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Minsob Logou, le Géo Trouvetou togolais

Logou MINSOB (Togo) Inventeur ©Blamé Ékoué

Inventeur du « Foufoumix », un appareil électroménager bien connu des togolais, l’entrepreneur Minsob Logou a depuis appliqué son ingéniosité à toute une série d’inventions. Avec toujours le même crédo : développer des solutions locales bon marché en répondant aux besoins essentiels de sa communauté.

Par Blamé Ekoué

Du haut de son mètre 75, Minsob Logou, ne ressemble guère à un grand chercheur, à l’instar du ghanéen Thomas Mensah, pionnier africain de la fibre optique et des nanotechnologies, aujourd’hui célébré aux Etats-Unis. Et pourtant, le père du  Foufoumix, une machine qui permet de transformer en quelques minutes des morceaux d’igname en foufou- un mets à base de tubercules très prisée en Afrique de l’Ouest- n’est plus à présenter. Bricoleur depuis sa plus tendre enfance, l’ingénieux togolais s’est très tôt familiarisé avec les machines et a précocement préférer faire une formation en électrotechnique après l’obtention de son baccalauréat technique plutôt que de poursuivre son cursus universitaire à la fin des années 90. «L’histoire est partie d’une passion que j’avais depuis le bas âge pour tout ce que est technologie. Depuis les bancs de l’école, j’avais cette chose en moi pour tout ce qui est technologique. Il faut que je fouille pour voir comment ils ont été conçus, comment on en arrive à ce qu’on conçoit puisse répondre à une fonctionnalité donnée. C’est ce qui m’a donné toute cette connaissance aujourd’hui, qui dépasse de loin ce que j’ai appris sur les bancs», confie, les yeux pétillants, Minsob Logou.

Une fois entré dans la vie active, le jeune homme, issu d’une immense fratrie de 22 enfants, n’a pas hésité à démissionner de son poste d’ingénieur à la société Togo Telecom- l’opérateur public togolais- pour embrasser entièrement  sa passion. Celle de l’invention.  Et par n’importe laquelle, celle qui réponde aux besoins des populations. Il trouve de l’inspiration pour ses inventions en étant en contact permanent avec le vécu des gens de sa communauté .« La base de mes inventions, c’est un peu l’observation du vécu de ma communauté. Quand je trouve que ma communauté se trouve dans un besoin donné ou qu’elle utilise une pratique qui est un peu rudimentaire alors je recherche une solution pour résoudre ce problème auquel les gens de ma communauté sont confrontées en développant une machine. Toutes mes inventions sont parties de cette observation afin de faciliter la vie aux populations de ma communauté», explique l’inventeur du Foufoumix, qui en vend près de 3000 pièces par an. La somme minimum à débourser  pour acquérir cet appareil étant de 200000 FCFA (environ 300 euros), l’inventeur réaliserait, pour cette seule invention, un chiffre d’affaires annuel d’au moins 600 millions de francs CFA (900 000 euros environ). Un ordre de grandeur que le principal intéressé, peu prolixe sur ce sujet, n’a pas souhaité commenter.   

Dans son unité d’assemblage et de production sise à Ségbé, une localité de la banlieue de Lomé, l’entrepreneur togolais scrute en tous les cas chaque étape de la production à la loupe. «C’est un homme qui ne cesse de trouver une solution à tout défi. Il pense qu’il n’y a pas de limite à la perfection technologique. C’est pour cela qu’il passe un temps fou pour vérifier et revérifier chaque étape de la production. Pour cette nouvelle invention, il a dû faire beaucoup d’ajustages pour avoir  une machine solide», explique Enoumou Akakpo, l’un des proches collaborateurs du patron.

Une palette de solutions innovantes

Mieux, dans sa quête de solutions innovantes pour répondre aux besoins de sa communauté, l’inventeur  a développé une autre invention, un mini-tracteur low-cost, appelé Logoutrac. Peu énergivore, cette machine rustique, conçue au départ avec des pièces de récupération de voitures, n’a besoin que de huit litres de gasoil pour labourer un hectare «en un temps record », assure l’inventeur. Au vu de la demande grandissante, le « Géo Trouvetou » togolais a décidé de passer à l’étape supérieure, en produisant notamment les pièces nécessaires localement. « Je ne peux plus demeurer dans la récupération car il faut avoir une vision à long terme dans la technologie », dit Minsob Logou, qui indique avoir eu l’idée du Logoutrac en partant d’un constat simple : les tracteurs importés, coûteux, se retrouvaient souvent endommagés après seulement quelques années d’utilisation dans les champs. D’où, selon lui, la nécessité de développer des tracteurs beaucoup plus résistants destinés au marché local.

Vendus à sept millions de francs CFA (11 000 euros environ), les «Logoutrac » sont aujourd’hui appréciés dans le milieu agricole au Togo mais restent peu exportés « en raison des nombreuses barrières douanières existant encore entre les pays africains » fulmine Minsob Logou.  Face à ce défi, l’inventeur voit d’un bon œil l’opérationnalisation de la zone de libre-échange continentale (ZLECAF). « On espère qu’avec les mesures qui seront mises en œuvre, on pourra enfin accéder à d’autres marchés sur le continent car la demande est forte surtout avec la politique de mécanisation en cours dans plusieurs pays africains », confie l’entrepreneur togolais qui assure avoir déjà produit et vendu une quinzaine de mini tracteurs pour 100 millions de francs CFA (environ 150 000 euros).

