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Investir En UEMOA : 10 Clés Pour Libérer Son Potentiel Financier

Dans un contexte de transformation économique profonde, la région UEMOA, forte de ses huit États membres, s’affirme comme un espace de croissance où l’investissement n’est plus l’apanage d’une élite initiée. Avec une population jeune, dynamique et de plus en plus connectée, elle dispose d’un potentiel d’épargnants-investisseurs en devenir. Pour sauter le pas de façon effective, l’éducation financière s’impose comme un levier essentiel pour transformer ces freins en opportunités. 

Tribune Par Leticia N’cho-Traoré 


Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les dernières données de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), le taux d’épargne dans la région avoisine les 20 % du PIB, un niveau encore trop modeste pour financer pleinement les ambitions d’industrialisation et d’infrastructures des États membres. Pourtant, avec une population jeune, dynamique et de plus en plus connectée, l’UEMOA dispose d’un potentiel d’épargnants-investisseurs en devenir.

La Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) reste à ce jour, la seule bourse régionale intégrée au monde, rassemblant huit pays partageant la même monnaie et un régulateur unique. Cette singularité en fait un marché attractif pour les investisseurs recherchant diversité et stabilité. La convergence économique des États membres, sous l’ombrelle du franc CFA adossé à l’euro, renforce la confiance des investisseurs locaux et internationaux.

« La convergence économique des États membres, sous l’ombrelle du franc CFA adossé à l’euro, renforce la confiance des investisseurs locaux et internationaux »

Sa capitalisation boursière record de plus de 10 000 milliards de francs CFA (15 milliards d’euros environ) le 13 décembre 2024, portée par la croissance des entreprises locales et l’intérêt croissant des investisseurs institutionnels, illustre cette progression constante. Toujours en 2024, la BRVM a enregistré un rendement global de près de 28,89 %, confirmant son attractivité dans un environnement international souvent plus volatile. La diversification sectorielle du marché est également un atout : télécommunications, banques, agro-industrie, services pétroliers, et bâtiment offrent des opportunités variées.

Des entreprises phares telles que Sonatel, Orange Côte d’Ivoire, Société Générale, NSIA ou encore BOA Group, constituent des locomotives pour la place boursière d’Abidjan. Leur bonne santé financière, combinée à une stratégie régionale d’intégration économique, offre aux épargnants des perspectives de croissance tangibles.

Pourtant, les opportunités restent sous-exploitées : moins de 200 000 comptes-titres existants à fin 2024, dans une zone qui compte près de 130 millions d’habitants. C’est dire l’étendue du potentiel inexploité.

Investir sur les marchés financiers de l’UEMOA, c’est participer à la construction de l’économie régionale tout en constituant son propre patrimoine. C’est aussi contribuer à financer des entreprises ancrées dans le tissu économique local, générant ainsi un cercle vertueux de croissance inclusive. Chaque action achetée est un acte de confiance dans l’économie de la sous-région.

« Moins de 200 000 comptes-titres existants à fin 2024, dans une zone qui compte près de 130 millions d’habitants »


Surmonter les Freins Culturels et Techniques à l’Investissement

Cependant, malgré les nombreux avantages offerts par les marchés financiers dans la zone, la réalité montre que l’adoption par le grand public reste lente. Plusieurs freins d’ordre culturel, psychologique et technique expliquent cette situation.

Premièrement, l’histoire économique de la région a façonné des habitudes d’épargne particulières. L’économie informelle y est prépondérante, représentant jusqu’à 50 à 60 % du PIB selon les pays de l’UEMOA. Dans ce contexte, les mécanismes traditionnels de gestion de l’argent, comme les tontines ou l’épargne familiale, priment sur les instruments financiers modernes. Ces pratiques, si elles offrent des avantages de proximité et de solidarité communautaire, limitent toutefois l’accès à des placements plus structurés et potentiellement plus rentables.

Deuxièmement, la perception des marchés financiers reste entachée par des idées reçues. Nombreux sont ceux qui considèrent la bourse comme un terrain réservé aux grandes fortunes ou assimilent l’investissement en actions à un pari risqué. Cette méfiance est entretenue par le manque de vulgarisation des concepts financiers dans les programmes scolaires et la faible exposition des populations aux produits d’investissement.

