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Kazimierz Jagiello : « La Super ligue africaine va creuser le fossé existant entre les clubs majeurs et les autres équipes »

Kazimierz Jagiello ©DR

Porté par la Confédération africaine de football (CAF) et annoncé pour septembre 2023, le projet d’une Super ligue des clubs africains continue de susciter nombre d’interrogations. Directeur sportif du club guinéen F.C. Milo de Kankan, Kazimierz Jagiello donne dans cet entretien son avis d’expert sur cette initiative.

Propos recueillis par Victor Safra

Forbes Afrique : À l’image d’un Moïse Katumbi en République démocratique du Congo (RDC), plusieurs présidents de club se sont prononcés en faveur de ce projet de Super Ligue africaine (SLA). Pensez-vous également que cette initiative contribuera au développement des clubs en Afrique?

Kazimierz Jagiello: Honnêtement, je ne pense pas. Cette compétition va encore plus creuser le fossé existant entre les clubs majeurs et les autres équipes qui évoluent au sein des différents championnats nationaux en Afrique. Pour ma part, cette Super Ligue à venir est, comme l’initiative avortée en Europe, plus un projet financier que sportif. Dans le contexte guinéen par exemple, la participation de l’Horoya AC, qui est déjà financièrement stable car soutenu par l’homme d’affaires Antonio Souaré, à cette compétition aura pour effet d’enrichir encore plus ce club en créant un écart tel que les autres entités footballistiques ne seront pas en mesure de suivre. Sauf, si celles-ci étaient rachetées par de riches entrepreneurs capables d’injecter des sommes d’argent importantes pour concurrencer un rival, comme c’est le cas par exemple entre les Young Africans et le Simba Sports Club en Tanzanie, qui sont détenus par de puissants acteurs économiques privés.

Forbes Afrique : La SLA est pourtant censée permettre au football africain de devenir plus attractif…

Kazimierz Jagiello : L’un des arguments avancés en faveur de la création de cette Super Ligue est la volonté d’accroître rapidement le niveau du football sur le continent. À mes yeux, c’est un raisonnement qui ne tient pas la route car il faudra, à quelques exceptions près, encore une bonne décennie avant que les clubs africains arrivent au niveau des équipes européennes, tant sur le plan organisationnel, qu’au niveau de leur notoriété.  Prenez le cas de l’Amérique du Nord. Malgré l’injection de sommes considérables et d’efforts importants, le niveau de la Major League Soccer (MLS), créée en 1993, est toujours bien en deçà de celui des meilleurs championnats issus du Vieux Continent, comme la Premier League en Angleterre ou La Liga en Espagne.

Forbes Afrique : Dans ce contexte, quelles solutions préconisez-vous?

Kazimierz Jagiello : Il faudrait investir davantage dans les infrastructures – telles que les terrains de football – et l’éducation, c’est-à-dire dans les formations des entraîneurs et des talents, qui existent en abondance sur le continent. Dans le contexte de la Guinée, il y a une richesse de talents au niveau sportif et une grande volonté de la part des parties prenantes, mais un manque criant d’infrastructures et d’encadrement adéquat des formateurs et des joueurs. Des éléments qui sont, à mes yeux, des facteurs clé dans l’augmentation du niveau de performance d’un club donné. C’est une stratégie que nous avons suivie au F.C. Milo de Kankan et qui nous a permis, avec un budget relativement modeste, de rivaliser avec les meilleurs et les plus riches clubs du pays, tels que le Hafia F.C.voire le C.I. Kamsar, tout au long de cette saison.

Forbes Afrique : En dehors des aspects liés à la formation, quelles seraient vos suggestions pour les compétitions existantes ?

Kazimierz Jagiello : Comme évoqué, la Super Ligue risque fortement de décourager de nombreux dirigeants à ne pas ou ne plus s’investir activement dans le football car cette compétition – en tout cas dans sa forme théorique actuelle – ne verra que des clubs similaires y participer chaque année, sapant au passage la dimension de rivalité en privilégiant une minorité au détriment du reste. En effet, où serait la logique sportive si un club se classant en milieu de tableau au terme du championnat prenait part à cette compétition, sous prétexte que c’est une grande équipe ? Dans ce contexte, je suggérerais plutôt de réfléchir à voir comment mieux valoriser les compétitions actuelles pour les rendre plus attractives afin d’augmenter, par exemple, les primes octroyées aux équipes participantes.

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