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Économie Bleue : Un Pays en Pleine Reconquête De Sa Souveraineté Maritime

Le Gabon est doté d’un patrimoine marin très riche qui alimente les secteurs pétrolier, portuaire, halieutique et touristique. Désormais, optimiser l’économie bleue n’est plus une option mais une priorité pour reconquérir le secteur de la pêche et pour renforcer l’autosuffisance alimentaire nationale. Analyse

Par Marie-France Réveillard


Les autorités gabonaises opèrent une transformation radicale de leur économie bleue. En juillet 2025, Laurence Ndong, la ministre de la Mer, de la Pêche et de l’Économie bleue, présentait une stratégie destinée à optimiser le secteur de la pêche en intégrant des aspects relatifs à la transition durable, au renforcement du cadre juridique et institutionnel, à la création d’un corps d’agents de surveillance, de conventions collectives, de structures techniques, mais aussi à la réhabilitation et à la création d’infrastructures (nouveau port et centres de pêche). Ce plan s’attaque également à la modernisation des outils de suivi, à la formation des agents, à la lutte contre la corruption et à la coopération internationale. Il intervient peu après la dénonciation des accords de pêche liant le Gabon à l’Union européenne (UE). Brice Clotaire Oligui Nguema, le président de la République du Gabon, « a pris acte des limites structurelles de l’Accord de partenariat pour une pêche durable (APPD) signé avec l’Union européenne en 2007, renouvelé à plusieurs reprises, et actuellement en vigueur depuis 2021 pour une durée de six ans » – estimant que – «les retombées économiques pour l’État gabonais restent largement insuffisantes, au regard de la richesse extraite de nos eaux territoriales par les flottes européennes », comme l’indiquait un communiqué faisant suite au Conseil des ministres du 4 juin 2025. Signé en 2007, l’APPD fut renouvelé jusqu’en 2021 pour une valeur globale d’environ 26 millions d’euros, selon le ministère des Affaires étrangères gabonais. Cette rupture pourrait néanmoins ouvrir la voie à une renégociation d’accords reposant sur de nouvelles bases.


La Pêche Sur La Voie De La « Gabonisation »

En dépit de ses importantes ressources halieutiques, le secteur de la pêche peut être optimisé. Sa contribution dans le produit intérieur brut (PIB) gabonais avoisine les 15 % selon les autorités nationales. En 2020, la filière comptait quelque 11 814 pêcheurs et la quasi-totalité de la pêche artisanale (99,3 %) était contrôlée à plus de 80 % par des travailleurs expatriés. Cette situation a poussé le gouvernement à réagir. Ainsi, le 11 août dernier, Laurence Ndong mettait une vingtaine de pirogues à disposition des pêcheurs gabonais, posant les bases d’une première étape vers la « gabonisation » du secteur dans le cadre du projet « Gab-pêche » pour moderniser et professionnaliser le secteur. « Il est temps que nos ressources halieutiques assurent notre sécurité alimentaire », a-t-elle déclaré à cette occasion. Il faut dire qu’en quatre décennies, le poisson est devenu une denrée en voie de raréfaction dont le prix n’a cessé d’augmenter. Le kilogramme de poissons peut facilement se vendre 4 000 francs CFA (environ 6,10 euros) sur les marchés, un prix qui a pratiquement doublé pour les espèces les plus courues. La surpêche menace les écosystèmes marins du Gabon, tout en appauvrissant des millions de personnes qui vivent de l’économie bleue. Aussi, dès 2017, l’État a mis en place un réseau d’aires protégées aquatiques (APA) pour préserver ses ressources marines et côtières, soit 9 parcs marins et 11 réserves aquatiques, qui couvrent 26,2 % des eaux territoriales sur plus de 51 000 km². Entre préservation environnementale, souveraineté économique et autosuffisance alimentaire, la reconquête du secteur est devenue une véritable priorité nationale.

« La contribution du secteur de la pêche dans le produit intérieur brut (PIB) gabonais avoisine les 15 % selon les autorités nationales »


De Superbes Plages de Sable Blanc

Au-delà du seul secteur de la pêche, l’économie bleue fait sa mue. Le Gabon s’est notamment doté d’un centre national de surveillance, et a récemment intégré le classement des registres maritimes de la Chambre Internationale de la Marine Marchande (ICS). Enfin, le pays, doté de spectaculaires plages de sable blanc encore peu fréquentées, entend bien développer un tourisme maritime encore embryonnaire.  Plus globalement, le Gabon ambitionne de porter à 10 % la contribution du secteur touristique dans le PIB national à l’horizon 2030. 


