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Mzi Khumalo, l’homme aux multiples vies

Mzi Khumalo

À la tête du groupe minier Metallon,  Mzi Khumalo est devenu l’un des symboles de la réussite dans l’Afrique du Sud post-apartheid. Portrait en clair-obscur d’un tycoon aussi habitué aux coups d’éclat qu’aux échecs retentissants.

Par Rudy Casbi

Annoncée début septembre 2021, la cession par le sud-africain Metallon de sa participation de 15,1 % dans la junior pétrolière nigérianne Lekoil n’a fait que conforté l’opinion de nombre d’observateurs et de médias, qui voient dans cette nouvelle séquence un signal de plus de la « fin du règne » de Mzi Khumalo ; l’homme à l’origine du groupe Metallon.  Un jugement certes fondé sur une série de mauvais paris pris au cours des dernières années mais qui semble néanmoins faire fi de la remarquable résilience du personnage. Pour lui qui en a vu d’autres, ce dernier développement ne pourrait au final n’être qu’un énième rebondissement de sa (déjà) très riche saga.

« Savoir rêver les deux pieds sur terre »

Lorsqu’il est interrogé sur l’ingrédient clé du succès dans la vie, Mzi Khumalo  aime répéter qu’il faut savoir « rêver les deux pieds sur terre », en se référant à Lénine. Réminiscence, sans doute, de ses jeunes années au sein de l’African National Congress (ANC), où l’idéologie dominante était alors le marxisme-léninisme. Arrêté à l’âge de 24 ans et condamné à 26 ans de prison pour ses activités anti-apartheid, il est le 27e prisonnier de l’année 1979 à Robben Island, où il sera incarcéré jusqu’à l’abolition de l’apartheid, le 30 juin 1991, purgeant sa peine au côté des grandes figures de la lutte pour l’égalité raciale que sont Nelson Mandela, Walter Sisulu, Govan Mbeki et Ahmed Kathrada.     

Après ses années de détention, Mzi Khumalo passe néanmoins rapidement du militantisme politique au business, persuadé que le pragmatisme libéral a davantage à offrir à l’échelle individuelle que l’idéal socialiste. Il faut dire que dès son plus jeune âge, le gamin de KwaMashu (un township de Durban, où Khumalo a grandi), sixième d’une fratrie de dix enfants élevés par une mère veuve, développe un solide sens …des affaires. « La passion du business m’est venue très tôt dans la vie, quand j’ai réalisé que l’argent amenait le pouvoir. Jeune garçon, j’ai commencé à collecter des bidons d’huile vides, que je revendais ensuite aux marchandes de bière de sorgho du township. Avec ce commerce, j’ai rapidement gagné une belle somme d’argent. En 1994, l’Afrique du Sud a été frappée par une crise énergétique ; le fioul était rationné, mais grâce à mes contacts, j’ai réussi à m’en procurer et à le revendre avec profit », confiera ainsi en 2018, pas peu fier, le capitaine d’industrie à l’hebdomadaire dominical sud-africain The Sunday Times. De fait, c’est bien le flair et la débrouillardise qui feront de Khumalo l’un des acteurs-clés de l’économie souterraine mise en place pour financer les activités de l’ANC. À sa sortie de prison, il officie un temps comme trésorier du parti, en charge de la branche du Kwazulu-Natal, avant de revenir à ses amours premières, les affaires.

Après la politique, le business

À la faveur des politiques de Black Economic Empowerment (BEE)- destinées à redistribuer le capital et les emplois en faveur de la majorité noire- et du virage libéral pris par l’ANC sous la présidence de Nelson Mandela, Khumalo met alors à profit ses relations politiques pour se lancer dans le business. « Ma sortie de prison coïncidait avec le retour en grâce de l’Afrique du Sud sur la scène internationale. Et il fallait absolument que l’État nous donne du travail pour ne pas créer de nouvelles bombes sociales à retardement. Comme j’avais des compétences dans le domaine des finances et de la gestion d’entreprise grâce à un diplôme universitaire en commerce passé à ma sortie de prison, j’ai pu directement intégrer de grands groupes internationaux et grimper dans les hiérarchies, notamment dans le secteur minier », se remémore l’entrepreneur, qui créé dès 1994 la société financière Capital Alliance, à l’origine de plusieurs coups d’éclat. Parmi ces faits d’armes, la prise de contrôle fin 1996 de la première société minière sud-africaine d’alors, Johannesburg Consolidated Investments Limited (JCI Ltd), propriété du puissant groupe Anglo American.