Pour l’heure, les machines sont principalement vendues aux coopératives agricoles et au ministère togolais de l’agriculture. Et pour les agriculteurs auxquels le prix de vente poserait problème, l’inventeur planifie de « travailler à la conception de motoculteurs multifonctionnels »  plus petits et surtout moins coûteux.  En somme, une trouvaille de plus pour notre « Géo Trouvetou » togolais, qui peut d’ores et déjà se prévaloir d’une vingtaine d’inventions reconnues. 

La qualité pour supplanter la contrefaçon

Reste le problème de la contrefaçon, bien visible sur les marchés africains. Alors que celle-ci est estimée à 10 % de la production au niveau mondial, elle atteindrait jusqu’à 80 % des produits vendus sur le continent en fonction des secteurs. Concernant ce phénomène, Minsob Logou pense que les tribunaux africains doivent sévir plus.

En effet, si pour l’instant Logoutrac échappe à la contrefaçon, ce n’est  pas le cas de son Foufoumix. « Il y a des hacheuses chinois que prétendent être des Foufoumix. Or ce dernier est une marque déposée qui a un brevet. (…) Ayant eu des procès dans ce sens, la conclusion que j’ai tiré est que nos justices en Afrique de l’Ouest ne sont pas assez fortes dans le domaine de la propriété intellectuelle. Il reste beaucoup à faire », affirme l’inventeur, ajoutant avoir traduit des faussaires en justice. Sans succès probant.  Pour faire face à ce problème, il préfère plutôt mettre l’accent sur la qualité de ses produits. « Le vrai cheval de bataille, c’est d’avoir des produits de qualité », soutient-il.  Soucieux de miser sur un secteur privé innovant et créatif, le gouvernement a demandé et obtenu l’aval de l’hémiclyque  fin d’année 2020 pour ratifier l’accord de Bangui, qui institue l’Organisation Africaine de la Propriété intellectuelle (OAPI).  «C’est un outil qui permet  au Togo de mieux protéger les inventions et les créations ainsi que de lutter efficacement contre la contrefaçon », rappelle notamment la cheffe du parlement togolais, Yawa Djigbodi Tsegan.

Pour cet inventeur qui a remporté d’important distinctions dont les médailles d’or de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle en 2002 à Libreville au Gabon, celui du salon mondial des inventions à Genève en Suisse ainsi que le prix de l’innovation africaine pour  l’invention de Foufoumix, il faudra un changement de paradigme pour faire émerger des talents sur le continent africain, Car, pense-t-il, «les talents et les génies, il y a en Afrique mais les curricula  ne s’accordent plus avec les besoins de l’heure».Et d’ajouter : « Il faudra faire en sorte que les nouvelles technologies soient enseignées dans nos écoles déjà à la base dans nos pays en Afrique. Je peux dire que ce que je fais aujourd’hui, n’importe qui peut le faire. Donc nos leaders doivent y penser pour éviter une trop forte dépendance vis-à-vis de l’Occident». C’est pour protéger ces dernières inventions qu’il a jugé bon de disposer d’un brevet pour dit-il «ne pas se faire voler ses inventions». 

Le défi du financement

L’autre grand défi reste celui du financement. C’est pour régler définitivement cela qu’il envisage une levée de fonds à travers l’ouverture du capital de son entreprise à d’autres partenaires. Déjà, une première tentative s’était soldée en 2020 par un échec qui a beaucoup marqué l’inventeur togolais qui s’est aujourd’hui mué en un véritable chef d’entreprise avec une notoriété reconnue au-delà de sa terre natale du Togo. Il prévoyait notamment de lever deux milliards de francs CFA (environ  3 millions d’euros) pour booster les activités de son unité de production industrielle. « Je peux dire que les difficultés principalement se situent au niveau des financements qu’une telle entreprise doit avoir pour pouvoir se développer. Aujourd’hui, dans notre pays et dans la plupart des pays africains nous n’avons que des banques commerciales et si vous voulez avoir un crédit pour financer vos recherches technologiques voire produire les fruits de ces recherches vous devrez forcement avoir une garantie sous la forme d’un titre foncier. Donc, c’est difficile de faire des levées de fonds pour les entreprises opérant dans le domaine technologique. Et pourtant, sur le plan de la technique et de la production industriel je peux dire que je maitrise maintenant tout et j’ai appris sur le tard comme un autodidacte. Aujourd’hui, on produit environ 150 machine Foufoumix par jour »,  reconnait l’inventeur togolais.  Malgré toutes les péripéties traversées jusqu’à ce jour, le jeune inventeur togolais reste imperturbable dans sa logique .Il pense que les leaders africains doivent faire de l’innovation technologique un créneau qui à coup sûr va contribuer au développement du continent.   Et c’est à juste titre qu’il est prêt à se lancer dans d’autres aventures technologiques afin de montrer le génie créateur des jeunes africains. «C’est un inventeur togolais qu’il faut soutenir financièrement. Il est dans la production de masse. Donc, il lui faut un soutien financier conséquent et c’est le rôle de l’Etat de soutenir les entrepreneurs qui innoventpour créer de l’emploi.  Il est le porte étendard du génie créateur togolais au plan international», pense MawuenaDabla, un jeune entrepreneur togolais opérant dans le secteur de l’informatique.  Malgré le manque criant de financement, cet humble inventeur togolais garde espoir et espère que ses inventions parviendront à attirer l’attention des investisseurs tant nationaux qu’étrangers.  Pour l’heure, ses inventions continuent par faire le bonheur des utilisateurs au Togo et même au-delà des confins de son pays.

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