Jean-Telesphore Ella Ze, CEO d’Owendo Mineral Port : « Notre Ambition Est de Positionner OMP Comme une Référence de la Logistique Minière en Afrique Centrale« 

Acteur majeur de la chaîne logistique minière au Gabon, Owendo Mineral Port (OMP) incarne l’ambition d’une nation qui mise sur ses infrastructures pour accélérer sa transformation économique. Grâce à sa double expertise ferroviaire et portuaire, OMP relie les minerais situés à l’intérieur du pays aux marchés internationaux. Rencontre avec son directeur général, Jean-Telesphore Ella Ze, pour mesurer la portée stratégique de ce terminal.


Forbes Afrique : Pouvez-Vous Nous Présenter le Port Minéralier et Son Rôle Dans l’Économie Gabonaise ?

Jean-Telesphore Ella Ze : Inauguré en 2016, Owendo Mineral Port (OMP) est un partenariat public-privé entre la République gabonaise, via la Caisse des dépôts et consignations (CDC), le fonds d’investissement Meridiam et le groupe panafricain ARISE Ports & Logistics (ARISE P&L). Grâce à une connexion directe au réseau ferroviaire national et à une flotte multimodale composée notamment de trains et de barges, OMP propose une solution intégrée « de la mine au navire ». Celle-ci englobe le transport ferroviaire de minerais, la manutention portuaire et la consignation des navires. Cette offre clé en main permet aux miniers de concentrer leurs investissements sur l’essentiel de leurs activités. Aujourd’hui, nous transportons du manganèse et du fer à l’export, ainsi que du clinker de ciment à l’import. En fluidifiant les échanges, nous contribuons à la croissance des exportations minières, à la compétitivité du pays à l’international et à la création d’emplois locaux. Notre ambition est de positionner OMP comme une référence de la logistique minière en Afrique centrale.


Quels Sont Vos Projets Pour Accompagner le Développement des Activités Minières ?

J.-T. E.Z. : Nos actions s’articulent autour de deux axes complémentaires. D’une part, OMP déploie un vaste programme de modernisation de ses infrastructures. Dans le domaine ferroviaire, l’extension des ateliers de maintenance vise à accroître la disponibilité du matériel roulant et la fiabilité du transport. Dans le domaine portuaire, la mécanisation des opérations de chargement et de déchargement permettra d’optimiser les flux et de réduire les temps d’escale des navires. Ces avancées renforceront la performance de nos opérations et consolideront l’attractivité du Gabon sur la scène internationale. D’autre part, nous nous préparons à l’échéance de janvier 2029, date d’entrée en vigueur de la réforme de l’État concernant la transformation locale du manganèse avant exportation. Cette mesure, inscrite dans la stratégie nationale de création de valeur, entraînera de nouveaux besoins logistiques : l’acheminement du minerai brut vers les unités de transformation, puis le transport du produit fini vers les ports. Pour accompagner cette évolution, nous travaillons déjà à adapter nos schémas logistiques afin de répondre aux futurs besoins de nos clients et de soutenir la vision de développement du pays.


Comment Conciliez-Vous Développement Industriel et Engagement Durable ?

J.-T. E.Z. : Nous avons fait de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) l’un des piliers de notre stratégie. Cela se traduit par des actions qui visent à préserver l’environnement, à créer de la valeur partagée avec les communautés et à renforcer les capacités locales. Sur le plan environnemental, nous menons avec les autorités, les ONG locales et les autres entités du groupe ARISE au Gabon un vaste programme de reboisement de la mangrove d’Angondjé-Ntom, au nord de Libreville. Déployée sur vingt ans, cette initiative a pour objectif de restaurer un écosystème côtier vital et de préserver la biodiversité marine. Sur le plan social, la rénovation intégrale de l’école publique de la SNI 1, à Owendo, illustre notre engagement. Ce projet offrira à terme de meilleures conditions d’apprentissage aux élèves de cet établissement. Enfin, sur le plan économique, notre priorité est la valorisation du capital humain. Aujourd’hui, 96 % de nos 330 collaborateurs directs sont Gabonais, et nous investissons continuellement dans leur formation afin de constituer une main-d’œuvre locale hautement qualifiée, adaptée aux exigences de notre secteur. En résumé, notre ambition est de contribuer au développement durable du Gabon et au bien-être de ses populations, tout en affirmant le rôle d’OMP comme acteur logistique de référence en Afrique.


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