Troisièmement, l’accessibilité technique elle-même constitue un frein. Bien que des progrès notables aient été accomplis, notamment avec la digitalisation des services financiers, l’ouverture d’un compte-titres ou la passation d’ordres en bourse reste pour beaucoup un processus perçu comme complexe. L’insuffisance de points de contact physiques dans certaines zones rurales accentue encore cet éloignement.

Toutefois, et c’est un point positif, des initiatives concrètes voient le jour. Les Sociétés de gestion et d’intermédiation (SGI), soutenues par la BRVM, les régulateurs ou encore des initiatives de la société civile comme L’Apéro Cash ou le Salon de l’épargne, de l’investissement et du patrimoine, multiplient les campagnes de sensibilisation et les formations destinées au grand public. Les solutions digitales se démocratisent, permettant aux épargnants d’ouvrir des comptes et de gérer leurs portefeuilles directement depuis leurs smartphones.

L’éducation financière s’impose ainsi comme un levier essentiel pour transformer ces freins en opportunités. En comprenant mieux les mécanismes de la bourse et les avantages de la diversification, chacun peut progressivement se sentir légitime pour franchir le pas vers l’investissement.

Pour sauter le pas de façon effective, quelques pistes rassemblées sous forme de commandement permettront d’aborder de façon plus sereine, l’épargne et l’investissement. 


Les 10 Commandements de l’Épargnant, une Boussole Pour Investir Avec Sérénité

Dans un environnement financier parfois complexe, il est facile de se perdre entre promesses de rendements élevés et jargon technique. Pour offrir un repère clair, structuré, applicable et actionnable, une grille de lecture s’impose.

Les dix commandements qui suivent ne sont pas de simples règles : ils constituent une boussole stratégique, issue de l’expérience de terrain, destinée à guider chaque épargnant, du débutant au plus averti, dans sa démarche d’investissement raisonnée.

1- La décision d’épargner, tu prendras. Avant d’investir, il faut d’abord épargner. Tout commence par une décision. Cela semble évident, mais c’est le socle fondamental de tout projet financier. Dans nos sociétés africaines, l’épargne a longtemps été perçue comme un effort réservé à ceux qui ont des revenus conséquents. Faux. La discipline de mettre de côté, même des montants modestes, est déjà une victoire. Surtout dans la zone UEMOA où la croissance économique est réelle, mais les revenus moyens demeurent encore faibles pour beaucoup. L’épargne régulière permet de constituer un capital de départ pour accéder aux opportunités d’investissement, même progressives.

2- Ton projet d’épargne et tes objectifs, tu définiras. Il ne suffit pas de vouloir épargner ; encore faut-il savoir pourquoi. Épargner sans objectif précis, c’est comme naviguer sans destination. Fixer des objectifs clairs donne du sens à l’effort. S’agit-il de préparer la retraite ? De financer les études d’un enfant ? De constituer un apport pour l’achat d’un terrain ou d’une maison ? Ou tout simplement de bâtir une sécurité financière pour l’avenir ? Chaque objectif aura un horizon de placement et un niveau de risque acceptable différent. Cela conditionnera la sélection des supports d’investissement.

3- Informé.e, tu le resteras. La meilleure défense contre les arnaques et les mauvaises décisions d’investissement reste l’information. Dans la zone UEMOA, le manque d’éducation financière laisse souvent les épargnants vulnérables. Lire les rapports annuels, comprendre la santé financière des entreprises cotées, suivre les actualités économiques locales et internationales, participer aux webinaires des professionnels ou encore consulter la BRVM, tout cela contribue à une meilleure prise de décision. Rester informé, c’est s’émanciper financièrement.

