le monde entier pour sa maestria aux platines et son univers métissé, cette amazone du rythm’n’mix défie les stéréotypes, qui ont la vie dure dans le milieu du DJing. Portrait. 

PAR RICARDO VITA

Anaïs B n’aime pas qu’on l’appelle « DJette » : « C’est hyper réducteur ! Ce suffixe est employé en langue française pour parler d’une version miniature de quelque chose, genre voiturette pour voiture, amourette pour amour. Les femmes DJ ne sont pas la version réduite du métier de DJ, il faut nous prendre au sérieux ! » Née à Paris d’un père guadeloupéen et d’une mère d’origines sénégalaise et allemande, cette admiratrice de Grace Jones et Erykah Badu s’est imposée en moins de dix ans comme une référence incontournable de la musique urbaine. Réputée pour ses qualités de DJ et sa capacité à faire vibrer les foules, elle a joué dans le monde entier et électrisé certaines des plus grandes scènes parisiennes et internationales.

Cap sur le DJing

Une vie et une carrière auxquelles Anaïs ne se destinait pourtant pas, puisqu’une fois son BTS de tourisme en poche, elle s’oriente vers le domaine de l’aéroportuaire, passe un diplôme d’hôtesse de l’air et décroche un emploi chez Air Caraïbes. Premier rendez-vous professionnel manqué à cause d’un avion raté, qui repousse de six mois son intégration au sein de la compagnie. Dans l’intervalle, une petite annonce du tourneur Fred Frenchy, en quête d’une assistante, lui ouvre le chemin de sa véritable vocation. Embauchée, Anaïs s’occupe pendant deux ans de booker des artistes américains majoritairement pour l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient. Sa rencontre avec DJ Rashida — qui a notamment collaboré avec Prince, Kelis, Pharell Williams et plus récemment Bruno Mars — est une révélation. Elle s’envole pour New York, où elle apprend les rudiments du métier auprès de DJ Finesse et Étienne DeYans, fils de diplomate d’origine congolaise devenu le roi des nuits bruxelloises puis new-yorkaises après de hautes études internationales. Elle prend des cours, se familiarise avec le matériel, se fait la main, mais surtout, accompagne ses amis en soirée, où elle observe et analyse la foule et ses réactions à la musique. Dans ce milieu qui fonctionne par réseaux, ils seront nombreux à croire en elle. À raison.

« Our crown has already been bought and paid for. All we have to do is wear it. »[1]

De retour à Paris, Anaïs quitte son métier d’agent artistique et se lance sans filet de sécurité. Sortie de nulle part, elle doit se faire connaître et imposer son univers riche et métissé, teinté de Future Beats, de hip-hop, de dance hall et d’Afro house. Baptême du feu en 2013 au Queen : la couleur musicale de cette passionnée d’afrobeat — elle sera l’une des premières DJ à jouer des chansons d’Azonto, une danse originaire du Ghana apparue dans les années 2000 — séduit la scène urbaine francilienne. Suivront le Tity Twister, le VIP Room, et le Wanderlust. En 2015, elle mixe dans l’émission « Talent Street » diffusée sur France Ô, où elle rencontre son compagnon Moody Mike (alors DJ pour le groupe de hip-hop Caribbean Dandy, formé par Joey Starr et Nathy). Avec lui elle crée le duo « Bonny & Clyde Paris », qui se produira notamment à l’Olympia et au Dream Summer Festival à Cotonou.

Prisée pour sa technique et ses playlist fusion, elle n’a pas son pareil pour « lire » et faire vibrer les foules à l’unisson.

En 2016, elle participe à la seconde édition d’Afropunk Paris, célébration festive et inclusive des cultures afro-descendantes co-fondée en 2005 par James Spooner et Matthew Morgan. Séduits par sa prestation, les organisateurs lui proposent de prendre part dès l’année suivante à Afropunk Brooklyn — elle y mixera devant plus de 60 000 personnes — et Afropunk Joburg, première édition africaine de l’événement, où la magie opérera tout au long du set (qu’elle clôt par l’extrait d’un discours de Nelson Mandela), la confirmant dans son statut d’étoile de la galaxie DJ. Prisée pour sa technique et ses playlist fusion, elle n’a pas son pareil pour « lire » et faire vibrer les foules à l’unisson.

Artiste polyvalente (Anaïs est animatrice sur la chaîne de télévision BET France où elle a notamment interviewé Janet Jackson), influenceuse, fashionista (elle a collaboré avec plusieurs marques prestigieuses dont Guerlain, Louboutin, Les Galeries Lafayette, Urban Outfitters…), Anaïs B trace sa route avec passion, sans se préoccuper du qu’en-dira-t-on. Les hommes peuvent bien caracoler en tête des classements recensant les DJ les plus riches de la planète, elle, a bien mieux à offrir : cet amour qu’elle ne se lasse pas de répandre à travers le monde, son don pour le partage, et une curiosité insatiable de l’Autre. « I am eyes that sing, Smile that brightens, Touch that rings, And supplies euphoric release, I am a Grand Dame Queen Beast… »[2] 


Crédits : © Damien Paillard)_Make up by Limane, © Xavier Dollin)_Styliste_Emeline Piot, ©alleyezonit)_Styliste Emeline Piot, ©Donia

[1] « Notre couronne a déjà été achetée et payée. Tout ce que nous avons à faire est de la porter ». Citation empruntée à l’écrivain américain James Baldwin.

[2] « Je suis des yeux qui chantent, Un sourire qui illumine, Un toucher qui sonne, Je procure une délivrance euphorique, Je suis une Bête-Reine-Grande Dame… » (Extrait de Womanifesto de la chanteuse Jill Scott, entonné a capela par Anaïs en ouverture de son set sud-africain en 2017).

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