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Dorothea Von Boxberg, Brussels Airlines : “l’Afrique Subsaharienne Représente 90% De Nos Opérations Long-Courrier”

Après neuf ans d’interruption, Brussels Airlines relie à nouveau Bruxelles et Nairobi depuis le 3 juin 2024. Avec 18 destinations en Afrique subsaharienne, l’Afrique est au cœur des activités de la compagnie aérienne belge, filiale du groupe allemand Lufthansa. Dorothea von Boxberg, directrice générale de Brussels Airlines, explique à Forbes Afrique les ambitieux plans de croissance du transporteur aérien sur le continent.

Propos recueillis par Patrick Ndungidi


Forbes Afrique : Qu’est-ce qui justifie votre choix de rétablir les vols directs entre Bruxelles et Nairobi ? Et quelles sont vos attentes pour cette nouvelle liaison ?

Dorothea von Boxberg : Nous constatons un très grand intérêt dans notre marché domestique, la Belgique, pour les vols à destination du Kenya. La demande émane à la fois des voyageurs d’affaires qui recherchent une liaison directe entre la capitale européenne et Nairobi, et des voyageurs de loisirs qui sont attirés par l’effervescence de la ville et la nature du Kenya. Nos premiers vols vers Nairobi affichent complet. Nous constatons également une forte demande au départ du Kenya vers Bruxelles et nos autres liaisons vers l’Europe et outre-Atlantique pour les Kényans qui souhaitent explorer le monde, étudier ou développer leur entreprise.


Quelle est la particularité de votre nouvelle offre par rapport celle d’il y a neuf ans ?

D. V. B. : Notre offre est meilleure qu’auparavant. Nous proposons six liaisons hebdomadaires, ce qui est également intéressant pour les voyageurs d’affaires. Nous avons une meilleure connectivité vers et depuis les États-Unis et le Canada, d’où provient une grande partie de la demande. Certains vols sont proposés dans le cadre de notre joint-venture transatlantique avec Air Canada et United Airlines. Les voyageurs peuvent également combiner notre offre avec celle de Lufthansa, qui propose six vols hebdomadaires vers Nairobi.


Pourquoi le Kenya est-il un marché important pour Brussels Airlines ?

D. V. B. : Le Kenya est un marché prioritaire pour le groupe Lufthansa en Afrique de l’Est, en grande partie grâce à l’augmentation significative de la demande et à la reprise des voyages, ainsi qu’à l’immense soutien de la communauté locale dans la région. Nous continuons à renforcer notre présence dans ce pays, preuve de l’engagement du groupe Lufthansa envers le Kenya et la région dans son ensemble. Avec l’ajout des six vols hebdomadaires de Brussels Airlines vers Nairobi, Lufthansa Group proposera 17 liaisons hebdomadaires vers le Kenya à l’été 2024, dont six vols hebdomadaires de Lufthansa vers la capitale et cinq vols hebdomadaires de Discover Airlines de Francfort à Mombasa.

“Le Kenya est un marché prioritaire pour le groupe Lufthansa en Afrique de l’Est ” 


Brussels Airlines se présente comme le spécialiste de l’Afrique au sein du groupe Lufthansa. Qu’est-ce qui justifie cela ?

D.V.B. : L’Afrique est donc au cœur des activités de Brussels Airlines. Nous avons maintenant 18 destinations en Afrique subsaharienne. Ce qui représente plus de la moitié de toutes les destinations d’Afrique subsaharienne au sein du groupe Lufthansa. Celui-ci dessert 32 destinations en Afrique subsaharienne dans 26 pays, dont 18 exploitées par Brussels Airlines.

“Pour Brussels Airlines, l’Afrique subsaharienne représente 90% des opérations long-courrier en termes de capacité et de destinations”

Brussels Airlines a retrouvé sa rentabilité en 2023, également sur le réseau africain. En moyenne, en 2023, les vols long-courriers (l’Afrique et les États-Unis) ont représenté environ 40 % des revenus et 20 % de passagers. En outre, en 2023, Brussels Airlines a enregistré environ 8,2 millions de passagers. Nous ne précisons pas le nombre de passagers vers l’Afrique subsaharienne. Mais, sachant que nous avons 18 destinations vers l’Afrique subsaharienne et 2 vers les États-Unis, c’est donc bien la très grande majorité.

Bien plus, pour Brussels Airlines, l’Afrique subsaharienne représente 90 % des opérations long-courrier en termes de capacité et de destinations. Le centre de compétence Afrique du groupe Lufthansa est géré à Bruxelles. Notre expertise du continent africain est également utilisée par toutes les autres compagnies aériennes du groupe. Nous avons toujours investi dans des partenariats à long terme qui nous permettent de connaître véritablement le marché. Nous voulons être un partenaire fiable. Brussels Airlines a par exemple été la seule compagnie aérienne à continuer à voler vers et depuis la Sierra Leone, le Liberia et la Guinée pendant la crise Ebola. Dans d’autres moments difficiles, Brussels Airlines a également montré qu’elle était un véritable partenaire pour l’Afrique, ses habitants et ses économies.