4- Ton profil de risque, tu connaîtras. Il n’existe pas de bon ou de mauvais profil de risque, il n’existe que des profils cohérents avec ses objectifs et ses contraintes personnelles. Quelqu’un qui souhaite sécuriser son capital pour dans trois ans n’aura pas la même tolérance au risque que celui qui investit sur vingt ans. Connaître son appétence au risque est fondamental pour ne pas paniquer en période de volatilité et garder le cap. Cela permet de choisir les produits financiers adéquats entre actions, obligations, ou OPCVM diversifiés.

5- Par un professionnel, tu te feras accompagner. S’entourer d’experts permet d’éviter bien des erreurs coûteuses. Trop de personnes tentent de naviguer seules dans un univers financier complexe et parfois opaque. Se faire accompagner, c’est maximiser ses chances de succès. 

6- Le mot NON, tu intègreras et sauras l’utiliser. Les propositions trop belles pour être vraies sont malheureusement légion, surtout sur les réseaux sociaux où les promesses de gains rapides pullulent. Savoir dire non à la pression sociale, non aux propositions douteuses, non aux investissements qui ne correspondent pas à ses objectifs personnels, c’est protéger son patrimoine. Dans le contexte UEMOA, où les arnaques financières existent comme ailleurs, la prudence est une vertu cardinale. 

7- Les émotions, tu maîtriseras. Les marchés financiers sont parfois agités. L’euphorie et la panique sont les deux ennemis de l’investisseur rationnel. Lors des phases de correction de marché, nombreux sont ceux qui cèdent à la panique et liquident leurs positions à perte. À l’inverse, lors des périodes d’euphorie, certains prennent des risques excessifs en pensant que la hausse est infinie. La clé reste la discipline émotionnelle. Rester calme et lucide face aux fluctuations est un atout décisif. 

8- Tes investissements, tu diversifieras. La diversification est la règle d’or de l’investisseur averti. Mettre tous ses œufs dans le même panier est risqué. Dans la zone UEMOA, la diversification peut s’exercer à plusieurs niveaux : diversification sectorielle (télécoms, banques, agro-industrie…), géographique (différents pays de l’UEMOA), et par type d’actif (actions, obligations, OPCVM). La diversification réduit le risque global du portefeuille et augmente les chances de rendement équilibré. 

9- Le crédit, à bon escient, tu le prendras. Utiliser l’effet de levier du crédit pour investir est une stratégie qui demande une grande prudence. Dans nos régions, les taux d’intérêt peuvent être élevés, et il est essentiel d’évaluer la rentabilité espérée de l’investissement comparée au coût du crédit. Le crédit ne doit pas être un piège, mais un outil stratégique maîtrisé, utilisé dans des conditions favorables, avec un plan de remboursement clair. 

10- Patient.e, déterminé.e, concentré.e, tu resteras. L’investissement est une course de fond. La patience est indispensable pour récolter les fruits de ses efforts. Les marchés évoluent par cycles, et ceux qui restent investis sur le long terme maximisent généralement leurs chances de réussite. L’une des stratégies les plus efficaces consiste à investir de manière régulière, par petites sommes, afin de lisser les fluctuations du marché et d’ancrer une discipline d’investissement durable. Cela s’appelle la stratégie du « plan d’investissement programmé ». Rester concentré sur ses objectifs de départ, continuer à se former et à ajuster ses choix au fil du temps, c’est assurer la pérennité de sa démarche d’investisseur. 


Pour Une Souveraineté Financière Collective 

L’investissement sur les marchés financiers de l’UEMOA n’est pas réservé à une élite. C’est un levier puissant d’émancipation individuelle et de souveraineté collective. En adoptant les bons réflexes – épargner, se fixer des objectifs, s’informer, se faire accompagner, et surtout rester patient et discipliné – chaque épargnant peut contribuer à financer l’économie locale tout en bâtissant son propre avenir financier. 

Nos pays regorgent d’opportunités. Les marchés financiers offrent un accès concret à cette dynamique, pourvu que l’on prenne le temps de comprendre et d’agir avec méthode. Il appartient à chacun de ne pas rester simple spectateur de cette transformation, mais d’en devenir un acteur à part entière. La souveraineté financière commence par un premier pas. Faisons-le ensemble. Un seul pas suffit toujours. 


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