Enquête

L’AFRIQUE D’EMMANUEL MACRON

Depuis son arrivée au pouvoir en mai 2017, le président français s’affiche comme l’incarnation d’un souffle nouveau dans la pratique politique de son pays. Mais comment Emmanuel Macron envisage-t-il la relation de la France avec le continent ? Comment l’ancienne puissance coloniale peut-elle renouveler son rapport aux pays d’Afrique ?

Non, Emmanuel Macron ne va pas transformer l’Afrique. Non, il ne réécrira pas l’histoire des liens entre la France et le continent. Et il n’y aura ni bouleversement ni révolution dans cette relation vieille comme le monde. De toute façon, ce n’est pas son ambition, et même si ça l’était, il y aurait peu de chances pour que l’Afrique le suive. Mais alors, qu’est-ce le président français peut changer, qu’est-ce qu’il a déjà pu changer dans cette relation «­françafricaine­»­? Le style, le ton et l’approche sont assurément nouveaux. Étant lui-même jeune, il a su s’exprimer avec un tonus et un accent de jouvence qui ont apporté un bol d’air frais à la relation. Il a compris qu’il fallait aussi s’adresser aux jeunes : le discours fondateur de Ouagadougou en novembre 2017 en témoigne. Il a cherché à s’affranchir du poids d’un passé et d’un héritage lourds de soupçons, de malentendus, d’ambiguïtés, de querelles et de désagréments. Et il a su éviter la tentation de l’arrogance et la posture du donneur de leçon. Mais quid du fond, de la quintessence et de la nature profonde de sa stratégie vis-à- vis de l’Afrique­? Quelle philosophie, quels principes, quelle ligne directrice la guident­? Difficile de le dire encore aujourd’hui.
Le président français est arrivé aux affaires à un moment où le continent connaît une profonde mutation. Une mutation d’abord interne. Des générations de vieux leaders sont partis, laissant la place à de nouveaux, souvent issus des urnes. Avec une vision plus moderniste, une compréhension plus précise des enjeux économiques et souvent une réelle conscience de leur responsabilité pour transformer le destin de leur pays. Certes, il y a encore des gérontocrates, mais ils sont en fin de cycle, comme dans la séquence d’un film dont le plan de fin s’annonce.
De fait, Emmanuel Macron a affaire à une Afrique dont les dirigeants, les élites et plus encore les opinions publiques remettent en question de nombreux aspects de l’héritage, des pratiques, des positions acquises et des intérêts de l’ancienne puissance coloniale.
La mutation est ensuite d’ordre externe. L’Afrique à laquelle est confronté Emmanuel Macron est celle où de nouveaux acteurs internationaux ont pris durablement position, et dans bien des cas, comme celui de la Chine, ont bousculé et remis en question les positions et les parts de marché des entreprises françaises.
Pour mieux comprendre cette Afrique qui change, être à son écoute, essayer de garder le cap et dessiner un nouvel horizon, le président français a créé le Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA). Une instance consultative qui le conseille, l’alerte, lui sert d’oreille et l’éclaire sur la complexité des problématiques africaines. Le CPA est composé de membres «­afro-français­» qui sont des professionnels, des cadres, des chefs d’entreprise, des acteurs sociaux, etc. Ils sont africains et français, connaissent l’Afrique et la France. Leur passion, leur sensibilité et leurs pulsations africaines se conjuguent à leur connaissance, leur maîtrise et leur amour de la France.
Cette approche peut-elle être efficace, peut-elle apporter des résultats probants, est-elle tout simplement réaliste pour inspirer l’action et les décisions du président­? Quand on connaît la logique centralisatrice du système politique français, la puissance de sa superstructure administrative, dont celle de l’Élysée, on peut s’interroger sur l’influence réelle d’un tel organe, qui n’existe pas dans l’organigramme de la présidence.
Forbes Afrique a cherché à comprendre ce qu’est le CPA, ce qu’il apporte et ce qu’il nous révèle de la politique africaine d’Emmanuel Macron.

Pour lire l’intégralité du dossier relations France/Afrique , rendez-vous  pages 22-28 du numéro 55 Mars 2019, en vente ICI.