Portrait

Omenaa Mensah, figure de proue de l’entrepreneuriat afro-polonais

Peu connue dans le paysage africain, Omenaa Mensah est pourtant une véritable célébrité en Pologne. De la télévision à la philanthropie, en passant par le monde des affaires, elle a percé dans tout les domaines où elle s’est aventurée. Quelles sont les recettes de sa réussite ? 

En plus de son activité journalistique auprès du plus grand groupe médiatique polonais, TVN, Omenaa Mensah a créé en 2011 son entreprise de meubles d’intérieur alliant luxe, mode et design. © OMENAA MENSAH

Tous les téléspectateurs polonais la connaissent : Omenaa Mensah, présentatrice d’origine ghanéenne, est devenue une star du petit écran. Elle travaille pour le plus grand groupe audiovisuel du pays, la société TVN. «Le journalisme ne représente aujourd’hui que 20% de mes activités, car le reste de mon temps est consacré au développement de mes projets dans l’entrepreneuriat», nuance cependant la jeune femme.

Une explication qui soulève immédiatement une question : pourquoi s’aventurer dans une entreprise risquée, alors que son travail dans les médias pourrait lui suffire, tant sur un plan professionnel que financier? «Car il faut regarder sa carrière avec une vision à long terme», répond cette doctorante de l’École des hautes études commerciales de Varsovie. Une stratégie qu’elle semble avoir adoptée très tôt dans sa vie.

Dès son adolescence, Omenaa Mensah était consciente que pour suivre sa propre voie, il fallait qu’elle trouve son indépendance financière, souligne-t-elle dans son livre autobiographique, Dark Chocolate, paru en 2015. Animée par cette volonté d’autonomie, elle travaille comme hôtesse et mannequin, tout en poursuivant des études à Poznan. C’est aussi durant cette période qu’elle se livre à ses premières expériences dans le monde des affaires.

DÉBUTS DE L’ENTREPRENEURIAT

«Tout en étudiant et en travaillant, je cherchais toujours des idées pour tirer profi t de mon potentiel», confie-t-elle. Ainsi, voguant sur les opportunités offertes par le marché polonais, elle se lance dans l’industrie de la coiffure avec Omihair, puis ouvre un pub avec sa mère dans lequel elle mettra la majeure partie de ses économies. Ces deux entreprises ne durent qu’un certain temps car, dans le cas de la coiffure, l’enthousiasme de la clientèle polonaise pour les dreadlocks passe vite. Cependant, une nouvelle voie va rapidement s’ouvrir devant elle.
Alors qu’elle vient de terminer une séance de photos professionnelles, elle décide de sauter dans un avion pour aller passer un casting et tenter d’embrasser une carrière dans les médias. Le choix s’avère judicieux : en quelques années, elle devient coanimatrice d’un show télévisé et présentatrice météo. Cela est rendu possible grâce à son désir constant de perfectionnement et de développement personnel. Mais aussi à une volonté farouche de démontrer qu’elle a de l’intelligence à revendre, comme on peut le sentir dans un chapitre de son autobiographie intitulé «De longues jambes et un sourire, c’est trop peu».

Elle a des projets à revendre, mais tout ne fonctionne pas toujours. Ainsi, à la suite d’une entrevue qui s’est très mal déroulée avec le président de la chaîne, Mariusz Walter, durant laquelle elle lui a présenté une idée mal préparée, elle est recalée. Loin de se résigner, elle s’attelle à peaufi ner minutieusement son projet. «Une fois prête à 200% et certaine que mon scénario ne contenait aucun point faible, j’ai frappé de nouveau à la porte de mon directeur, raconte-t-elle. Il m’a regardée avec une dose d’estime en disant qu’il pensait ne plus jamais me revoir.» Une expérience qui souligne un de ses credo : «Si tu veux arriver à faire quelque chose, trouve le moyen et ne cherche pas d’excuses», comme elle l’a écrit dans un autre livre, Your 3i. Intuition, individuality, intelligence, or feminine tricks not only in business («­Tes 3 I. Intuition, individualisme et intelligence, les astuces féminines, et pas seulement dans les affaires­»).

«LIONNE DU BUSINESS»

Une partie des recettes liées à ses activités entrepreneuriales sont reversées à sa fondation, qui s’occupe d’investir dans l’éducation des enfants, notamment dans son pays d’origine le Ghana, et la promotion de la tolérance dans la société polonaise.

En 2011, bien que déjà fortement reconnue sur la scène médiatique, elle décide de renouer avec le monde des affaires en créant Ammadora, une entreprise de mobilier d’intérieur. Elle s’entoure d’experts et de designers afin de proposer des produits de qualité à une clientèle aisée dans une Pologne en plein boom économique. Un cocktail d’éléments qui ne tarde pas à porter ses fruits et qui contribue à ce qu’elle soit désignée «­Ambassadrice de l’entrepreneuriat­» en 2014 et classée parmi les 50 «­lionnes du business polonais­» en 2015. Elle entame par ailleurs une collaboration avec un nouveau média pour lequel elle produit un programme sur les habitations du gotha polonais, ce qui lui permet également de côtoyer des consommateurs potentiels. En plus d’Ammadora, cette entrepreneuse d’à peine 39 ans se lance dans d’autres sphères d’activités en prenant par exemple des participations dans la start-up James Button, qui vend des chemises pour des hommes d’affaires.

Et en 2014, Omenaa Mensah met sur pied une fondation pour la promotion de la tolérance dans la société polonaise et l’investissement dans l’éducation des enfants, notamment dans son pays d’origine, le Ghana, où elle construit actuellement une école pour 250­000 euros, avec un financement en partie issu de ses activités commerciales. Omenaa Mensah a réussi à se faire un nom en partant de rien. Et il est plus que probable que cette jeune femme ambitieuse nous réserve encore à l’avenir de belles réussites.

Pour lire l’intégralité de cet article, rendez-vous  pages 62-63 du numéro 55 Mars 2019, en vente ICI.