“Nous avons toujours investi dans des partenariats à long terme qui nous permettent de connaître véritablement le marché”


Parlons du marché spécifique de la République démocratique du Congo. Que représente-t-il pour Brussels Airlines, qui y avait créé la filiale Korongo Airlines ? Un tel projet est-il encore possible ?

D.V.B. : La RDC est sans aucun doute très importante pour Brussels Airlines et est étroitement liée à l’histoire de la compagnie et de la Belgique. Elle a été la première destination de Sabena, notre prédécesseur en Afrique subsaharienne. 2025 marque le 100e anniversaire du premier vol de Bruxelles à Léopoldville (Kinshasa) par le pionnier belge Edmond Thieffry. Il quitte Bruxelles le 25 février 1925 et arrive à Kinshasa le 3 avril, soit 51 jours plus tard. Brussels Airlines dessert le marché avec des vols quotidiens, offre la possibilité d’achat de billets en ville, un service d’enregistrement à Kinshasa et un lounge à l’aéroport, ce qui en fait l’offre la plus complète pour nos clients en dehors de Bruxelles. En revanche, nous n’avons pas l’intention d’exploiter une compagnie aérienne locale en RDC.


Quelles sont les opportunités offertes par le marché africain ?

D. V. B. : Brussels Airlines possède une expertise de longue date sur le continent. Si nous aimons desservir les plus grands marchés ou pays, nous avons également prouvé depuis des décennies que nous pouvions relier les plus petits marchés à l’Europe, par exemple grâce à des vols triangulaires. À l’avenir, nous prévoyons d’augmenter les fréquences dans les pays que nous desservons déjà et d’offrir une plus grande part de liaisons directes sur les marchés les plus importants. La classe moyenne en expansion sur de nombreux marchés et la diaspora en Europe et en Amérique du Nord, qui souhaite rester en contact avec son pays d’origine, représentent la majeure partie de la demande pour nos vols. Mais il y a bien sûr aussi des hommes/femmes politiques, des hommes/femmes d’affaires et des ONG qui ont besoin de ces connexions. La demande les concernant est relativement régulière. Elle a par exemple repris très rapidement après la pandémie de Covid-19. L’Afrique a une population croissante et la population la plus jeune du monde. Il est évident que la demande de vols à destination et en provenance du continent africain augmentera dans les années à venir et que nous aimerions la satisfaire. En ce qui concerne l’ensemble du groupe Lufthansa, plusieurs destinations sont également desservies en raison de la forte demande de loisirs et d’entreprises au départ de l’Europe, par exemple l’Afrique du Sud ou la Namibie.


À ce sujet, quels sont les critères de Brussels Airlines pour lancer un vol long-courrier vers une destination africaine ?

D. V. B. : Le lancement d’une nouvelle liaison dépend de nombreux critères tels que la capacité disponible (avions et personnel) ou de datas (telles que les données antérieures sur le nombre de passagers, le potentiel de fret, le paysage politique, la situation géographique, l’infrastructure du pays…). Dans l’ensemble, nous avons de nombreux éléments à prendre en considération, mais dès le départ, les plus importants sont la situation du trafic et le potentiel économique.


Hormis Washington et New York, toutes les destinations long-courriers de Brussels Airlines se trouvent en Afrique. Les coûts d’exploitation y sont-ils moins élevés ou les bénéfices plus importants ?

D. V. B. : Opérer en Afrique est plus coûteux que dans d’autres régions du monde. Les redevances de survol et d’aéroport sont élevées et, sur certains marchés, le prix du carburant est nettement plus important que dans le reste du monde. Cela se traduit par des prix plus élevés que sur des itinéraires d’une longueur d’étape similaire dans d’autres régions. L’avantage des marchés africains est leur saisonnalité plutôt équilibrée sur le continent au cours de l’année (par exemple, Dakar, Freetown ou Monrovia sont des destinations d’hiver, alors que Nairobi est plutôt une destination d’été), de sorte que les avions peuvent être déployés tout au long de l’année.

“L’avantage des marchés africains est leur saisonnalité plutôt équilibrée sur le continent au cours de l’année” 


Quels sont les défis auxquels vous êtes actuellement confrontés sur le continent ?

D.V.B. : Brussels Airlines vole sur le continent africain depuis près de 100 ans. Nous avons l’habitude de mitiger certains défis. Il peut s’agir d’infrastructures aéroportuaires anciennes, de coûts élevés liés au carburant, à la manutention et au survol, ou encore d’un manque de possibilités de maintenance locale.