Une belle opération sur le papier : l’entreprise rachetée, qui détient par ailleurs des intérêts dans le charbon, le ferrochrome et les métaux de base, est le principal actionnaire de la plus grande mine d’or d’Afrique du Sud, Western Areas. Mais sous l’effet cumulé de la chute des cours de l’or et d’une crise de confiance des actionnaires, renforcée par une association malheureuse avec le sulfureux magnat des mines sud-africain Brett Kebble, l’aventure vire rapidement au fiasco. Et moins d’un an plus tard, Mzi Khumalo démissionne de son poste de président exécutif de JCI.

Metallon, grandeur et décadence

Mais l’homme sait rebondir et aller là où on ne l’attend pas. Car ce n’est pas en Afrique du Sud que Mzi Khumalo pose les bases de son futur empiremais au Zimbabwe, un pays qui entretient lui aussi une longue tradition minière. Au début des années 2000, Mzi Khumalo fonde Metallon Corporation et dès octobre 2002, la structure acquiert pour 15,5 millions de dollars les actifs aurifères du groupe minier britannique Lonmin dans le pays, constitués notamment de quatre sites miniers d’importance- How, Shamva, Redwing et Mazowe- dont les réserves cumulées sont estimées à 8,3 millions d’onces d’or. Jusqu’en 2006, la production d’or augmente régulièrement, avec un pic à 156 000 onces en 2005. Metallon est alors le premier producteur aurifère du pays.

Pourtant, les tensions politiques et l’hyperinflation que connaît le Zimbabwe compliquent très vite les opérations du groupe, dont les mines seront fermées et placées sous maintenance entre 2007 et 2009, la Banque centrale du Zimbabwe ne pouvant financer aucun achat d’or. Il faudra attendre 2017 pour voir Metallon passer de nouveau la barre des 100 000 onces extraites (soit plus de 10 % de la production aurifère zimbabwéenne).  Une reprise d’activité qui n’a cependant été qu’un simple feu de paille puisque la société a suspendu, en avril 2019, la production dans trois de ses quatre mines (Mazowe, Shamva et Redwing) après qu’une délégation de 1 400 mineurs ait demandé le paiement de plus de deux ans d’arriérés de salaires et d’avantages sociaux, soit l’équivalent d’environ 40 millions de dollars. Une situation financière précaire qui explique sans doute pourquoi Mzi Khumalo s’est finalement résolu à céder une partie de ses actifs au Zimbabwe, la société Landela, détenue majoritairement par Kudakwashe Tagwirei- l’un des hommes d’affaires les plus en vue du Zimbabwe- rachetant notamment la mine de Shamva, qui produit 21 000 onces d’or par an.  Peu après, on apprenait que Metallon se lançait dans un nouveau pari en partant à la conquête des champs pétrolifères ouest-africains, via une prise de participation dans la junior nigériane Lekoil. Une opération qui, comme on le sait, a finalement fait long feu…

Tomber sept fois, se relever huit…

Mzi Khumalo n’est cependant pas du genre à épiloguer sur les errements du passé. Droit dans ses bottes, il dit ainsi « [avoir] pris des risques et [les] assumer ».  Du reste, avec des actifs et participations cumulés estimés à près de 600 millions de dollars dans plusieurs groupes couvrant divers domaines (télécoms, services financiers, infrastructures…) l’homme a de quoi voir venir. S’il n’a pas réussi à lever les fonds nécessaires (400 millions de dollars) pour atteindre une masse critique lui permettant de multiplier ses ratios d’extraction au Zimbabwe, il a placé ses pions ailleurs sur le continent, notamment dans des actifs aurifères en République démocratique du Congo et en Tanzanie. Deux pays particulièrement stratégiques en matière de minerais.  Quant à la stratégie du groupe, elle est toujours la même : se concentrer sur l’acquisition de projets avancés aux ressources potentiellement énormes, et qui peuvent être prestement amenés au stade de la faisabilité. En somme, aller vite pour engranger vite.

Un temps « compté » qui est en définitive le seul « luxe » que Robben Island ait offert à Khumalo. Un temps qu’il prend toujours pour mûrir ses projets, comme un chasseur en approche, loin de l’obsession de la gratification immédiate imposée par la culture Snapchat. « D’après mon expérience, rien de grand ne s’est jamais accompli du jour au lendemain », conclut notre homme aux multiples vies, toujours dans le coup « d’après ».

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