Cependant, la fermeture des espaces aériens est un problème qui peut devenir critique. La sécurité étant pour nous une priorité absolue, nous avons décidé, après une évaluation approfondie, de ne pas survoler des pays comme le Soudan et la Libye. Si de nouvelles fermetures d’espaces aériens viennent s’ajouter, comme celle du Niger l’année dernière, nous nous retrouvons avec des temps de vol beaucoup plus longs. Cela peut même conduire à la fermeture de marchés, car nous ne pouvons plus ajouter la deuxième étape vers le marché le plus petit.

“Nous avons décidé, après une évaluation approfondie, de ne pas survoler des pays comme le Soudan et la Libye”


Quels sont les enjeux du transport aérien en Afrique en particulier ?

D. V. B. : Pour l’Afrique plus spécifiquement, les défis sont liés à un manque de connectivité et des accords de services aériens restrictifs, des coûts et des taxes élevés, des infrastructures parfois insuffisantes et certaines dépendances politiques.


En parlant de connectivité, quel sera l’impact du marché unique du transport aérien en Afrique sur votre entreprise ?

D. V. B. : D’un point de vue européen, je ne peux que constater à quel point l’aviation est devenue plus abordable pour les passagers et combien de connexions supplémentaires ont été établies depuis la création du ciel unique européen. Pour nous, en tant que transporteur extérieur au continent, l’effet ne sera pas nécessairement important. Nos passagers voyagent de et vers l’Europe ou l’Amérique du Nord, mais généralement pas au sein du continent africain. 

“ Nos passagers voyagent de et vers l’Europe ou l’Amérique du Nord, mais généralement pas au sein du continent africain ”


Pour terminer, les compagnies aériennes ont pris l’engagement de parvenir à zéro émission nette de carbone d’ici à 2050. Comment participez-vous à cette réduction, en Afrique notamment ?

D.V.B. : Chez Brussels Airlines et Lufthansa Group, nous visons à réduire de moitié les émissions nettes de carbone d’ici 2030 – par rapport à 2019 – et à atteindre un bilan carbone neutre d’ici 2050.

Les leviers les plus importants permettant de réduire notre impact écologique sont le renouvellement de notre flotte et le carburant d’aviation durable (SAF, pour Sustainable Aviation Fuel), dans lequel nous réalisons d’importants investissements. Avec le groupe Lufthansa, nous investissons jusqu’à 250 millions de dollars dans l’achat de SAF pour les années à venir. La prochaine génération de SAF utilise même l’énergie éolienne, solaire et l’hydrogène. Grâce à ces technologies, nous pouvons réduire les émissions de CO2 jusqu’à 80 %.

Nos passagers peuvent également apporter leur contribution et c’est là qu’interviennent les « tarifs verts », qui leur donnent la possibilité de voler de manière plus durable. Les clients achètent 20 % de carburant d’aviation durable et contribuent à hauteur de 80 % à des projets de protection du climat de grande qualité.

Pour le continent africain plus particulièrement, nous essayons de réduire le nombre d’atterrissages et d’économiser du carburant, en adaptant les rotations et en combinant les destinations géographiquement proches. La plupart des mesures que nous mettons en œuvre à l’échelle mondiale le sont également en Afrique. Comme les différents marchés sont encore à des niveaux différents de sensibilisation sur le sujet de la durabilité, nous faisons de notre mieux pour amener ce mouvement, tout en nous adaptant aux défis locaux. Cette année, nous avons étendu notre offre de tarifs verts aux marchés tests intercontinentaux, notamment de Bruxelles à Kinshasa et de Francfort à Nairobi.  

” Cette année, nous avons étendu notre offre de tarifs verts aux marchés tests intercontinentaux ” 


Bio Express 

Directrice générale de Brussels Airlines depuis avril 2023, l’Allemande Dorothea von Boxberg est également la représentante du conseil d’administration exécutif de l’entreprise auprès de la Commission européenne. Avant de rejoindre son poste à Bruxelles, elle était, depuis 2021, la présidente du comité de direction de Lufthansa Cargo AG. La dirigeante travaille dans l’industrie du transport aérien depuis 19 ans, d’abord chez Star Alliance [ Alliance de compagnies aériennes, NDLR], puis chez Lufthansa Airlines et, pendant 8 ans, chez Lufthansa Cargo. Après avoir débuté sa carrière professionnelle en 1999 au Boston Consulting Group, Dorothea von Boxberg a rejoint le groupe Lufthansa en 2007 et y a occupé différents postes de direction. En 2012, en tant que responsable de la conception de l’expérience client chez Lufthansa Airlines, Dorothea von Boxberg et son équipe ont introduit une nouvelle génération de sièges en classe affaires. En 2015, elle a rejoint Lufthansa Cargo AG, où elle a d’abord occupé le poste de responsable des ventes mondiales, de la planification du réseau, de la gestion et du développement des produits. Par la suite, elle a dirigé le département « Global Sales Management ». Nommée au conseil d’administration de Lufthansa Cargo AG en 2018, Dorothea von Boxberg en est devenue présidente en 2021.

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